SSS
Smithsonian Institution Libraries
Bequest of
S. Stillman Berry
ne
Ch
Fr reviews e£ His work <<e Zeblogiet! RON EDS LOC NIET
VOYAGE
AUTOUR DU MONDE
FAIT
PAR ORDRE DU ROI.
VOYAGE AUTOUR DU MONDE,
Æntrepris par Ordre Du Mot,
SOUS LE MINISTÈRE ET CONFORMÉMENT AUX INSTRUCTIONS DE S. EXC. M. LE VICOMTE DU BOUCHAGE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT AU DÉPARTEMENT DE LA MARINE,
Cxecute sur les corveltes de P M, l'Orne ef es Phystcreune J pendant le annees 181% , 1818, 1819 ef 1820 ;
Public sous les Auspices DE S. E. M. LE COMTE CORBIÈRE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE L'INTÉRIEUR,
Rouv La pahe Sistotique et fes Sciences nahwcefles , ET DE S. E. M. LE MARQUIS DE CLERMONT-TONNERRE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA MARINE ET DES COLONIES,
Rouv Pa paie Maubique ;
PAR M. LOUIS DE FREYCINET,
Capitaine de vaisseau, Chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, Correspondant de l'Académie royale des sciences de l'Institut de France, &e.; Commandant de l’expédition.
Zoologie,
PAR MM. QUOY ET GAIMARD, MÉDECINS DE L'EXPÉDITION.
JRSENE AY fS D
Ÿ La coxverre LURANIE. À RQ MALEDE FREYCINET cOMMAND? a
S.A.R.MŸLE DUC D'ANGOULEME AMIRAL DE FRANCE.
M°LE V: DU BOUCHAGE
mi
PARIS,
CHEZ PILLET AÎNÉ, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, RUE CHRISTINE, N° 5.
1824.
‘4 ” + Le Voyage autour du Monde par les Conetes PUr: rame et la Physicienne,
» + se compose des divisions suivantes : sue D
Là TS © HISTOIRE DU VOYAGE, 2 vol. 2n-4.° et Atlas de 110 à Planches in-folio ; 2.° RECHERCHES SUR LES LANGUES DES SAUVAGES, 1 sl in-4° ; 3.° ZOoLOGIE, 1 vol. 22-/.° et Atlas de 96 Planches zx -folio ; LÉ 4 PORTE; 1 vol. in-4. et Atlas d'au moins 110 Planches #»- -folio ; VATIONS DU PENDULE et DE MAGNÉTISME, ! nd en deux paies; :
: 6 Menorose 1 vol. in-£,; mn a Ho onEs 1 vol. in-7.° et Atlas de 29 Planche grand in. ol $ : +
à:
PRÉFACE.
L'ouvrace que nous offrons au public forme la section de Zoologie du Voyage des corvettes /'Uranie et la Physi- cienne. Ce ne pouvoit être un traité systématique : aussi nous sommes-nous bornés à ne présenter que l’ensemble des objets nouveaux de zoologie que nous avons recueillis pendant une circumnavigation de plus de trois années. L'histoire naturelle ne se rattachoit que d'une manière secondaire aux travaux du Voyage; cest pourquoi les recherches propres à enrichir le domaine de cette science furent confiées aux médecins de la marine, chargés en même temps du service de santé de l'expédition. Nous avons fait tous nos efforts pour répondre à ce qu'on attendoit de nous; et si, malgré le terrible naufrage qui nous a privés d'une partie précieuse de nos collections *, les débris que nous avons sauvés peuvent fixer un instant l'attention des savans, nous serons assez récompensés des peines que nous nous sommes données, et des privations que nous avons
souffertes pendant une navigation longue et périlleuse.
* Notamment les oiseaux de la Nouvelle-Hollande et les insectes des îles des Papous et du Port-Jackson.
PRÉFACE.
L'ordre général que nous avons suivi est celui qui existe dans / Règne animal de M. Cuvier; ouvrage classique et familier à tous ceux qui s'occupent de zoologie. On trou- vera parmi Îles poissons quelques nouveaux genres établis par ce savant, et qu'il se propose de faire connoître bientôt dans un grand ouvrage sur cette classe d'animaux.
Chacune de nos grandes classes est précédée de quelques considérations générales, relatives à ce que nous avons pu observer sur les mœurs et les différences que présentent les individus qui sy rapportent.
Parmi les mammifères et les oiseaux dont nous parlons, quelquesuns existoient déjà dans les collections, et étoient décrits sans être figurés : des dessins d'une assez grande di- mension, faits et gravés par les premiers artistes de la capi- tale, et quelques particularités, résultat de nos propres remarques, dont nous Îles avons accompagnés, nous ont semblé devoir offrir, sur ces espèces, des notions plus pré- cises et plus complètes.
Nous avons cru pouvoir adopter en zoologie un usage suivi, depuis assez long-temps, par les philologues français; celui de ne pas latiniser les noms propres d'hommes, de ne pas Îles défigurer en leur prêtant une tournure étrange, méconnoissable et quelquefois ridicule. Pour prouver cet inconvénient, les exemples soffriroient en foule ; nous nous
bornerons à un seul. Quelques étrangers voulant latiniser
PRÉFACE. le nom d'un savant helléniste français ( M. Courier ), l'ont appelé, les uns Cursor, Cursorius, les autres Courierus, Courierius, &c. Pourroit-on bien se persuader que ces noms, dont quelques-uns n'ont pas une physionomie fort latine, ne désignent quune même personne !
Nous devons à la complaisance de M. le professeur de Blainville quelques anatomies de mollusques marins; à M. le baron de Férussac, la nomenclature des coquilles terrestres que nous avons rapportées; et à M. Lamouroux, la descrip- tion de nos polypiers flexibles. Nous saisissons ici avec plaisir l'occasion de témoigner à ces Messieurs toute notre grati- tude. Nous remercions également MM. Gall, Valenciennes, Latreille, Temminck, Godart, Régley, et MM. les profes- seurs Geoffroy Saint-Hilaire et Cordier, des conseils qu'ils ont bien voulu nous donner; nous sommes sur-tout vivement pénétrés des honorables témoignages de bienveillance que
M. le baron Cuvier nous a prodigués.
Paris, Juin 1824.
Quoy.
P. GAIMARD.
. VOYAGE AUTOUR DU MONDE,
PENDANT LES ANNÉES
FO17: HOLB, 1819LET4 A0 20. ZOOLOGIE.
CHAPITRE PREMIER.
DE L'HOMME.
Observations sur la Constitution physique des Papous.*
Nous commencerons nos observations zoologiques par nous occuper de l’homme, premier anneau de la chaîne animale. L'en- veloppe osseuse qui renferme les organes de son intelligence s'offre d'abord à notre étude.
On auroit tort de croire qu'il est toujours facile au voyageur de
* Lues à l’Académie royale des sciences de PInstitut, le $ mai 1823. Voyage de l'Uranie,. — Zoologie. I
+ 2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. se procurer des ossemens humains chez les peuples sauvages qu'il visite. Malgréla rudesse de leurs mœurs, tous s'accordent à rendre les derniers devoirs à ceux qui parmi eux ont cessé de vivre, soit qu'ils les confrent à la terre, qu'ils les déposent dans des cavernes, ou les suspendent dans les morais. Cette coutume seule prouve que leur pensée, franchissant les limites de l'existence temporaire, a reçu la révélation imparfaite d’une destinée future; elle suppose des combi- naisons d'idées qui éloïgnent infmiment l’homme de ce prétendu état de nature, dans lequel on a voulu faire croire qu'on l'avoit rencontré. Si cet état a vraiment pu exister entre des hommes réunis, ce que nous ne croyons pas, parce que le propre de l'es- pèce humaine est de tendre vers un perfectionnement quelconque, on ne peut disconvenir que depuis des siècles il n'existe plus, et que les voyageurs n'ont pu en fournir des exemples. Nous avons vu, sur la côte Ouest de la Nouvelle-Hollande, à la terre d'En- dracht, une des peuplades les plus misérables du monde, au dé- veloppement et au perfectionnement de laquelle un sol des plus affreux semble s'opposer; maïs qu'il y avoit encore loin de l'état des hommes de cette peuplade à celui des brutes, qui, nous le répé- tons, ne sauroit, rigoureusement parlant, exister pour des êtres que l'usage de la parole rend susceptibles de se communiquer leurs pensées!
Quelques peuples même, tels que les Papous, supposent aux morts les mêmes desirs, les mêmes passions qui ont agité leur vie. Ici, des alimens et du bétel sont déposés sur le tombeau, comme si les besoins physiques pouvoient survivre à la dissolution de la matière; là, des instrumens de guerre ou de pêche rappellent les occupations chéries de celui qui n'est plus. Cette espèce de commu- nication que le sauvage cherche à établir avec les objets de ses regrets, et ce culte funèbre qui consacre leurs dépouilles mortelles, indiquent qu'il n'est point étranger aux idées d’une autre vie.
La vengeance seroit-elle aussi un dogme religieux chez ces
ZOOLOGIE. Lu 3 peuples, qui paroïssent en perpétuer fobservance barbare , en décorant quelquefois l'asile du repos avec les crânes des ennemis vaincus! Ce furent de semblables trophées funéraires que nous crûmes pouvoir recueillir sans profanation:
Sur le seuil du tombeau d’un chef, dans la petite île Rawak, nous trouvâmes six têtes symétriquement rangées sur une même ligne : elles étoient privées de la mâchoire inférieure; le temps en avoit détruit les chairs et blanchi les os. À leur gauche on voyoit un grand buccin, percé d'une ouverture circulaire, dont ces peuples se servent pour se faire entendre au loin.
Nous n'essaierons pas de déterminer, d’après les caractères de la physionomie, l’origine d'un peuple que nous n'avons fait qu'en- trevoir. Nous ne rechercherons point ici s'il est indigène de ces contrées, ou si des migrations l'y ont conduit; nous ne citerons que le petit nombre de faits que nous avons recueillis; et notre but sera rempli, sils peuvent aider les recherches des savans occupés depuis long-temps de ces grandes questions.
Le groupe d'îles connu sous la dénomination des des Pa- pous, n'a été encore qu'imparfaitement exploré par les naviga- teurs. Quelques géographes donnent aussi le nom de #erre des Papous à la Nouvelle-Guinée, dont les habitans, au rapport de tous les voyageurs, diffèrent tellement de ceux des îles environ- nantes, qu'ils furent pris pour de véritables Nègres. Il existe, en eflet, dans cette partie du globe, une race à peu de chose près semblable à celle de l'Afrique australe: elle est comme égarée au milieu de la race malaise qui peuple les archipels de la Sonde, de Bornéo et des Moluques. Tout nous porte à croire que la souche de cette race, dont nous n'avons vu que des individus isolés, se trouve dans la grande île de la Nouvelle-Guinée. Mais il faut prendre garde de la confondre avec celle qui habite Vaigiou et les autres îles voisines; car, bien que ces insulaires soïent presque semblables aux Nègres par la couleur de leur peau, ïls
Te
À _ VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
offrent des différences que nous ferons connoître, et qui les dis- tinguent de ceux-ci. En général, ils se désignent eux-mêmes sous le nom de Papoua, que toutes les nations, à l'exception de la nôtre, ont adopté ; en français on les nomme Papous ; et il paroît que ceux qui habitent les montagnes de Vaïgiou prennent spécia- lement le nom d’A/fourous, que quelques voyageurs écrivent aussi Alforeses et Haraforas.
Cependant, il faut le dire, la proximité de toutes ces îles, qui commencent au continent de l'Inde et s'étendent presque jusqu'à la Nouvelle-Hollande, a dû favoriser tellement le mélange des individus qui les peuplent, qu'à présent il existe une foule de nuances qui rendent difficile la détermination exacte de quelques- unes de ces races. Les Papous sont précisément dans ce cas: ils n'ont pas les traits et la chevelure des Malais, ils ne sont pas nègres non plus; ils nous ont paru tenir le milieu entre ces peuples et les Nègres, sous le rapport du caractère de la physionomie et de la nature des cheveux, tandis que le cräne proprement dit a une forme qui le rapproche beaucoup de celui des Malais. Si l'on vouloit, parmi tant de notions obscures, avoir recours aux détails du langage pour faire remonter à une même origine les habitans de l'archipel d'Asie, on trouveroit bien quelques mots communs à plusieurs îles; mais les causes que nous venons d'indiquer ne peuvent qu'affoiblir l'importance de semblables remarques. D'ailleurs on ne connoît pas encore la langue des habitans de la Nouvelle- Guinée, ou à peine en a-t-on retenu quelques mots, qui ne s'ac- cordent nullement avec ceux des Papous, comme nous l'avons vériflé en comparant nos vocabulaires au fragment cité dans l'ou- vrage du président de Brosses.
Voilà des difficultés pour ainsi dire insurmontables, qui n'existent pas pour les archipels beaucoup moïns rapprochés, maïs dont les habitans ont une physionomie et un langage moins variables, que des croïsemens fortuits n'ont point dénaturés, et qu'on peut
ZOOLOGIE. s
leur attribuer en propre. Il est aisé de décrire les naturels des îles Sandwich, de Taïti, des Carolines, des îles des Amis, &c.; maïs il est bien plus difficile d’assigner les caractères distinctifs des Timo- riens, des Ombaïens, et sur-tout des Papous, qui nous occupent spécialement. ï
Pendant une relâche de vingt jours sur les îles Rawak et Vaigiou, nous pûmes nous mettre en rapport avec plusieurs cen- taines de naturels qui venoïent trafiquer avec nous. Ces commu- nications directes nous ont amenés à remarquer que les Papous ont en général une taïlle moyenne, assez bien prise chez quelques- uns; cependant la plupart ont une constitution un peu foible et les extrémités inférieures grêles. Leur peau est brun foncé; leurs che- veux sont noirs, tant soit peu lanugineux, très-touffus ; ils frisent naturellement, ce qui donne à la tête un volume énorme, sur-tout lorsque, négligeant de les relever et de les fixer en arrière, üls les laissent tomber sur le devant. Is n'ont que peu de barbe, même les vieillards; elle est de couleur noire, aïnsi que les sourcils, la moustache et les yeux. Quoiqu'ils aïent le nez un peu épaté, les lèvres épaisses et les pommettes larges, leur physionomie n'est point désagréable et leur rire n'est pas grossier. |
Quelques-uns ont le nez moins écrasé que d'autres. Nous en avons vu qui, avec des traits peu différens, portoient des cheveux plats, lisses et tombant plus bas que les épaules.
Peut-être devons-nous considérer comme le produit du com- merce d'un Chinoïs ou d'un Européen avec les Papous, deux individus dont la peau étoit presque blanche. Cette couleur, jointe à de longs cheveux lisses flottant sur les épaules, à plus de délica- tesse dans les traits de la figure, à un nez plus efhlé, les faisoit manifestement contraster avec ceux qui les entouroient. La sup- position que nous avançons pourroit être fondée sur ce que les Européens visitent quelquefois ces parages, et que les Chinois les fréquentent aussi pour y acheter des oiseaux de paradis.
6 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Cependant nous ferons observer que, dès 1528, Alvaro de Saavedra vit dans ces contrées, à environ 7'ide l'équateur, quelques îles dont les habitans étoient blancs, ce qui le surprit beaucoup. Sans accorder une trop facile confiance à un tel fait, dont on na plus parlé depuis, nous nous bornons à le citer. Si toutefois ïl nous étoit permis d'ajouter une réflexion, nous dirions que sou- vent les voyageurs portugais et espagnols ont appelé 4ommes blancs des Indiens d’une teinte peu foncée et distincte de la couleur des Nègres. D’après cela, on pourroit croire, avec assez de probabilité, que ces hommes prétendus blancs appartenoïent à quelques-unes des îles Carolines.
Une autre variété d'hommes qui s'est offerte à nous, est celle qu'on peut appeler mègre, car elle en a la couleur, la forme du crâne, les cheveux courts, très-laineux, recoquillés, le nez écrasé, très-épaté, les lèvres grosses, et sur-tout l’obliquité de l'angle facial: tandis que les Papous ont, sous ce rapport, la tête conformée à peu de chose près comme les Européens.
Ces Nègres, aïnsi que la variété blanche, faisoient librement partie de la tribu qui nous visitoit chaque jour. Les anciens voya- geurs parlent de ces migrations partielles des habitans de la Nou- velle-Guinée. Le Père Cantova, par exemple, raconte que de son temps les Carolins avoient dans leurs îles des Nègres qui leur servoient d'esclaves. Il ne dit pas comment ïls y étoient venus; et à cette époque, il pouvoit encore moins dire d’où ils prove: noient. Dampier en a également vu à Pulo-Sabuti*, qui, parmi les Malais, subissoient le même sort. La N'ouvelle-Guinée, encore si peu connue, où les navigateurs n'ont fait qu'aborder et de laquelle Cook fut repoussé, présente donc le singulier phénomène d'avoir des habitans semblables, du moiïns à-peu-près, aux Nègres
d'Afrique.
* C’est sans doute l’7/e Savu , qu'on prononce et qu’on écrit quelquefois Sabu. Pulo signifie ile en langue malaise.
ZOOLOGIE. ;
N'ayant point eu à notre disposition des têtes de ces individus, nous ne pouvons indiquer les différences anatomiques qui doivent exister entre elles et celles des Papous, dont nous allons faire connoître la conformation.
Ayant soumis ces crânes à l'examen du docteur Gall, nous avons la satisfaction d'offrir avec plus de confiance celles de nos observations qui pourront venir à l'appui de la doctrine de ce célèbre physiologiste.
A leur première inspection , M. Gall remarqua dans tous une imégalité qu'il nomme déformation rachitique, et d’après laquelle il supposa que les hommes à qui ils appartenoïent habitoient des lieux bas et humides. Ce fut avec quelque surprise, nous devons le dire, que nous reconnûmes la précision d'un aperçu aussi délicat. En effet, la plupart des habitans de cet archipel, faisant leur prin- cipale nourriture de poissons et de coquillages, n'abandonnent presque jamais les bords de la mer, qui, dans cette partie, sont tellement marécageux, qu'on peut naviguer en quelque sorte dans les forêts. Forcés par une impérieuse nécessité de demeurer dans des endroits aussi malsains, ils tachent de se soustraire à leur funeste influence en élevant leurs maisons sur des pieux. Ils ont probable- ment appris par expérience que des lieux constamment submergés sont moins dangereux que ceux qui ne le sont que par intervalle: d'où l'usage qu'ils suivent de bâtir au-dessus des eaux de la mer.
Les têtes de Papous présentent un aplatissement des parties antérieure et postérieure, en même temps quun élargissement de la face.
Le sommet de la tête est élevé; les bosses pariétales sont pro- éminentes ; les temporaux tres-convexes; et le coronal, au-dessous de la ligne demi-circulaire des tempes, offre une saillie remar- quable.
Les os du nez, presque verticaux, aplatis d'avant en arrière, ont peu de saïllie: ïls sont rétrécis à leur partie moyenne et élar-
8 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
gis en haut et en bas. La forme du nez, comme nous l'avons vu, correspond à cette disposition, qu'augmente encore la largeur des apophyses montantes des os maxillaires supérieurs, dirigées en avant. Ces os eux-mêmes sont beaucoup plus larges que dans la race européenne, ce qui, dépendant sur-tout du développement de l'apophyse malaire, donne à la face de ces insulaires sa largeur . remarquable.
L'ouverture antérieure des fosses nasales est très-évasée à sa partie inférieure; cet évasement est plus considérable même que chez les Nègres.
Les os malaires sont dirigés plus en avant, et les apophyses zygomatiques plus larges et plus saïllantes.
On remarque, dans la planche n.° 2 de l'atlas, la largeur et la profondeur plus grandes des sinus maxillaires et frontaux mis à découvert par la fracture des os. Le dessinateur, M. Chazal, a copié avec fidélité cet accident, de même qu'un coup d'instru- ment tranchant qui a altéré le pariétal gauche.
L'arcade alvéolaire est d’une épaisseur trèsremarquable à la partie qui correspond aux dents molaires; l'une des têtes ( planche n.” 1) a cette arcade un peu dirigée en avant et en haut, dans la portion correspondante aux incisives et aux canines : la voûte palatine, plus développée dans le diamètre transversal, a moins d'étendue d'avant en arrière. *
La grandeur du trou palatin antérieur indiqueroitelle un dé- veloppement plus considérable du ganglion naso-palatin et un organe du goût plus parfait!
L'une de ces têtes, que nous n'avons point fait dessiner, très- irrégulière, offre dans les deux moitiés de la boite cranienne une
+
différence considérable. Ici l'aplatissement, au lieu d'être dans le sens du diamètre antéro-postérieur, est oblique de droite à gauche et d'arrière en avant. Le pariétal gauche est également fort aplati, ce qui diminue beaucoup la capacité du crâne de ce côté, d'où
ZOOLOGIE. à
il devoit résulter une grande inégalité dans les hémisphères céré- braux. Cette tête ressemble en cela à celle de Bichat, avec cette différence que la dépression postérieure se trouve du côté opposé.
Une autre tête présente deux saïllies osseuses dans le conduit auditif | Enfin une dernière, plus petite, semble avoir été celle d'une femme: la partie antérieure est moins large et moins relevée, loccipital plus bombé à sa partie supérieure, et la portion écail- leuse du temporal plus aplatie. C'étoit très-probablement une jeune femme, puisque les saïllies osseuses sont peu prononcées, et qu'aucune suture nest ossifiée.
Après avoir fait connoître la constitution physique des Papous, nous allons esquisser rapidement les facultés morales et intellec- tuelles de ces peuples. Ils sont remarquables par leur circonspec- tion, portée souvent jusqu'à la défiance; ce qui est, d'après l’ob- servation, une sorte d'instinct dans les hommes à demi sauvages, comme chez la plupart des animaux. Il faut ajouter que, dans les Papous, la défiance doit être souvent mise en jeu par les guerres que leur font les pirates de quelques îles environnantes, qui fondent sur eux à limproviste, et les emmènent en esclavage.
Sans entrer ici dans de plus grands détaïls sur leurs coutumes, détails qui appartiennent plus spécialement à la partie Historique du voyage, nous dirons seulement que, lorsque, dans un simple canot, l'un de nous visita le village de Boni, tous les habitans s’en- fuirent dans les bois, avant même qu'il eût été possible de les aper- cevoir. C'est sans doute cet état d'alarme, presque habituel chez ces insulaires, qui leur a fait placer leurs maisons vis-à-vis de récifs dangereux, dont seuls ils connoïssent les passages, afin d’avoir le temps de se soustraire à leurs oppresseurs.
Les Papous paroïssent avoir des dispositions au vol. Cette incli- nation vicieuse est, pour ainsi dire, innée chez tous ces peuples,
qui sy livrent avec plus ou moins de ruse et de dextérité. k Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 2
10 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Mais le caractère le plus marqué que présentent les Papous, cest l'instinct carnassier, assez prononcé pour qu'il en résulte le penchant au meurtre; affreux penchant auquel ces insulaires s'abandonnent avec fureur, et dont les ossemens qui nous occu- pent sont probablement des témoignages. Le chef ou kimalaha de Guébé nous a assuré qu'il existoit des tribus anthropophages dans l'intérieur des îles des Papous. Cette assertion rappela à l'un de nous qu'en abordant à l'ile Ombaï, il avoit vu suspendue, dans la cabane d’un naturel, au village de Bitoka, une rangée d'os maxil- laires. Dans cette île, où, étant en très-petit nombre, nous courûmes les plus grands dangers, quelques Angjlaïs avaient été tués et dévorés six mois auparavant par les féroces Ombaïens.
La tendance à la superstition, comme chez d'autres peuples plus civilisés, n'est réellement qu'une exaltation des idées reli- gieuses, et, à ce sujet, nous devons ici dire un mot du soin que ces peuples apportent à la construction de leurs tombeaux. Ce sont de petites cabanes où plusieurs personnes pourroïent tenir dans une attitude inclinée. Le corps y repose dans une caisse qui, le plus souvent, renferme de petites idoles grossièrement sculptées, des bracelets, un peigne et des cheveux; quelquefois on n'y trouve rien ; et peut-être alors ce sont de simples sarcophages élevés à la mémoire de ceux qui, ayant péri dans les combats, restèrent entre les mains des vainqueurs. D'autres fois, une statue placée sous un petit hangar indique le lieu de l'inhumation, ou bien les dépouilles reposent sur des pieux et sont recouvertes d'une pirogue renversée : monument symbolique qui, ainsi que le dit un éloquent écrivain, semble indiquer le naufrage de la vie.
Les observations que nous avons faites sur les Papous sont favo- rables à la doctrine du docteur Gall; leur justesse nous ayant paru confirmée, jusqu'à un certain point, par l'étude des mœurs des individus qui en font le sujet, nous semblent contredire les para- doxes de ces philosophes chagrins qui, s'indignant des vices de
ZOOLOGIE. II l'homme en société, ont inventé l'homme de la nature tel qu'il n'existe pas, et en ont fait un être idéal séduisant, pour lui prêter des attributs de puissance et des moyens de bonheur que la civili- sation et les lumières pourroïent seules donner.
Nous devons ajouter que les Papous seroïent susceptibles d’é- ducation, que leurs facultés intellectuelles ne demanderoïent qu'à être exercées et développées pour leur faire tenir un rang dis- tingué parmi les nombreuses variétés de l'espèce humaine.
12 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE Il.
Considérations générales sur quelques Mammiféres et Oiseaux.
Cest en suivant l’ordre successif des lieux explorés par notre expédition, que nous allons faire connoître nos observations zoolo- giques, et que nous donnerons une idée du genre et de la quantité des collections que nous avons rassemblées dans chacun de ces lieux. Nous y Joindrons les remarques que la briéveté du temps dont nous pouvions disposer, nous a permis de faire sur les mœurs des animaux; les différences qu'ils présentent, soit entre eux, soit comparés avec ceux d'autres contrées, et les modifications diverses que les latitudes et les localités font subir à leur instinct.
SECTION L'° Brésil et Rio de la Plata.
LA première relâche importante de / Urame fut à la capitale du Brésil, où un séjour de cinq mois à deux reprises, et des incursions faites par l'un de nous à quarante lieues dans l'intérieur, nous ont mis à même de présenter les considérations suivantes.
Ce nom de Brésil rappelle tout ce que la nature a de plus beau et de plus fécond. Aux limites de la zone torride et là où commence la zone tempérée de l'hémisphère austral, un sol granitique, alter- nativement abaïssé en plaines ou s'élevant en montagnes, parcouru, fertilisé par des ruisseaux, des torrens ou des fleuves, est couvert
5
ZOOLOGIE. 13
de la plus riche végétation. « Rien n'égale la magnificence des
2
»
»
»
forêts du Nouveau-Monde, s'écrie éloquemment M. Mirbel: on ne peut se lasser d'admirer cette quantité infinie de végétaux rapprochés, serrés, confondus, si différens entre eux, et quel- quefois si extraordinaires dans leur structure et leurs produits; ces dicotylédons énormes dont l'origine remonte à des époques
» voisines des dernières révolutions de la terre, et qui ne portent
»
»
»
3
»
V
)
»
»
»
Ÿ
2
VV
2
V Ÿ
encore aucune marque de décrépitude; ces palmiers élancés contrastant par l'extrême simplicité de leur port avec tout ce qui les environne: ces lianes sarmenteuses, ces rotangs à feuilles chargées d’épines, dont les tiges longues et flexibles s'enlacent les unes aux autres, et, par des circuits et des nœuds multipliés, réunissent comme dans un seul groupe tous les végétaux de ces vastes contrées. En vain, pour s'y frayer un passage, s'arme-t-on du fer et du feu; la hache s’émousse ou se brise sur le bois endurci; la flamme privée d'air s'éteint dans l'épaisseur du feuil- lage. Le sol est trop resserré pour les germes nombreux qui s'y développent; chaque arbre dispute aux arbres voisins qui le pressent le terrain nécessaire à sa subsistance; les forts étouffent les foibles; les générations nouvelles font disparoître jusqu'aux moindres traces de la destruction et de la mort; la végétation ne se ralentit jamais, et la terre, loin de s'épuiser, devient de jour en jour plus féconde. Des légions d'animaux de toute sorte, insectes, oiseaux, quadrupèdes, reptiles, êtres aussi variés et non moins extraordinaires que les végétaux indigènes, se retirent sous les voûtes profondes de ces vieilles forêts, comme dans des citadelles à l'épreuve des entreprises de l'homme *. »
+ Ceux qui ne sontpas appelés à jouir en réalité d’un aussi beau spectacle, pourront s’en faire
une juste idée d’après admirable gravure faite sur un dessin de M. de Clarac, et représentant une forêt vierge du Brésil. Jamais pinceau ne rendit avec autant de vérité ce merveilleux effet de lumiére éclairant un torrent sous des massifs de végétaux énormes, dont chacun a son port, sa physionomie propre. Il seroit à désirer que le serpent qui anime ce tableau n’y fût pas, ou bien qu'il eût une position différente ; celle qu'on lui a donnée n’est pas naturelle,
14 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Mais ce luxe de reproduction, si étonnant pour ceux qui viennent des contrées où la nature a ses instans de repos, n'offre presque plus maïntenant, dans le règne animal, de nouveautés à montrer à l'Europe. Dès qu'on a commencé à s'occuper d'histoire naturelle, tous les voyageurs ont dirigé leurs recherches vers des lieux qui promettoient de si abondantes et de si faciles récoltes. Et encore, à l'époque actuelle, une foule de naturalistes de toutes les parties de l'Europe, des souverains même, rivalisent de zèle pour mieux faire connoître cette belle contrée du Nouveau-Monde.
On ne peut faire un pas dans le voisinage de l'immense baïe de Rio de Janeiro et sur les nombreuses îles qu'elle contient, sans rencontrer de magnifiques oïseaux, l'ornement de nos collections. Les insectes, plus nombreux encore, volent, sautent, bruïssent de toutes parts. Les papillons sur-tout y sont d'une rare beauté, et leur nombre surpasse tout ce qu'on peut dire. Maïs le phénomène des élaters et des lampyres phosphorescens, dont la lumière fugitive brille et disparoît tour à tour, est ce qui frappe le plus l'étranger, lorsque, dans une nuit obscure, au milieu des boïs, il se trouve entouré par des milliers de ces insectes.
Le Brésil recèle beaucoup d'espèces de mammifères qui toutes sont à-peu-près connues, de même que les mœurs de plusieurs d'entre elles. Cependant deux individus que nous conservâmes assez long-temps nous offrirent quelques particularités qui ajoute- ront à leur histoire. L'un est le laid coati, auquel de petits yeux et un nez éxcessivement alongé donnent un aspect si singulier.
Cet animal nous fut donné très-jeune. D'abord craïntif et offusqué par la lumière, il recherchoït toujours les lieux sombres et sy blottissoit : libre sur le pont, il devint peu-à-peu familier, s'accoutuma au grand bruit et parvint à supporter l'éclat du jour. H s’attacha tellement à l'inffrmier du bord qui le nourrissoit, qu'il le suivoit par-tout, répondoïit à sa voix par un petit cri, et accouroit d'une extrémité du navire à l’autre pour lui grimper sur les épaules.
ZOOLOGIE. 15
Le nom de César donné à ce coati étoit déjà connu de tout l'équipage, et les matelots, qui s'attachent facilement aux animaux paisibles, se plaisoient à lui donner des alimens. L’habitude de ce plantigrade étoit de se coucher à la tête du hamac, ou lit suspendu, de l’un d'eux. Aussitôt que la nuit étoit venue, on le voyoït grimper et parcourir la batterie jusqu'à ce qu'il fût arrivé à son gîte; et lorsque le marin, après avoir passé son temps de service sur le pont, descendoit pour se coucher, il réveiïlloit quelquefois le coati, qui, par des cris perçans, manifestoit son mécontentement; quelques coups s'ensuivoient, les cris redoubloïent; maïs le petit animal ne se retiroit point, et le matelot ne cherchoïit plus à le renvoyer. Aux heures des repas, il nétoit pas moins curieux de le voir parcourir les gamelles en alongeant son museau mobile à travers les jambes des convives. Cette bonté, nous dirons même cette affection des matelots pour de foibles animaux, est vraiment sin- gulière, et nous a toujours surpris dans des hommes d’un caractère grave et souvent peu endurant.
Nous avions un chien avec lequel ïl aimoït beaucoup à jouer, malgré l'inégalité de ses forces. Le chien se prêétoit volontiers à cet amusement, et lon remarquoit quil n'en étoit pas toujours de même du coati, qui souvent le faisoit crier en lui mordant les oreilles. Il n'étoit pas difficile sur le choïx de ses mets; tout lui paroissoit bon : il mangeoït indifféremment de la viande crue ou cuite, du lard salé, du pain, du biscuit mäché, trempé dans le vin ou l'eau-de-vie, des bananes, des crustacés, du miel, &c. I aimoit de préférence le sucre et les méduses; dès qu'on lui en montroit, on le voyoit se précipiter dessus avec une étonnante avidité. I ne faisoit aucune difficulté de boire du vin et de manger les souris qu'il prenoïit lestement. Dans la colère, son cri ressem- bloit à celui de la musaraigne; il étoit seulement beaucoup plus fort.
Pendant deux mois il fut notre compagnon de voyage. Les
16 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
regrets qui accompagnèrent sa mort, survenue par empoisonne- ment, prouvent bien que, dans les longues navigations, on s'attache aux moindres objets qui peuvent en diminuer la monotonie.
L'autre animal dont nous avons à parler, est le paresseux ou aï, le plus stupide et le plus informe des mammifères; vrai para- doxe d'organisation, dans des lieux où la vie surabonde chez tous les êtres, où l’agilité se joint à l'éclat et la mobilité à l'élégance des formes. Cependant il ne sufisoit pas que la nature l'eût traité en marâtre, il falloit encore que des historiens abusassent du charme de leur style et de la confiance qu'inspiroient leurs observations, pour exagérer l'espèce d'abjection dans laquelle ïül semble vivre, et lui refuser même, par une exception qui seroit unique, ce que la nature a accordé à tous les individus de sa classe, deux orifices distincts pour la génération et la défécation: mais il nen est rién, et ce qu'on a dit de ses mœurs et de son organisation doit être beaucoup modifié.
Nous ferons observer, pour ce qui est des premières, qu'ayant conservé pendant dix Jours un de ces animaux, vivant, nous avons remarqué que ses mouvemens nétoient point aussi lents que l’ont prétendu Pison et ceux qui l'ont copié. Tout notre équipage a vu l'ai dos brulé partir du pont et arriver, en vingt minutes, par les cordages, au haut d'un mât de cent vingt pieds. Un jour même, il se jeta à l'eau volontairement à ce qu'il paroît, et l'on eut occasion de remarquer qu'il nageoït très-bien, portant la tête haute et avec une accélération de mouvemens beaucoup plus considérable que dans l'action de grimper.
Cet animal, comme l'indique sa conformation générale, n'est nullement organisé pour marcher. La position de ses membres écartés du tronc, la direction de ses ongles, nécessitent de longs mouvemens de circumduction pour qu'il puisse traîner sa lourde masse. D'un autre côté, la longueur des membres de devant, presque double de celle des membres de derrière, l'action de leurs
ZOOLOGIE. 7
fléchisseurs qui l'emporte de beaucoup sur celle des extenseurs, lui rendent le grimper facile, et lui permettent sur-tout de se fixer avec une force prodigieuse. Aïnsi, il n'est pas obligé, comme on Fa dit, de se jeter par terre, lorsque, après avoir mangé les feuilles d’un arbre, il veut en gagner un autre. Comme il se plaît dans les en- droits sombres, ceux qui connoïssent les forêts d'Amérique savent quil doit lui être très-facile de passer d’un arbre à l'autre sans aller à terre, où il auroit beaucoup de peine à cheminer.
H paroît qu'il se nourrit principalement des feuilles d’ambaïba ou cécropie peltée, avec lesquelles nous fournîmes à sa subsistance pendant trois jours. Maïs n'ayant pu en faire une provision consi- dérable, nous essayâmes les divers légumes que nous avions; il les refusa tous, à l'exception des tiges de céleri, qu'il mangeoit lors- quon les lui mettoit dans la gueule. Enfin, il mourut, probable- ment pour avoir été trop long-temps exposé au soleil *.
: Sonnini a avancé une singulière assertion sur l’organisation des aïs, qu’il dit avoir étu- diée sur le vivant, à la Guiïane. Il ne leur accorde qu’une seule ouverture pour trois fonctions diverses, un véritable cloaque, à l'instar des oïseaux. ( Vouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, tom. Î[, pag. 153; 1803.)
Voici ce que nous avons trouvé dans les deux sexes : trente côtes, au lieu de vingt-huit; des clavicules bien distinctes; et dans laï femelle, huit vertèbres cervicales, au lieu de neuf.
A la partie supérieure de lPanus du mâle, presque à toucher, on voit un petit tubercule qui a la forme d’un gland; c’est le pénis, qu’on peut faire sortir d’un demi-pouce, en le tirant; un muscle constricteur très-fort lentoure, aïnsi que lanus. Le reste des organes de la géné- ration est contenu dans l'abdomen.
La femelle a deux ouvertures très-distinctes, séparées l’une de l’autre par un intervalle d'environ six lignes. L’inférieure ou l'anus est très-large pour les proportions de individu; la supérieure, un peu moindre , arrondie, ne présentant point de lèvres visibles, est surmon- tée d’un rudiment de clitoris. Le vagin, qui vient après, profond d’environ deux pouces, est terminé par Putérus, qui, dans lPanimal dont nous donnons la description, contenoit un fœtus de plusieurs mois. La vessie vient ‘ouvrir en haut du vagin.
Dans une injection que nous fimes à la mer, et que le mouvement du navire rendit imparfaite , nous ne vimes point dans le système sanguin les particularités dont parle M. Carlisle, que les artères des membres commencent par se diviser en ramuscules, qui se réunissent ensuite en un tronc d’où partent les branches ordinaires. ( CUVIER, Règne animal, tom. Ï, pag. 216.)
L’aorte descendante se divisoit, comme à Fordinaire, pour donner naissance aux cru- rales, &c., tandis que de sa portion supérieure partoient naturellement les sous-clavières , d’où naissent les brachiales. Seulement nous remarquâmes une foule de petits vaisseaux déliés,
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 3
18 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Maïs revenant à ces vastes contrées, presque impénétrables, nous les verrons peuplées d'oiseaux ornés des plus belles couleurs. Chaque famille a ses localités propres, où elle semble se plaire davantage. Ainsi les environs de la baïe, où les montagnes sont peu élevées, les bois moins touffus , le terrain cultivé, et où l’on voit des fermes éparses, sont habités par les jolis guit-guits bleus, les pit-pits verts; les tangaras, dont le plumage, d'un beau rouge, contraste avec la sombre verdure du feuillage; ceux non moins brillans qu'on nomme évêques et archevëéques ; les très-petites tourterelles; et dans les jardins, autour des bananiers et des passiflores, bourdonnent de charmans oïseaux-mouches, parmi lesquels se distingue le hupe- col, qu'à sa petitesse on prendroit pour un insecte.
pénétrés par Pinjection, qui accompagnoiïent le tronc des artères crurale et brachiale. Ces pièces furent envoyées, dans le temps, au Muséum de Paris.
Nous nous abstenons de toutes réflexions sur l’erreur commise par un homme aussi.judi- cieux que Sonnini. Cependant, nous ferons remarquer linconvenance de lépithète injurieuse dont il s’est servi envers le chirurgien Bajon, qu’il traite d’ignorant , pour avoir dit, à une époque où Panatomie comparée ne commençoit que de naître, que, dans le tapir femelle, les ovaires ne communiquoient pas avec les trompes de Putérus. ( Dictionnaire cité, tom. XXI, pag. 404.)
L'individu qui a été le sujet de nos recherches, a aussi servi à M. Cuvier pour compléter son travail sur lorganisation ostéologique de ces animaux. Ce savant, dans la premiere édition de ses Ossemens fossiles, n’avoit pu indiquer que laï eût des clavicules, parce que ces os, incomplétement développés, étoient facilement enlevés avec les chairs, en voulant préparer le squelette. Dans la seconde édition de ce bel ouvrage ( rom. V, r.° partie, pag. 71 et suiv.), on trouve la description et la connexion de ces os, qui s’articulent non- seulement avec lacromion, comme dans les autres animaux claviculés, mais simultanément avec lacromion et Papophyse coracoïde; ils ne sont point assez longs pour atteindre jusqu’au sternum, auquel ils ne tiennent que par un ligament.
On sait que la singularité la plus frappante que présente Paï, est d’avoir neuf vertèbres cervicales , sans que son cou en paroisse plus long. Mais, à cet égard, cette anomalie n’est point fixe, pas plus que celle qu’offrent les côtes dans leur nombre, puisque notre aï n’a que huit vertèbres cervicales.
Enfin, dit M. Cuvier en parlant de ces êtres, « on leur trouve si peu de rapports avec » les animaux ordinaires; les lois générales des organisations aujourd’hui existantes s’ap- » pliquent si peu à la leur; les différentes parties de leur corps semblent tellement en » contradiction avec les règles de coexistence que nous trouvons établies dans tout le règne » animal , que Pon pourroit réellement croire qu’ils sont les restes d’un autre ordre de » choses , les débris vivans de cette nature précédente dont nous sommes obligés de cher- » cher les autres ruines dans l’intérieur de la terre, et qu’ils ont échappé par quelque mi- » racle aux catastrophes qui détruisirent les espèces leurs contemporaines. »
ZOOLOGIE. à
Les clairières recelent le coucou guira-cantara, très-rare aux environs de Rio de Janeiro ; le coucou piaye, auquel les nègres attachent des idées superstitieuses : cet oiseau, peu craintif, se laïsse facilement approcher. Il en est de même des nichées d’anis, qui, vivant en famille, s'exposent, à la file sur une même branche, aux coups du chasseur. La pie-grièche à manteau, plus défiante, se tient toujours dans les buissons bas et épais, d'où elle fait entendre son cri fort et répété; tandis que le jacarini, d'un noir bronzé, perché à la cime des mimosas, s'exerce à faire des bonds verticaux qu'il exécute brusquement, en retombant toujours à la même place.
Là où les bois sont le plus touffus, le manakin goîtreux s'agite avec rapidité et fait entendre un bruit semblable à de fortes pé- tarades. Le toucan, dévastateur des bananiers, fréquente les plaines cultivées; les vangas et les tyrans, les bords des prairies.
Lorsque , dans nos courses, nous arrivions près de petites mares couvertes de plantes aquatiques , nous étions sûrs d'y trouver des jacanas, et, dans les haies des alentours, des tinamous, qui sont les perdrix du Brésil. Le long des ruisseaux, nous surprenions les martins-pêcheurs , qui aiment aussi à se percher au-dessus des torrens; et par-tout nous rencontrions le percnoptère urubu, animal craïntif et vorace, exhalant l'odeur infecte des cadavres dont il fait sa proïe. On le voit dans la rade voler en troupes nombreuses, planer des heures entières à perte de vue, ou bien tournoyer avec défiance autour des immondices que la mer rejette sur le rivage.
Un autre oïseau de proie, habitant de la plaine, est l’épervier anomal | f4/co degener |, dont le cri est aïgre et très-prolongé. Ce sin- gulier oiseau ne paroît pas participer aux mœurs féroces de la famille à laquelle il appartient. Compagnon parasite des troupeaux, toujours sur le dos des bœufs, ïl les débarrasse des ricins incommodes qui leur sucent le sang : excessivement craintif, il fuit l'homme de très- loin; et ce n'est quavec beaucoup de peine et d'adresse que notre
2.
20 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
compagnon de voyage, le maïître-canonnier de /'Uranie, M. Rolland, nous en procura deux, dans l'estomac desquels nous trouvàmes en abondance les animaux dont nous venons de parler.
Tous ces oiseaux recherchent les lieux cultivés par l'homme et que modifie son industrie, parce qu'ils y trouvent sans peine de quoi se nourrir et élever leurs petits. Aussi y sont-ils très- nombreux.
Quand, abandonnant la plaine et les petites montagnes des environs de Rio de Janeiro, on s'élève sur la chaîne des Orgues, la scène change. Aux effets majestueux que produisent les cimes élevées, les ravins, les précipices et les torrens qui bondissent dans leurs profondeurs, se joint ce luxe admirable d'une végétation perpétuelle, d'autant plus vigoureuse et plus fraîche, qu'elle est sans cesse humectée par les nuages qu'elle-même attire et produit.
Là, les espèces d'oiseaux devenues moïns nombreuses, ne sont pas les mêmes que celles que nous venons de laisser. On ne trouve plus que le cotinga jaune, le cassique jupuba remarquable par son croupion rouge, le gros-bec plombé, le picucule à gorge blanche, et celui dont le bec est singulièrement recourbé comme une faucille. Le joli manakin aux longues pennes y fait entendre ses espèces de roucoulemens amoureux. Aux bords des torrens, où la végétation se trouve moins pressée, apparoïît quelquefois le colibri tacheté, être aérien, qui, par la vivacité de ses mouvemens, semble se reproduire dans mille lieux à-la-foïs. Sur la pente opposée, à l'endroit où lon vient de fonder une colonie de Suisses, habite l’oiseau-mouche dont le nom de >wbis-émeraude exprime l'éclat de ses couleurs. C'est aussi le séjour des tangaras variés de diverses nuances : ces char- mans oiseaux vivent en petites troupes et paroïssent aimer l'ombrage des grands boïs et les lieux humides; c'est-là du moïns que, souvent au milieu des nuages, nous avons rencontré, sur-tout, les espèces nommées tricolor et septicolor. Les tamatias se plaïsent aussi dans la solitude : le brun, peu fuyard, jouit de la faculté toute particulière
ZOOLOGIE. 21
d'imprimer à sa queue des mouvemens latéraux aussi forts que ceux que la plupart des autres oiseaux exécutent du haut en bas.
Si dans ces lieux se trouve une ferme isolée qui ait étendu ses cultures aux alentours, on est certain d'y voir arriver des cassiques huppés, des pies-grièches, des légions d'aras, d’amazones et d'autres perroquets, fléaux des plantations.
Enfin, lorsqu'on est parvenu au point le plus élevé des montagnes, vers le second registo ou corps-de-garde des douanes, établi dans le seul lieu où l’on puisse passer pour pénétrer dans le district de Canta-Gallo, on est frappé de la solitude profonde qui règne au- tour de soi.
C'est-là que s'opère le partage des eaux, qui ne sont encore que de simples filets glissant sur la surface des rochers, mais qui, promptement grossis par leur réunion, ne tardent pas à tomber en cataractes, à mugir en torrens, et, bientôt libres de tout obstacle, coulent paisiblement en larges rivières. Vers le Nord descendent les sources do Ribeiro, de Sant- Antonio, de Rio do Conego for- mant la rivière das Bengalas, qui augmente les eaux de Rio Grande; et au Sud, celles de Rio Macacu, dont l'embouchure est dans la grande baïe de Rio de Janeiro. ;
A ces hauteurs, les oiseaux deviennent plus rares, et il faut parcourir de grands espaces pour rencontrer la pie à gorge en- sanglantée d'Azzara, l'élégant couroucou, ou bien quelques péné- lopes. On entend de temps à autre, dans la profondeur des bois, le pic solitaire frapper de son bec l'écorce des arbres; tandis que l'au- tour huppé et le roï des vautours planent au-dessus des aïguiïlles de granit, qui, semblables à d'immenses tuyaux d'orgues, en ont fait donner Île nom à ces monts sourcilleux. C’est aussi la demeure des singes; et là, par les sommités seules des forêts, ces animaux peuvent traverser des espaces considérables sans toucher la terre. Ceux qu'on y trouve le plus ordinairement, et dont le Brésilien se nourrit, sont l'atèle arachnoïde, une autre espèce noire, le
22 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
gentil tamarin, le sajou, et, dans les régions plus inférieures et plus chaudes, le doré marikina. Nous y avons aussi entendu, sur le soir, les effroyables hurlemens de l’alouate : renvoyés et aug- mentés par les échos, ils épouvanteroient le voyageur le plus intrépide qui ne connoitroit pas l'animal qui les produit *. Voilà pour les mammifères et les oiseaux, ceux de mer exceptés, sur lesquels nous reviendrons aïlleurs, les remarques principales que nous ayons été à portée de faire au Brésil. Maïs nous ne laïsserons point F'Amérique, sans parler des rives de la Plata.
Si, du vingt-troisième parallèle Sud on s'avance vers le trente- sixième , la scène change au point qu'il semble que ce n'est plus le même continent; et après la traversée qui sépare le nouveau monde de l'Afrique, les regards ne sont pas frappés par une plus grande métamorphose.
Aux alpes du Brésil on voit succéder, de chaque côté du grand fleuve, un sol aplati; aux vastes forêts et à leurs gigantesques végé- taux, d'immenses plaines verdoyantes, couvertes de graminées; aux fréquens coups de tonnerre des montagnes des Orgues, ces vents furieux venant du pôle, nommés pamperos, qui rendent la naviga- tion si dangereuse.
Dans quelques endroits de cette terre d’alluvion percent des monticules de granit et de schiste, seuls indices qui rappellent
» C'est dans ces mêmes lieux que nous nous procurâmes le myrmecophaga tamandua dont le squelette a servi aux observations de M. Cuvier pour son ouvrage sur les ossemens fossiles.
Ce fourmilier, que les Brésiliens nomment tamandua mirim, a été pris dans la colonie suisse, à quarante lieues de Rio de Janeiro. Sa peau est excessivement dure. Voici quelques détails d'organisation recueillis à Ja hâte : le foie, volumineux , avoit cinq lobes; sa vésicule étoit très-grosse; la rate fort longue, granuleuse , rougeâtre et frangée; le pancréas avoit plus de six pouces de longueur ; l’œsophage s’'inséroit au milieu de l'estomac, lequel étoit à demi- plein de fourmis de la petite espèce ; le pylore fort gros et renflé ; les intestins grèles, depuis cette ouverture jusqu'au colon, étoient longs de sept pieds, et le colon, à lui seul, me- suroit huit pouces; il présentoit des stries sur sa longueur. Deux capsules surmontoient les reins ; les testicules, placés dans l'intérieur du ventre, étoïent ronds et assez gros.
Un paquet de glandes, plus gros que la moitié du poing , occupoit la partie antérieure du sternum , en s'étendant de chaque côté du cou. Ce sont ces glandes qui sécrètent le suc visqueux qui enduit la langue longue, rétractile et charnue de cet animal.
ZOOLOGIE. 24 au voyageur quil na point encore quitté le sol de l'Amérique. D'immenses troupeaux de bœufs, de mulets, de chevaux, errent dans ces solitudes herbeuses. Ces derniers sur-tout ne connoïssent de limites vers le Sud que le détroit de Magellan, où ils aïdent aux migrations du Patagon. Des bandes de tigres, de chiens sau- vages, accompagnent ces troupeaux, et trouvent toujours à leur suite une proie facile; comme, en Afrique, les lions et les tigres poursuivent les gazelles voyageuses : mais si le cheval et le bœuf paisibles craïgnent le jaguar, celui-ci redoute l'homme, qui, pour avoir son élégante fourrure, le poursuit sans relâche, l'atteint d'un plomb mortel, ou bien l’enlace quelquefois avec adresse.
Ces grands animaux parcourent presque seuls les plaines de Montévidéo et de Buénos-ayres, et les petites espèces semblent sêtre retirées pour leur faire place. Aïnsi, l'ancien continent a fourni à cette partie du nouveau ces grands types quil avoit perdus et dont on retrouve les ossemens fossiles enfouiïs dans des débris d'alluvion auprès de la ville de Montévidéo.
Si ce n'étoit pas nous écarter de notre sujet, nous chercherions à décrire les mœurs des peuples de ces contrées, issus du mélange des Européens avec la race indigène, et menant une vie à demi sauvage à la suite des troupeaux; nous ferions voir qu'ils sont à ces déserts verdoyans ce qu'est l'Arabe aux sables brûlans d'Afrique, indomptés comme lui, cruels et hospitaliers tout-àa-fois : toujours à cheval, ïls franchissent dans un jour des espaces considérables, avec cette différence que le noble animal, compagnon de fortune du Bédouiïn, n'est rien pour le barbare Gahouche, qui dans ün instant le force, l’excède et l’abandonne pour en prendre un autre. Ce ne sera point en Amérique que se renouvellera la scène touchante de l’Arabe pleurant sur le corps du cheval expirant qui vient de luï sauver la vie *.
Les espèces d'oiseaux les plus remarquables de ces contrées sont
* Voyez Châteaubriant, {rinéraire.
24 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
nomades comme les mammifères. Ce sont des autruches, dont les troupes. vagabondes semblent établir davantage les rapports qui existent entre les déserts du nouveau monde et ceux de l’ancien : des carouges et des troupiales couvrant de leurs volées mnombrables les prairies dont ils fouillent la terre pour y trouver des insectes. Nous avons remarqué tant de variété dans leur parure, que plu- sieurs différences individuelles pourroïent bien ne tenir qu'à des disproportions d'âge.
Une espèce plus petite, le carouge à épaulette, nous a paru avoir les habitudes et le ramage de notre étourneau. Comme lui ïl se plaît dans les roseaux et sur les bords des marais fangeux que couvrent les eaux limoneuses de Rio de la Plata. On rencontre aussi l'étourneau militaire, dont la poitrine est rouge, et le carouge Gasquet, vivant en petites troupes isolées.
Le gobe-mouche leucomele, le traquet à lunette, dont l'œil est entouré d'une membrane jaune lichénoïde, habitent des halliers de faux artichauts épineux : car aucun massif d'arbres ne vient borner l'horizon de ces solitudes sans fin, pour en rompre la monotonie; : seulement d'énormes cactus étalés en candélabres forment des haies épineuses impénétrables, d'une couleur glauque, sur laquelle contraste le beau jaune de leurs fleurs. Dans les lieux arides et ro- caïlleux, entre les blocs de granit, se montre le cactus opuntia, dont les fruits violets, hérissés de milliers de piquans imperceptibles, sont les seuls que cette terre ingrate puisse offrir à l’homme.
Sur les rives de la rade, le tyran à ventre jaune, le même que celui du Brésil, dispute à des légions de mauves et de goëlands les nombreux cadavres de bœufs et de chevaux jetés à la voirie. L'ibis des boïs, avec ses longues pattes et son grand cou, domine par-dessus toutes ces troupes voraces; sa défrance, que sert parfai- tement son organisation, est extrême, et il s'envole long-temps avant qu'on ait pu l'approcher.
Une grosse espèce de wnamou à long cou et dont le corps est
ZOOLOGIE. à
arrondi, y est très-commune ; sur le rivage, nous navons fait » . . ° . . qu'entrevoir des oïes blanches, qui ont le bout des aïles noir.
SECTION IL. Cap de Bonne-Espérance.
Nous n'avons point eu la faculté d'observer les mammifères de ce pays, et nos courses se sont bornées à l’espace compris entre les montagnes qui forment la péninsule du Cap de Bonne-Espérance proprement dit.
Au premier aspect, le voyageur est frappé de la sécheresse qui règne sur l'extrémité australe de l'Afrique, où ne s'offrent que des montagnes de grès arides et escarpées. On voit évidemment que Vart du laborieux Hollandais a tout fait pour forcer la nature à produire. La végétation y est triste dans son ensemble, quoique de belles liliacées, de brillans gnaphaliums et de superbes bruyeres con- tribuent à jeter un certain éclat sur les détails; mais les protéas aux feuilles soyeuses et argentées, qui, par leur abondance, forment en partie la physionomie végétale, répandent sur le paysage la mono- tonie de leur teinte.
Les deux genres d'oiseaux les plus communs sur cette langue de terre, et que nous avons pris plaisir à observer, sont les souimangas et les promérops. Nous ferons connoître plus loin les rapports naturels d'organisation qui lient ces oïseaux avec certaines familles de la Nouvelle-Hollande, de même que la ressemblance des localités qu'ils habitent.
Le moïs d'avril est l'époque à laquelle les souïmangas fréquentent les environs de la montagne de la Table; ils y sont attirés par la grande quantité de protéas mellifères, dont les cônes leur fournissent en abondance une liqueur sucrée; et lorsque ces arbrisseaux ne sont
pas fleuris, ce sont les virgilias qui nourrissent ces charmans oïseaux. Voyage de l'Uranie, — Zoologie. À
26 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Les fleurs de ce dernier arbre ressemblent à celles du robnia pseudo- acacia ; eHes en ont la blancheur et le parfum, mais paroissent ne contenir qu'une très-petite quantité de nectar. Aussi voit-on les souïmangas voltiger de branche en branche, et plonger leur langue rétractile et plumeuse dans chaque fleur.
On les a comparés, avec Juste raison, aux grimpereaux; ils sont vifs et légers comme eux, et ne restent sur un arbre que le temps convenable pour le parcourir dans tous les sens; ce qu'ils font à l'aïde de leurs ongles crochus. Soit qu'ils volent ou qu'ils cherchent leur nourriture, ils poussent un petit cri perçant qui les fait distin- guer de loin. Le soir, ils ont un chant prolongé et dont les modu- lations sont plus agréables.
Ces oiseaux sont faciles à conserver vivans. Nous en avons eu un pendant quelques jours, qui, du matin au soir, ne faisoit que tremper sa langue dans l'eau sucrée : d'où vient que les habitans du cap les nomment Decs de sucre. L'espèce la plus commune aux environs du Cap, celle dont on pourroït se procurer une centaine dans un jour, est le sourmanga à collier. Celui à capuchon violet, remar- quable par ses longues pennes, est beaucoup moïns répandu et plus difhcile à approcher. Nous avons observé que la dentelure du bec n'est point un caractère constant dans tous les individus.
Le second genre que nous ayons à mentionner est celui des promérops, qui, comme les souïfmangas, ont une langue plumeuse, canaliculée, et recherchent les plantes mellifères. On les rencontre par petites troupes de cinq ou six; et, à l'époque dont nous parlons, il étoit facile de reconnoître les jeunes, qui n'avoient pas encore leur longue queue. Si le plumage de cet oïseau n'est pas brillant, du moins sa forme a une certaine élégance, sur-tout quand il est posé. Il n'en est pas de même lorsqu'il vole; par les secousses qu'il se donne, par les bonds et les ondulations qu'il est obligé de faire, on voit que sa queue l'embarrasse beaucoup, et qu'il na pas été fait pour cet exercice.
ZOOLOGIE. 27
Ses ongles sont crochus, etil est doué d’une force excessive dans
les serres; de sorte que si l’on ne prend pas garde à ceux qu'on a
blessés, ils les enfoncent dans les chairs et font promptement venir le sang. :
SECTION IIl.
[les Timor, Rawak et Vaigiou.
L'ÎLE Timor, située vers la partie la plus méridionale de l'ar- chipel d'Asie, à distances presque égales des îles de la Sonde et des Moluques, est pauvre en mammifères, maïs assez bien peuplée d'oiseaux.
Le sol de Coupang, madréporique et schisteux, n'offre pas cette brillante végétation que le voyageur devroit s'attendre à rencontrer par le treizième parallèle, etqui se fait remarquer même dans la partie Nord de l'ile.
À quelques lieues des bords de la mer, les arbres, en général, n’ont pas cet énorme développement que nous retrouverons bien- tôt; leur teinte est blafarde; elle est même toute blanche là où dominent les mélaleucas.
Les tourterelles et les perroquets sont les espèces les plus communes. C'est de là que viennent la jolie colombe kurukuru, {a colombe Maugé et le colombar unicolor. On y voit le petit kakatoës blanc, beaucoup plus gentil et plus susceptible d'éducation que la grosse espèce de la même couleur, du port Jackson; la belle per- ruche érythroptère; celle à face bleue , qui habite aussi l'extrémité Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, et qu'on ne peut conserver long- temps, parce qu'elle succombe facilement aux convulsions.
Nous vimes là, pour la première fois, le philédon corbi-calao, qui se montrera aussi au port Jackson. Cet oiseau, dont la langue est échancrée et les serres excessivement fortes, se nourrit de baies.
A7
28 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Coupang est la patrie des langrayens, dont le vol est semblable à celui des hirondelles, et qui ont la faculté de planer des journées entières dans les régions élevées ; des choucaris verts; des petits drongos, friands de la liqueur qui découle du latanier ; de diverses espèces de moucherolles ; et comme il y a beaucoup d’arbrisseaux et de sous-bois, dans lesquels se plaisent les petits oïseaux, on y trouve le padda ou calfat, quelques souïmangas, diverses espèces de bengalis, et, sur les casuarinas de la petite île de Kéra, le guépier à longs brins.
En laissant Timor et s'élevant vers le Nord, après avoir traversé les Moluques et navigué parmi plusieurs îles dépendant de ce nombreux archipel, connu sous le nom d%s des Papous, on arrive à celle de Vaigiou, directement placée sous l'équateur. À proprement parler, notre navire nétoit point mouillé sur cette grande île, mais tout auprès, à un demi-quart de lieue, dans la jolie petite baïe de l'ile Rawak, d'où nous faisions de fréquentes excursions sur Vaigiou.
De tous les lieux que nous avons parcourus, aucun ne nous a offert une végétation plus vigoureuse et plus belle que les îles qui nous occupent; par-tout, depuis la sommité des montagnes jus- qu'au bord de la mer, dans laquelle des arbres entiers inclinent leurs rameaux, elle nous rappeloit la majesté et la richesse de ces forêts profondes que nous avions admirées au Brésil. Sur beaucoup de points, la plage est ainsi envahie par le règne végétal. Bien plus, nos canots voguoient souvent au travers de forêts marines, dont les grands végétaux croiïssent au sein des eaux salées.
Ailleurs, malgré les plus grands efforts, on ne peut pénétrer dans ces sombres retraites. Arrêté à chaque pas par des lianes tortueuses, embarrassé dans les débris des arbres que le temps a détruits, accablé par la chaleur, on ne tarde pas à préférer des routes plus faciles et plus sûres: mais on ne peut oublier l'impression profonde que font éprouver le calme et la majesté de cette belle nature.
ZOOLOGIE. 29
Les oiseaux qui habitent ce séjour, semblent, par leurs propor- tions, participer de sa grandeur : on n'y voit presque point de ces espèces naînes au brillant plumage; comme perdues dans ces vastes forêts, qui d'ailleurs manquent de graminées et de petits insectes, elles ne sauroïent y vivre, et recherchent de préférence les endroits plus découverts et mieux accommodés à leur existence. En revanche, c'est le refuge des calaos, des grosses colombes muscadivores , des pigeons couronnés plus grands encore, des perroquets verts, de l’ara noir microglosse, des cassicans, de la nombreuse famille des loris, des gros martins-chasseurs, et de quelques oiseaux de proie.
Les défrans calaos occupent presque toujours la cime des arbres élevés, des muscadiers sur-tout, dont ïls recherchent les fruits qu'ils avalent tout entiers et qui donnent à leur chair un excellent goût. Quoique leurs ailes soïent peu développées, on les entend voler de loin, ainsi que l'a remarqué Dampier; ce qui tient à ce que leurs longues pennes, écartées à l'extrémité, font vibrer l'air avec force. Cet oïseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux. Ici, environné de fruits, il en fait sa nourriture, tandis que, s'il étoit né dans les déserts de l'Afrique, il se repaîtroit de la chair des cadavres, comme font les calaos d'Abyssinie.
Les tourterelles muscadivores et à tubercule font entendre de sourds roucoulemens, effrayans pour celui qui n'en devineroïit pas d'abord la cause; en même temps que des troupes légères de loris rouges et tricolors passent avec rapidité en poussant des cris per- çans. Il nous étoit facile de nous procurer de ces derniers, qui revenoient sans cesse à un arbre dont ils mangeoïent les fleurs. Nous avons remarqué une singulière particularité dans ces animaux; c'est que leurs couleurs sont infiniment plus éclatantes après la mort que lorsqu'ils sont vivans.
L'existence de ces brillans oiseaux, que les naturels façonnent a la domesticité, semble exclusivement liée à leur terre natale;
30 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. car ils mouroient, malgré tous nos soins, dès que nous avions perdu les côtes de vue.
I existe une petite espèce de kakatoës noir , semblable au blanc pour la forme et le cri, et tellement LEE, que nous ne pümes nous le procurer.
Sur la petite île de Rawak seulement, on rencontre beaucoup de cassicans Sonnerat; oiseau vif, agile, rusé, susceptible de vivre familièrement avec l'homme; possédant une variété de chant qu'il seroit difhicile de rendre; tantôt criant très-fort, sur-tout le matin, d’autres fois sifant d’un ton grave et par coups, ou bien avec rapi- dité; et imitant avec une rare facilité le chant des autres oiseaux.
Les cassicans fréquentent habituellement les sommités des co- cotiers, pour y trouver des insectes; mais nous n'avons point re- marqué qu'ils poursuivissent les petits oiseaux, comme on le pense généralement.
Une belle espèce de martin-chasseur, que nous avons dédiée à notre collègue, M. Gaudichaud, chargé de la partie Botanique du voyage, se trouve aussi sur cette île ; nous ne l'avons rencontré que là. On doit à M. Levaïllant la division naturelle de ces oïseaux en chasseurs et pêcheurs. Cette distinction, fondée sur des caractères peu saillans, tirés de la forme du bec, est bien mieux établie d'après leurs mœurs. Nous l'avions déjà faite pour nous avant de connoître l'opinion de notre compatriote. En effet, les martins-chasseurs, qui sont tous, en général, trèsgros, habitent le milieu des bois, dans les lieux humides, où ils fouillent pour trouver des insectes et des vers; aussi ont-ils presque toujours le bec terreux; c’est du moins ce que nous avons vu sur Ceux que nous avons tués à Rawak,aux Mariannes et à la Nouvelle-Hollande, où on les trouve fort avant dansles terres loin des ruisseaux. Si quelquefois ils fréquentent les bords de la mer, c'est pour s'emparer des petits pagures qu'ils enlèvent avecla coquille.
Dans les marécages de l'ile de Bony, nous vimes un gallinacé qui nous a présenté des caractères suflisans pour en former un genre
ZOOLOGIE. 31
nouveau, et que la longueur de ses pieds nous a fait nommer wéga- pode. n'est qu'à demi sauvage, vole à peine et en effleurant la terre. Le pigeon couronné vit en domesticité à Vaigiou; les insu- laires lui donnent le nom de #ambrouc. Nous avons trouvé, dans des cabanes abandonnées, des ceintures et des émouchoirs faits de plumes de casoars, qui semblent indiquer que ces oïseaux habitent aussi cette île.
Les oiseaux de paradis ne sont point rares; maïs il est difficile de se les procurer. Nous en vimes deux dans l'aïguade d'Entrecasteaux, sans pouvoir les atteindre. Ils volent par ondulations, à la maniere des promérops à longue queue du Cap de Bonne-Espérance. Alors leurs belles plumes sont réunies en un seul faisceau.
Nous terminons ce que nous avons à dire sur ce pays par les phalangers, seul mammifère que nous ayons pu nous procurer.
Ces animaux, que les naturels nous apportoient pour être mangés, semblent remplacer ici les paresseux de l Amérique. Stupides comme eux, ils passent une partie de leur vie dans l'obs- curité; et lorsque trop de lumière les fatigue, ils s'y soustraïent en se blottissant la tête entre les jambes. Ils ne sortent de cette position que pour manger, ce qu'ils font avec beaucoup d’avidité. Dans les bois, ils se nourrissent de fruits aromatiques, comme nous l'avons vérifié; et à défaut, les nôtres dévoroïent de la chair crue. Leur peau est tellement fine et tendre, qu’en se battant ils sen arrachoïent des lambeaux. La même chose arrivoit, lorsque, se fixant à l’aide de leurs griffes aiguës, on vouloit les enlever de force par leur fourrure. Ordinairement, deux de ces animaux, habitués dans une même cage, vivoient en bonne intelligence : en ajoutoit-on un troisième, ils se battoïent à outrance en grognant et poussant des cris perçans.
Que de beaux oïseaux, que de mammifères encore inconnus habitent ces admirables contrées, et où l'on pourroit se les procurer en y séjournant beaucoup plus long-temps qu'il n'est permis de le
32 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
faire à des navigateurs, dont la mission se borne à explorer une partie des côtes! L'île de Vaigiou a plus de quatre-vingts lieues de circonférence , et l'on nous donna à entendre que, dans l'intérieur, se trouvoit une nombreuse population rassemblée dans une sorte de grande ville.
SECTION IV.
[les Mariannes.
LAISsANT cette terre équatoriale, et continuant notre navigation vers le nord, nous arrivämes aux Mariannes, où la quantité de malades que nous avions alors nous força de séjourner long- temps; de sorte que nous eûmes le loisir de connoître les pro- ductions zoologiques de l'île Guam, la plus grande de toutes, et qui en est en même temps la capitale.
Cette Île n’a que quarante lieues de tour. Son sol est élevé, montueux, en partie volcanique et en partie formé de calcaire madréporique. Les montagnes, qui ont toutes subi l’action du feu, sont arides et peu boisées. Les forêts recouvrent le calcaire et forment une demi-ceinture à l'île, en avoisinant les bords de la mer. La végétation naturelle, peu brillante, se ressent de lin- fluence du sol sur lequel elle se développe; tandis que les cocotiers et les arbres à pain, produits de la végétation artificielle, et placés dans un terrain convenable, joignent la magnificence à l'utilité.
Cet archipel n'a quun mammifere qui ne luï aït pas été ap- porté; c'est la roussette Kéraudren, dont les nombreuses troupes n'occasionnent point de dégâts, parce que les insulaires ne cul- tivent presque pas d'arbres à fruits.
Nous avouons que nous fûmes étrangement surpris, lorsque, étant, avec M. Bérard, sur la petite ile aux Cocos, nous vimes ces animaux, bravant l'éclat du soleil, voler en plein jour. Jusqu'à
ZOOLOGIE. 33 cet instant nous avions Cru que, fuyant la lumière, ïls ne sor- toïent que pendant les ténèbres *. Ils planent à la manière des oïseaux de proie, et saccrochent, dans le repos, aux arbres ou bien sur les rochers. Les Marïannaïis en mangent la chair, malgré l'odeur désagréable qu'elle exhale.
Une petite espèce de cerf axis, qui a été apportée des Philip- pines, a tellement multiplié, que l'on ne connoît pas de lieu qui en contienne proportionnellement davantage; car il existe à Guam plus de mille de ces animaux. On nourrit de leur chair les équi- pages des navires qui touchent à cetteïle, et le nôtre n'eut presque pas d'autres vivres pendant le temps que nous y demeurâmes. Cela n'empéchoit point que les habitans n’en fissent, de leur côté, une assez grande Consommation. |
Ce cerf a le bois peu développé; son pelage est noirâtre et rude. Le faon est fauve, et n'a point de taches comme celui d'Europe, à quelque äge qu'on le prenne. Les femelles doivent mettre bas vers la fin de mars, puisque, dans les premiers jours d'avril, on nous apportoit fréquemment de jeunes cerfs.
L'habitude qu'ont ces animaux de se jeter dans la: mer lorsqu'ils sont poursuivis, nous donna occasion de remarquer avec quelle vitesse et quelle force extraordinaires ils nagent, ayant tout le cou, jusqu'au poitrail, hors de l'eau. Leur frayeur est si grande, qu'ils s'élancent quelquefois dans les brisans qui déferlent sur eux avec fureur. Dans les boïs, ces pauvres bêtes sont sans cesse dé- vorées par des légions d'insectes, qui, déposant leurs larves sur leur peau, la couvrent d'ulcères dégoûtans?.
+ M. Salt a vu aussi, à Mahavilly, dans le Mysore, des chauve-souris de quatre pieds d'envergure, voler en plein jour. ( Voyage de Valentia, tom. Il, pag. 130.)
? M. Cuvier décrit le crâne et le bois de cette espèce de cerf, dans ses Ossemens fossiles. Voici ce qu'il en dit:
« Les bois des figures 39 et 40 viennent des Mariannes, dont ils ont été rapportés par » MM. Quoy et Gaiïmard. Ils sont trés-gros, très-rudes et de couleur cendrée, et lon y »remarque, dans laisselle du maître andouiller, une petite excroïssance qui manque aux
> espèces voisines. Celui de la fig. 39 tient à un crâne qui ne paroît jamais avoir eu de
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. S
34 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Le nombre des rats s’est considérablement accru ; de même qu'à l'ile de France, ils sont le fléau de certaines cultures, qu'ils ravagent avant que les fruits aïent acquis leur maturité.
Les oiseaux paisibles sont d'autant plus nombreux dans cette petite île, que, ne redoutant point de guerre, ils multiplient en soute sécurité. Nous placerons les colombes au premier rang de ces hôtes innocens ; et nous indiquerons comme la plus belle, l'espèce kurukuru*, qui se fait remarquer par son beau plumage verdâtre mélangé de jaune et par sa calotte purpurine : elle est exces- sivement commune ; et dans nos promenades, nous la distinguions, sans la voir, à ses roucoulemens si plaintifs, qu’ils ressembloïent à de vrais gémissemens. Les Marïannaïs la nomment totot et les Pa- pous 7anobo. Elle fait sa principale nourriture du fruit rouge d’une
» canines, dont le frontal est relevé longitudinalement entre les cornes, et a, en avant des » orbites, vers la base du nez, deux convexités longitudinales fort remarquables. Celui de » la figure 40 appartient à un individu empaillé, qui manque aussi de canines, et dont le » crâne a les mêmes formes : il est à-peu-près de la taille d’un axis ordinaire; malheureuse- » ment il a perdu la plus grande partie de son poil. On voit cependant qu'il Pavoit roide, » ondulé et d’une couleur gris brunâtre; ses fesses et les poils du dessous de sa queue sont » blancs; la queue ëést assez courte: il y a aussi quelques poils blancs au-dedans des oreilles.
» C’est incontestablement une espèce particulière, bien qu’assez voisine de la précédente » (cervus equinus). M. Desmarest a donné cet individu, dans sa Mammalogie, pag. 426, » sous le nom de cervus marianus, que nous lui conservons. :
» Un faon rapporté des mêmes îles par ces voyageurs, et considéré comme dela même espèce, » est généralement d’un roux de cannelle foncé, sans taches. Le dessous du corps et le dedans des » cuisses de devant est d’un roux plus pâle ; la gorge est blanchâtre ; ïl y a une tache blanche au » bout de la mâchoire inférieure, et une sous la base de chaque oreïlle. Le dedans et le bord anté- » rieur des cuisses de derrière sont blancs, ainsi que les fesses et le dessous de la queue qui est » courte; les quatre jambes fauves. » ( Ossem, foss. seconde édition , tom. IV, pag. 45.)
+ Dans l'ouvrage qui fait suite aux Oiseaux de Buffon, par M. Temminck ( 47.° livraison, planche 254), ce naturaliste fait figurer une colombe qu’il regarde comme la femelle de Pespèce kurukuru. Elle a le dessus de la tête cendré, avec une bande jaune au-dessus de Pæil. Si c’est une femelle, nous ne pensons pas qu’elle doive appartenir à cette espèce. Ces oiseaux sont très-communs dans Vile de Guam; nous en avons tué un grand nombre; nous avons même possédé assez long-temps un couple, mâle et femelle, pris sur le nid, dont les indi- vidus ne différoient pas le moins du monde lun de l'autre, tant pour la couleur que pour la grosseur; et tous ces oiseaux avoient l’élégante calotte purpurine qui les distingue. Voila bien certainement ce qui existe dans cette île; peut-être ailleurs fa femelle présente-t-elle quelques différences.
ZOOLOGIE. 35
orangine épineuse | #monia trifoliata |, qu'elle transporte par-tout et contribue par ce moyen à multiplier d’une manière fort in- commode. :
La colombe Dussumier y est aussi très-nombreuse; vient ensuite l'érythroptère à gorge blanche, et enfin une nouvelle espèce, de cou- leur rousse; si rare que nous ne pûmes en avoir que deux individus.
Le martin-chasseur à tête rousse infeste les forêts. Les habitans le chassent d’auprès de leurs maisons, parce qu'ils le croïent capable de dévorer les petits poulets, opinion que nous ne partageons pas. On trouve le chlorocéphale à Rota, île distante de dix lieues.
Le merle des colombiers, sa des Mariannaiïs, conserve ici les mêmes habitudes familières qu'on lui reconnoît à Manille. Aussi agile qu inquiet, il ne peut demeurer sur un arbre sans en par- courir toutes les branches, autant pour être en action que pour y chercher sa nourriture. Son chant tient de son caractère et a beau- coup de variété; il siffle, il se plaint, il gazouiïlle, ou bien chante un petit air de courte’durée.
Des souimangas rouge et noir sans reflets métalliques habitent entre les larges feuilles des palmiers et pompent leur sève sucrée. Le moucherolle à queue étalée en éventail se tient dans les buis- sons, et le râle tiklin, qui ne vole pas, dans les fourrés les plus épais. I y a aussi des corbeaux noirs. Les bords de la mer sont couverts de hérons noirs et de hérons blancs, de corlieux, de tourne-pierres, de pluviers dorés, de chevaliers. Dans les maraïs on chasse les canards, la poule d'eau et le petit héron aux aïles noires : ce dernier est nommé 4akag par les insulaires. La chouette commune appartient aussi à cette île, où elle elle est connue sous le nom de #70onm0u ; mais nous n'y avons rencontré ni aucun autre oiseau de proie ni perroquets.
Tinian a fourni une nouvelle espèce à notre genre mégapode, beaucoup plus petite et d'une couleur différente de celle de Vaigiou. La tradition rapporte que très-répandue autrefois dans l'archipel,
se
36 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
les anciens peuples Mariannais l’élevoient comme on fait à présent des volailles.
Enfin, nous pouvons assurer que, sous le rapport de l'ornitho- logie *, comme de toutes les autres parties de l’histoire naturelle, il n'existe pas, dans le grand Océan, d'île qui soit maintenant mieux connue que celle de Guam, naguère ignorée; nous aurons occasion de le prouver aïlleurs, en traitant de chaque classe d'ani- maux séparément.
SECTION V. Lles Sandwich.
Nous n'avons que fort peu de chose à dire des oiseaux propres aux trois cônes volcaniques de cet archipel que nous avons visités, et rien, absolument rien sur les mammifères, qui paroïssent se borner aux cochons et aux chiens. On mange aussi ces derniers, dont les variétés sont trèsnombreuses, comme en Europe.
N'ayant eu que peu de temps à rester sur chacune de ces iles, nous ne pûmes parcourir leurs hautes montagnes intérieures; et nos courses se bornèrent à celles des côtes, déjà assez élevées pour que trèssouvent elles soient couvertes de nuages.
En oïseaux, nous ne citerons que deux moucherolles noir et blanc ; de petits figuiers d'un vert jaunâtre, le nouveau genre psittasin de M. Temminck, nommé 7aouhi par les Sandwichiens, qui a des rapports avec les perroquets pour les formes, mais qui en diffère beaucoup par un vol lent, soutenu et uniforme , tandis que celui des perroquets est brusque, et s'opère comme si le corps étoit placé de travers.
* Ainsi, c’est à tort et par une fausse indication, que dernièrement on a dit, dans un bel ouvrage , que le calao à casque sillonné habitoit les Mariannes : ces oiseaux ne se touvent point dans cet archipel.
ZOOLOGIE. 7
Les plantations d'arum, toujours inondées, recèlent des foulques et des poules d'eau ordinaires. On trouve au bord de la mer des corlieux gris et des chevaliers, et sur les rimas ou arbres à pain, la chouette commune, que les indigènes connoïssent sous le nom de pouéhou.
Mais, chose surprenante, malgré toutes nos recherches et nos courses dans les montagnes environnant les” bords de la mer, des trois îles d'Owhyhi, Mowi et Wahou, nous n'avons pu nous procurer ni même voir l'héorotaire | certhia vestiaria |, très- petit oiseau dont les plumes d’un rouge éclatant forment les élégans manteaux des chefs. Quand on pense que, pour fabriquer un de ces ornemens, qui a quelquefois cinq pieds de hauteur, ül faut des centaines, peut-être des milliers de ces oïseaux, l'étonne- ment redouble de ne pas en rencontrer à chaque pas. Il faut croire qu'on a fini par en diminuer tellement le nombre, que maintenant ils se trouvent relégués dans les profondes vallées ou sur les très- hautes montagnes que nous apercevions dans l'éloignement *.
On peut faire quelques rapprochemens naturels entre les Sand- wich et les îles de France et de Bourbon. Leur sol a partout subi l'action du feu. Les hautes montagnes de Mowna Roa et Mowna Kaah ressemblent aux Salazes de Bourbon. Leur pente commence au bord de la mer et s'élève successivement jusqu'à deux mille cinq cents toises, dit-on, pour les premières; les secondes, moins imposantes, mais peut-être plus abruptes, n'en comptent que quinze cents. Très-souvent on se méprendroit sur la nature des produits volcaniques des unes et des autres, tant la similitude est parfaite; et sur la plage qu'habite une partie de la population d'Owhyhi, on diroit que la lave vient d'y couler.
* Il paroîtroït, d’après ce que rapporte Dixon, que Poiseau qui fournit les plumes jaunes, seroit un promérops ou un guépier, dont les naturels sempareroient facilement, et auquel ils arracheroïent le peu de plumes colorées dont il est orné, et qu’ils renverroïent ensuite. Nous avons bien aperçu dans les vallées profondes quelques-uns de ces oiseaux , mais qui ne nous ont pas paru faciles à approcher. Nous pensons donc que le fait avancé par le voyageur anglais demande confirmation.
38 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Wahou, au contraire, ressemble à l'ile de France; ce sont ses montagnes peu élevées, affaissées, dont les arêtes adoucies et décomposées par le temps, fournissent abondamment aux vallons une excellente terre végétale qu'on s'empresse de cultiver. Par-tout la végétation y est vigoureuse et pressée. Il n’en est pas de même à Owhyhi, la plus considérable de ces îles, où d'immenses coulées de laves plus récentes ont tout envahi, et où l’on est obligé de pratiquer des cultures à travers leurs interstices.
Enfin, de même qu'aux îles de France et de Bourbon (avant qu'on y transportât des cerfs* et plusieurs espèces d'oiseaux), on ne peut faire aux Sandwich qu'une très-mince récolte en zoologie.
SECTION:VI
Nouvelle-Hollande.
TERRE D'ENDRACHT ET NOUVELLE-GALLES DU SUD.
CETTE immense contrée, encore si peu connue, s'est offerte à - nous sur deux points différens. Le premier, la baïe des Chiens- Marins, située à l'Ouest, est d’une sécheresse et d’une aridité effrayantes. Par-tout des dunes de sable recouvrant un grès rou- geàtre ne présentent à la vue que des mimosas et autres arbris- seaux contournés et rabougris. Qu'on ajoute à cela le manque absolu d’eau douce, et l'on concevra facilement qu'une perpétuelle stérilité doit être le partage de cette terre de désolation.
Cependant elle a, nous ne dirons pas ses habitans, parce que la tribu que nous y avons vue ne sauroït constamment y demeurer et y vivre; mais enfin elle est fréquentée par l'espèce humaine,
* Il se pourroit bien que les cerfs des îles de France et de Bourbon fussent de [a même espèce que ceux des Mariannes, et que les Hollandais, à qui appartint d’abord la première de ces iles, en eussent pris les premiers individus à Manille ou au continent de FInde.
ZOOLOGIE. 29 malgré la privation qu'elle y éprouve d'un des élémens les plus in- dispensables à son existence. Les animaux de cette baie qui vivent dans ses petites îles, ou sur le continent non loïn du rivage, ont bien été forcés de s'accommoder à cette nécessité. Ainsi, les kan- guroos, les péramèles, les phalangers, beaucoup d'oiseaux qui s'éloi- gnent peu, boivent l'eau de la mer. Les naturels qui séjournent sur la presqu'ile Péron, où ils trouvent, en poissons , une nourriture assez abondante, sont probablement forcés d'en faire autant; et chez eux l'habitude a rendu nuls les effets délétères de cette bois- son, si toutefois elle est dangereuse par elle-même.
On trouve sur les îles de Dorre et Bernier, le kanguroo à bandes, que MM. Péron et Lesueur ont fait connoître. ‘II existe aussi dans celle plus grande de Dirck-Hatichs. C'est seulement sur cette dernière que nous avons trouvé une quantité d'assez grands trous pratiqués sous des touffes de mimosas, dont les branches s’étaloient sur la terre, et que nous supposons être ceux d'une très-grande espèce de péramèle. Ces animaux, que nous ne fimes qu'entrevoir parce qu'ils rentroïent au gîte avec une extrême rapidité, nous paru- rent de la taille d'un moyen kanguroo. La nuit ils vont sur le bord du rivage fouiller dans les débris que la mer y entasse. Ils courent fort vite, toujours à quatre pattes et sans faire de bonds. Nous ne pûmes nous en procurer. Une chose qui est à remarquer, c'est que sur le continent nous ne vimes point de semblables terriers.
Les environs recèlent beaucoup de kanguroos-rats, à en juger par une infinité de têtes entières que nous trouvâmes avec des débris d'oiseaux, de serpens, de lézards, de crustacés, de poissons même, au bas de l'aire d’un aïgle ou autour à ventre blanc et à dos gris. Le nid de cet oiseau, haut de cinq à six pieds, formé de branches d'arbres symétriquement rangées en rond, et présentant l'apparence d'une petite tour, étoit construit sur un rocher isolé, dont la mer venoit battre le pied. Il étoit plein jusqu'a sa partie supérieure, et contenoit un œuf de la grosseur et de la forme de celui d’une
40 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
poule, de couleur fauve avec des plaques brunes. La femelle le cou- voit; et par la disposition de son aire, dont on peut voir la figure dans atlas historique de notre voyage, elle voyoit tout ce qui se passoit autour d'elle et s'envoloit à notre approche. Cook fait men- tion d'un semblable nid qu'il vit dans une partie opposée de la Nouvelle - Hollande. Ces oïseaux, par leur nature, sont tenus de vivre solitaires : ils consomment tant de chair, que plusieurs fa- milles réunies sur un même point, auroïent bientôt dépeuplé d'a- nimaux toute une contrée.
Au bas des dunes élevées de la presqu'île Péron où M. de Frey- cinet avait établi son observatoire, l'un de nous tua le petit péra- mèle Bougainville, que nous représentons planche j. Nous en vimes plusieurs qui tous étoient de même taille, ce qui feroit sup- poser qu'ils nacquièrent pas beaucoup plus de développement. Dans ce lieu tous les petits sentiers conduisant d’une touffe d'arbres à une autre, ont été faits par ces mammifères, qui trouvent sous ces réduits un asile assuré contre les attaques des aïgles, des au- tours et des chiens sauvages qui fréquentent cette plage.
Les oïseaux de terre les plus remarquables sont divers traquets, parmi lesquels se trouve /e traquet élégant ; quelques philédons; des tourterelles à reflets métalliques ; un moucherolle noir et blanc ; de grosses corneïlles toutes noires; une nouvelle espèce de mé- rion, que nous avons nommée 7rérion leucoptère, et le mérion natté, remarquable par sa vivacité. Maïs un oïseau très-singulier est celui dont le chant ressemble au son d’une clochette qu'on frap- peroit brusquement. Il ne le faisoit entendre qu'au lever du soleil, etnous nous plaisions à l'écouter sans pouvoir en distinguer l’auteur. Ce nest que dans une autre partie, au port Jackson, qu'on nous le fit connoître, en nous en cédant un, qui fut perdu avant d'avoir été décrit. Il est d’un vert jaunâtre , pas plus gros que le philédon grivelé, avec lequel il a beaucoup de ressemblance.
Le port Jackson , au Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, est le
ZOOLOGIE. 4
second point de ce continent que visita la corvette /’Urame, après avoir parcouru cet espace immense du grand Océan, qui la sépare des îles Sandwich.
Nous ferons précéder d'une légère esquisse topographique, ce que nous avons à dire sur les mammifères et les oiseaux de cette contrée.
Toute la partie du comté de Cumberland qui s'étend depuis la mer jusqu'aux Montagnes-bleues, peut être considérée comme une plaine ondulée, au milieu de laquelle se trouvent quelquefois des collines assez hautes. Les bancs de grès dont le sol est formé, se montrent à nu sur plusieurs points, et nuisent au développement et à la propagation des végétaux, qui là, comme Sur la côte, sont maigres et rabougris. Des landes sablonneuses et stériles s'étendent depuis la ville de Sydney jusqu'à Botany-bay, dans l'espace de plu- sieurs lieues.
Ce nest quen s'avançant vers le centre, le long des rivières, dont les débordemens fertilisent la terre, qu'on trouve de ces majestueuses forêts d'eucalyptus, dans l'intérieur desquelles ces arbres gigantesques, séparés par de larges intervalles libres de lianes et d'arbrisseaux, permettent de circuler à l'aise. Sous leurs ombrages, se développent de magnifiques prairies naturelles, auxquelles la renoncule, l'antropogon, lavena et l'aristida donnent le même aspect qu'à celles de France. Dans les moiïs de décembre et de janvier, revêtues de toute leur parure, elles nous auroïent occa- sionné l'illusion la plus complète, si les grands végétaux et les nombreux oiseaux qui nous environnoient, ne nous eussent sans cesse rappelé que nous foulions un sol étranger.
Après avoir fait environ neuf lieues vers le Nord-Ouest, on rencontre la rivière Nepean, qui coule au pied des Montagnes- bleues. Là existe une démarcation naturelle, que nous ne franchi- rons qu'après avoir fait connoître quelques particularités zoologiques de ce quon peut appeler la plaine.
Parmi les grands quadrupèdes, on trouve encore, en assez grande Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 6
42 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
quantité, des chiens sauvages; mais la guerre impitoyable qu'on leur fait en aura bientôt anéanti l'espèce. Il en est de même des paisibles kanguroos , à la destruction desquels on s'attache bien davantage, parce qu'on se nourrit de leur chair et que leurs four- rures servent à faire des vêtemens ou des chapeaux. Déjà l’on n’en aperçoit presque plus aux environs de Sydney; ils sont rares sur les Montagnes-bleues, et ce n'est que dans les contrées les plus reculées qu'on en voit encore des troupeaux.
Les Européens détruisent, avec autant d'activité, les grandes espèces de phalangers, dont les longs poils soyeux leur sont de quelque utilité. Les petites espèces seules échappent. On extermine les malfaisans dasyures , animaux nocturnes qui commettent les mêmes dégâts que chez nous les fouines, avec lesquelles ils ont des rapports de mœurs.
Ces mammifères, en désertant les bords de la mer, trouvent dans les naturels d’autres ennemis qui se nourrissent de leur chair; car la nature, avare de ses dons envers ce peuple misérable, Jui a refusé presque tous ces végétaux utiles, ces fruits délicieux, qu'elle répand ailleurs avec tant de profusion. Obligé de se nourrir sur-tout d'animaux, il est sans cesse errant dans ces vastes déserts; et il né peut se fixer nulle part sur une terre qui exige une industrie agricole supérieure à la sienne, pour lui offrir des produits utiles à sa subsistance.
Ainsi, l'on peut calculer le temps où ces animaux, si nombreux lors de l'arrivée des Anglais aux Terres australes, n'existeront plus que comme des objets de curiosité, et finiront enfin par dispa- roître tout-à-fait, pour faire place aux troupeaux, bien plus utiles sans doute, de bœufs, de chevaux, de brebis, &c. devenus indis- pensables à l’homme civilisé, et qui l'accompagnent dans ses grandes migrations. C'est donc la destinée de ces terres conquises, de voir, nous ne dirons pas seulement des espèces de mammifères étrangères y succéder aux espèces indigènes, mais la population elle-même
ZOOLOGIE. 43
s'éteindre et être remplacée par une population nouvelle et tou- jours envahissante.
Le contraire de ce que nous venons de dire s'observe pour certaines espèces d'oiseaux, dont le nombre augmente dans les lieux cultivés et fréquentés par l'homme. Aïnsi, la tribu si variée des perroquets est plus commune aux environs de Sydney, de Parra- matta, de Windsor, que par-tout aïlleurs. Dans les Montagnes-bleues mêmes, c'est auprès des fermes isolées que nous avons trouvé le plus de jolies perruches omnicolores. Il en est de même du kakatoës blanc ou à crête, du familier cassican, de quelques philédons, du corbi-calao sur-tout, aussi commun dans la plaine qu'il est rare dans les montagnes; des élegans traquets, dont les buissons fourmillent, &c. Déjà nous avons fait cette remarque à l'égard du Brésil. Elle est évidente pour tous les pays où la culture est en vigueur, et c'est à ses plantes céréales que l'Ile de France doit cette grande quantité de petites perruches à tête grise.
Parmi ces nombreuses variétés d'oiseaux que nous ne pouvons toutes énumérer et encore moins faire connoître par leurs habi- tudes, nous citerons l'énorme martin-chasseur choucas, vivant au milieu des forêts. Sa voix a un éclat extraordinaire ; et lorsque plusieurs se réunissent, ils se plaisent à faire un bruit terrible, res- semblant à des éclats de rire immodérés. Dans ce bruyant concert, chaque acteur semble avoir sa partie.
Nous reviendrons encore aux cassicans, qu'on peut considérer comme les corbeaux de cette contrée : ils sont plus gros que ceux des îles des Papous , et leur chant paroît avoir moins d'élégance; maïs en revanche leur plumage est plus varié, quoïqu'il ny entre que deux seules couleurs, le blanc et le noir. Cependant nous en possédions une espèce nouvelle tout-à-fait grise, et beaucoup plus grosse qu'une corneiïlle.
Nous ferons mention du philédon corbi-calao et de la perruche a tête bleue, connue ici sous le nom de perruche des Montagnes-
6*
44 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
bleues, parce qu'elle habite de préférence cette contrée. Ces deux espèces d'oiseaux sont absolument les mêmes que celles que nous avons trouvées à Timor, à une distance de 24° en latitude ou de huit cent soixante-quinze lieues. Nous viîmes la dernière sur les bords de la Nepean, se nourrissant de fleurs non épanouies d’eu- calyptus; et le corbi-calao au cou nu, dans les grands bois des environs de Parramatta, où il conserve son goût pour les baïes et son chant aussi bruyant que sous la zone torride. Il est bon de pré- venir que lorsqu'on ne fait que le blesser, il enfonce avec force ses griffes dans les chairs et fait des blessures très - douloureuses. Les cris qu'il pousse dans ces instans attirent ses semblables, espèce d'instinct commun à beaucoup d’autres oiseaux.
Enfin, laissant cette partie basse du comté de Cumberland, et franchissant ces fameuses Montagnes-bleues, si long-temps inac- cessibles, nous irons au-delà jusqu'à la plaine de Bathurst, en con- tinuant à donner une légère idée de la constitution du sol, afin d'indiquer les affinités naturelles que doivent avoir avec lui les animaux qu'on y rencontre.
Toute la première zone de montagnes peu élevées qui borne l'horizon dans le Nord-Ouest, est composée de grès rougeûtre, en couches horizontales, présentant, sur quelques parties, des escar- pemens à pic. Cest le propre de cette roche d'offrir cette dis- position , qu'on retrouve dans plusieurs montagnes d'Afrique, notamment sur celle de la Table, au Cap de Bonne-Espérance; disposition qui rendit si long-temps impraticables les Montagnes- bleues, jusqu'à ce qu'ayant reconnu les arêtes qui réunissent leurs points les plus élevés, on put se frayer un passage jusqu'aux pitons de granit, dont la configuration tout-à-fait différente ne présente plus les mêmes difhicultés. II n'existe point de transition entre ces deux formations. On descend les montagnes quartzeuses par une rampe très-roide, où l'on n'a pu éviter de tracer la route, et l'on entre de suite sur le sol granitique.
ZOOLOGIE. 4
La première partie est aride, desséchée, sillonnée par des vallées profondes qui ressemblent à de vraïs bassins à paroïs perpendicu- laires et sans eau. Cette sécheresse fut aussi un des obstacles qui s'offrirent à ceux qui tentèrent de pénétrer plus avant.
A-t-on dépassé le grès, l'aspect change tout-à-coup; on ne ren- contre plus qu'un système de montagnes arrondies en pitons, ou bien présentant des ados qui retiennent une abondante terre végé- tale, sur laquelle d'épaisses graminées forment des prairies conti- nues. Des rivières, des ruisseaux, coulant paisiblement ou tombant en cascades, suivent les sinuosités des vallons, débordent dans les lieux bas et inondent les prairies. C'est où leurs ondes sont tran- quilles que le paradoxal ornithorynque et les cygnes noirs font leur habitation. Les casoars, nommés z4ran par les indigènes, recherchent les plaines humides, et l’une d'elles a pris le nom d’Æz, qu'on donne à ce volumineux oiseau, qui est à la Nouvelle-Hollande ce que sont les autruches à la sablonneuse Afrique, ou bien aux pampas ver- doyantes de l Amérique australe.
Sur les hauteurs on trouve le crave noir à aïles blanches, animal stupide, armé de serres aiguës; des coucous; le kakatoës banksien, si différent du blanc par son vol lent, mesuré, et par son cri aigre; plusieurs espèces de perruches, parmi lesquelles nous signalerons celle à bandeau rouge, qui conserve longtemps après sa mort l'odeur aromatique des fruits d'eucalyptus dont elle se nourrit; enfin une foule d'autres oiseaux inconnus, dont les dépouilles, pénibles à préparer dans un voyage fait avec rapidité, n'ont pu être rapportées en France par l'effet de notre naufrage.
Mais le premier oiseau de la contrée, sans contredit, est le beau ménure, qui déploie en lyre élégante les plumes de sa queue. I se plaît sur les monts rocailleux, et le poste de Spring-Wood est l'en- droit où il y en a le plus.
Après avoir franchi les points les plus escarpés des montagnes, on les voit diminuer insensiblement de hauteur jusqu’à la vaste
46 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
plame ondulée de Bathurst, que traverse la rivière Macquarie. Jusque-là on voyage dans une forêt continue d’eucalyptus; et lorsqu'on en est sorti, la vue s'étend au loin sur une immense prairie couverte de hautes et épaisses graminées. C'est là que se réfugient des caïlles dont le plumage est diflérent de celui des nôtres.
Des hirondelles noires et blanches vivent en troupes autour de la ville naïssante; et leurs nids en terre, suspendus aux maïsons, ont pes ouverture un tube cilyndrique piolenee de quelques pouces *.
Parmi les mammifères, nous n'avons distingué qu'un kanguroo cendré, dont le poil est laïneux, semblable à celui d’une fourrure que nous avons déposée aux galeries du Muséum. Le gouverneur avoit dans son beau jardin de Sydney plusieurs de ces animaux, qui atteignent une grande taille.
Dans les régions montagneuses, ils préfèrent les hauteurs aux vallées humides. I en est de même des phalangers. Lors de notre séjour, on avoit tout nouvellement découvert à Bathurst une grosse espèce de péramèle, dont nous dûmes un individu à l’obligeance de M. le capitaine Lawson.
Toute cette partie du comté de Cumberland qui repose sur des couches de grès, même une portion des Montagnes-bleues, nous ont paru avoir plusieurs rapports d'organisation générale avec la péninsule que forme le Cap de Bonne-Espérance. Comme en Afrique, le sol alternativement y est ou montueux, ou pré-
? Parmi quelques oïseaux que nous acquimes au port Jackson , se trouva une sorte de grimpereau, dont la mandibule supérieure seulement offroit Ia singulière anomalie d’être recourbée en haut. Cette courbure ne commençoit qu’à la partie moyenne, et alloït vers la pointe. La mandibule inférieure étoit droite. Étoit-ce accidentel ! L’empaiïlleur qui nous le vendit, assura que non. Cet oiseau n'a été ni décrit ni figuré, non plus qu'un superbe Céréopsis, vivant dans le jardin du gouverneur. Son plumage étoit gris de lin, marqué de larges lunules ou yeux bruns.
Un autre bel oïseau fort rare est le loriot prince-régent , dont nous apportions un individu. (Voyez planche 22.)
ZOOLOGIE. L
sente des plaines sablonneuses , arides, recouvertes d'arbres plus ou moins rabougris, d'un aspect monotone zet triste. Les arbris- seaux et les plantes herbacées ont leurs feuilles dures, épineuses : mais la plupart ont un caractère particulier, c'est que leurs fleurs sont remplies d'une liqueur sucrée abondante, seule nourriture que la nature ait pour ainsi dire accordée à quelques espèces d'oiseaux, et_pour laquelle ïls ont reçu, par une admirable prévoyance, une langue rétractile en pinceau, remplissant l'office d'un siphon vivant. C'est ainsi que nous avons vu au Cap de Bonne-Espérance les soumangas et les promérops, toujours suspendus aux virgilias et aux protéas, employer presque tout leur temps à pomper un aliment aussitôt digéré que pris.
Au port Jackson, une famille tout entière participe de la même organisation. Si les philédons ont aussi la langue plumeuse, et sont obligés de picorer comme les abeïlles, la nature ici plus soïgneuse a mis à leur portée, avec une sorte de profusion, un bien plus grand nombre de végétaux mellifères. En effet, on ne peut faire un pas sans rencontrer d'énormes bañksias dont les cônes élégans fournissent un suc abondant; des forêts entières de gigantesques eucalyptus; des xanthoréas, plante ou arbre singulier, tout-à-fait propre à la Nouvelle-Hollande, comme ses kanguroos et ses orni- thorynques; des mélaleucas, des styphélias, et une foule d’autres arbres donnant plus ou moins de liqueur mielleuse aux oiseaux qui parcourent leurs branches.
Le plus grand des vrais philédons est celui à pendeloques. Vient après une espèce grisâtre, dont nous avons nourri pendant quelques jours des individus, en leur présentant de l’eau sucrée dans laquelle ils plongeoïent tout d'abord leur langue effilée.
Nous avons dit vraïs philédons, parce que le corbi-calao, le philédon à front blanc et le philédon olive qui est très-rare , sont des oiseaux qui, quoique placés dans ce genre, diffèrent infiniment des premiers, non-seulement par la forme de leur langue simple-
48 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
ment échancrée à la pointe sans être rétractile, ce qui fait qu'ils ne se nourrissent point de sucs, maïs encore par leurs mœurs beau- coup plus vagabondes, si l'on peut se servir de cette expression, que celles des philédons proprement dits; car ces derniers, comme tous les oiseaux qui sont ainsi organisés, demeurent par nécessité fixés à certaines espèces de végétaux, dont ils ne peuvent s'éloigner sans courir le risque de périr.
Il seroïit curieux de rechercher si, ayant constamment la tête plongée dans les corolles des fleurs, le sens de la vue chez eux est moins parfait. Tout ce que nous savons, c'est qu'en général ils se laissent approcher de fort près.
.
SECTION VII . Lles Malouines.
Les Malouines, sur lesquelles nous fîmes naufrage et qui man- quèrent devenir notre tombeau, sont le dérnier point qui doit nous occuper sous le rapport des oiseaux terrestres proprement dits. Nous n'avons rien à dire des mammifères; car, à l'exception du chien antarctique, seul quadrupède appartenant d'une manière spéciale à ces îles, et dont nous n'avons fait qu'entrevoir un indi- vidu , qui, vu l'état de détresse dans lequel nous étions, fut aussitôt mangé que tué, tous les autres, comme bœufs, chevaux, lapins, cochons, y ont été apportés par les Français ou les Espagnols qui, à diverses reprises, tentèrent d'habiter une terre qui ne paroît propre qu'aux herbivores ou aux phoques amphibies.
Si l'on considère le peu de profondeur de la mer entre les Malouines, placées à-peu-près vis-à-vis le détroit de Magellan, et l'Amérique , on sera naturellement porté à croire que jadis elles firent partie de ce continent. La surface de ces îles offre des montagnes de grès et des terrains bas et unis : le sol, dans les pre- mières de ces localités, est nu, aride, de couleur grisätre, dépourvu
ZOOLOGIE. 49
-de végétation, dans les secondes, il est tourbeux, couvert de gra- minées, et découpé en criques salées, ou parsemé d'étangs d'eau douce. Des brumes épaisses et continuelles répandent une teinte sombre et mélancolique sur ces plages désertes, où l’on ne trouve pas un arbre : leur ressemblance est parfaite sous ce rapport avec les vastes pampas de Rio de la Plata. Seulement on voit de loin à loin, sur le bord de la mer, de foibles arbrisseaux clairsemés et rabougris, du genre epetrum , qui portent des baïes dont se nourrissent plusieurs petites espèces de chardonnerets et de passe- reaux, une grosse grive et l'étourneau à poitrine rouge. Ces deux - derniers paroïssent au commencement de l'hiver, lors de la matu- rité de ces fruits.
Le dactylis aggloméré, roseau flexible de plus de six pieds de haut , couvre les petites îles de la baie Françaïse, et sert de refuge à un merle noir que nous avons aussi trouvé au cap Horn, et à des légions de manchots, comme nous le dirons ailleurs.
Plusieurs variétés de caracaras | fz4co Novæ-Zelandiæ |, diverses espèces de busards, dont nous donnons des figures, et le percno- ptère aura, habitent ces solitudes.
Les plus audacieux de ces oïseaux de proïe sont les caracaras. Nous en avons vu passer à nous toucher de l'aïle, sur-tout lorsque nous portions quelque pièce de gibier. Après avoir abattu une oïe, labandonnoiït-on un instant pour en poursuivre d'autres; au retour, on la trouvoit dévorée par ces animaux; et pour nous soustraire à leur rapacité, il fallut prendre le parti d'enterrer les produits de notre chasse. Dans le camp même, ïls venoïient enlever les restes de nos repas. Cependant ils paroïssoient vivre en paix avec les petites espèces timides, et jamais nous navons vu qu'ils les poursuivissent.
Enfin , après que nous eûmes détruit ou fait fuir les oïes, nous nous rabattimes sur ces larrons eux-mêmes, dont nous trouvâmes
la chair excellente. Si jusque-là nous ne nous en étions pas nourris, Voyage de l’'Uranie, — Zoologie. 7
50 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
c'étoit moins par répugnance, que parce qu'un seul ne valoit pas- un coup de fusil, dans une circonstance où nous devions être très- économes de nos munitions.
Les vautours, au contraire, aussi craïntifs que voraces, planoïent des journées entières au haut des montagnes, et l’on ne pouvoit les atteindre que par surprise. Quelques-uns de ces oïseaux avoïent la portion nue de leur tête d'un rouge cramoisi. Peut-être que cette différence appartient aux mâles.
De grosses bécassines, volant horizontalement et peu loin, à la manière des caïlles, abandonnoïent le soir les prairies, pour venir chercher des insectes sous les pierres du rivage. De petits troglo- : dytes, peu différens des nôtres, se tiennent dans des bruyères ; et quelquefois nous entendions sur les récifs qui se prolongent dans la baie, les aboïemens du bihoreau pouacre.
A l'exception de quelques petits oïseaux, tous les autres sont dans l'usage d'émigrer pendant l’hiver, lorsque la terre est recou- verte d'une épaisse couche de neïge, au travers de laquelle les chevaux et les bœufs sont obligés de fouiller pour trouver leur nourriture.
ZOOLOGIE. si
CHAPITRE IL
Description des Mammifères.
SIST SSII SSI IS ISIISSIIITS
IPS ISIN SSII SSI PSSIE SSI SSII SSII SSSS SIT SIIE STI
GENRE ROUSSETTE. — PreroPus. Briss.
ROUSSETTE KÉRAUDREN. — Preropus KERAUDREN. N.
FANIHI, en Îlangue mariannaise. POÉË, dans celle des Carolinais.
PLANCHE 3.
Pteropus, corpore et alis subnigris ; collo, scapuls , parteque posteriore capitis , flavrs ; auricules brevibus ; caudä null.
Nous établissons cette espèce d'après quatre individus adultes, que nous avons pris aux îles Mariannes. Ils ne diffèrent entre eux que par leur envergure, qui varie de deux pieds à deux pieds cinq pouces.
Cette roussette a l'occiput, le cou, les épaules et le haut de la poitrine d’un jaune blanchâtre un peu sale : le reste du pelage est mélé de gris brun et de brun noiïrâtre, avec une teinte plus claire sur le haut et le devant de la tête: le brun noirâtre est plus foncé sur le dos qu'au ventre, où lon voit quelques poils blancs qui
donnent à cette partie une couleur gris brun. Les poils du cou, de *k
7
s2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. la poitrine et du ventre, assez longs, sont frisés, comme laineux; ceux du dos, plus courts, ont un aspect luisant et sont couchés.
La membrane interfémorale est très-étroite; celle qui forme les aïles ne naît pas précisément des flancs, maïs presque de la partie moyenne du dos ; toutes deux sont noires. Les oreilles sont très-petites. La longueur de la tête, dans nos divers individus, est de deux pouces à deux pouces sept lignes. Six et huit pouces mesurent l'espace qui s'étend du bout du museau à l'anus.
Les dents présentent les particularités suivantes : les incisives supérieures sont égales, tranchantes et symétriquement rangées ; les latérales sont à peine plus courtes; les inférieures, séparées à leur milieu par un intervalle, ont une couronne plutôt aplatie que tranchante ; les moyennes, plus petites que les latérales, s'élèvent un peu moins haut; les canines supérieures sont séparées des in- cisives par un espace intermédiaire, qui n'existe pas entre les in- cisives et les canines inférieures, et qui est destiné à recevoir ces dernières dents quand la gueule est fermée. Les premières molaires de la mâchoire supérieure sont tout-à-fait rudimentaires, ce qui les a fait nommer fausses molaires. EHes n'avoient pas été aperçues par Daubenton, comme le fait remarquer M. le professeur Geoffroy. Dans nos roussettes, les premières molaires d'en bas ressemblent assez pour la forme et le volume aux deux dernières de la même mâchoire ; seulement elles en diffèrent par une légère inclinaison de dehors en dedans que présente leur couronne. Les secondes molaires des deux mächoires se rapprochent autant des canines que des dernières molaires : elles ont deux tubercules saïllans, pointus ; l'externe dépasse de beaucoup l'interne. Les mâchelières, qui viennent après, conservent encore un peu de ce caractère, qui ne disparoît entièrement qu'aux trois dernières d'en bas et aux deux dernières d'en haut.
Les rapports de cette espèce avec celle d'Edwards sont assez grands ; mais elle en diffère par sa taille, qui est plus petite; par le
ZOOLOGIE. _ jaune de son cou, qui passe au roux vif dans la roussette du na- turaliste anglais, laquelle a les membranes brunes, tandis qu'elles sont presque noires chez la nôtre. Enfin, dans le port et l'air de tête, on reconnoît, en les comparant, des différences manifestes qu'on ne peut bien rendre par la description.
Quant aux mœurs de ces roussettes, il seroit difficile d'ajouter quelque chose de nouveau aux observations que M. Lanux a com- muniquées à Sonnini sur celles de Bourbon. Aux Mariannes, on les nomme fzrihi, et on les mange, malgré la forte et désagréable odeur qu'elles exhalent. Les insulaires des Carolines les connoïssent sous le nom de poé. Sous ces latitudes, elles volent en plein jour, et, dans le repos, se suspendent plutôt aux arbres, qu'elles ne se nichent dans les trous ou entre les rochers; ainsi, les poils courts, lisses et couchés de leur dos, ne sont pas, du moins dans cette circonstance, une preuve de cette habitude.
La femelle ne paroït faire qu'un petit, qui se cramponne sous son ventre, même dans le vol, et qui ne l'abandonne que lorsqu'il a assez de force pour chercher sa nourriture. À Guam, nous en avons vu un pendu aïnsi aux mamelles de sa mère, comme le font les singes, y rester même après qu'elle eut expiré, jusqu'à ce qu'il y mourût de faim. Nous ajouterons que ce touchant attachement ne peut être étudié sans faire éprouver un sentiment pénible.
Cette roussette est dédiée à M. Kéraudren, inspecteur général du service de santé de la marine, l'ami particulier de Péron, et qui, depuis l'expédition du capitaine Baudin, n’a cessé de concourir au succès des voyages de découvertes, soit sous le rapport de la santé des marins, soit en se rendant utile aux naturalistes par ses conseils et par son appui.
s4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
GENRE D'ASYURE. — Dasrurus. Geof.
DASYURE MAUGÉ. — Dasrurus Maucer. Geoff. Annales du Muséum , tom. III, pag. 350.
PLANCHE 4.
Dasyurus, corpore suprè oleagino, subtùs cinereo, albo punctato ; caudä concolore.
CET animal, découvert par le naturaliste Maugé, lui a été dédié par M. le professeur Geoffroy-Saint-Hilaire, dont nous allons emprunter les expressions.
« I est plus petit que le dasyure à longue queue; son museau » ma paru plus alongé et plus délié, les oreilles un peu plus » grandes, les pieds plus profondément divisés et son poil plus long » et plus doux au toucher ; son pelage, olivâtre en-dessus et cendré » en-dessous, est d'un -effet au moïns aussi agréable. Il est mou- » cheté de blanc comme dans Île 7acrourus, avec cette différence » que les taches sont répandues plus élégamment sur tout le corps » et sont toutes à-peu-près de même grandeur. La queue est d’une » même teinte, de la couleur du dos, tirant cependant davantage sur » le roux. Les poils ne sont verdâtres qu'à leur pointe; ïls sont, dans » le reste de leur longueur, cendrés; ceux au contraire qui forment » les mouchetures blanches sont tout-à-fait de cette couleur. »
L'individu sur lequel le dessin a été fait a deux pieds trois pouces de longueur totale ; sa tête a trois pouces et une ligne; son corps, de locciput à l'origine de la queue, onze pouces; la queue elle- même en a douze: ses oreilles, qui ont neuf lignes de largeur et onze de hauteur, présentent, dans l'état naturel, une couleur rosée,
ZOOLOGIE. s5
nuancée par les ramifications de petits vaisseaux sanguins très-déliés.
Quelques détails sur les mœurs des dasyures ne seront pas sans intérêt pour les naturalistes. Nous en avons conservé un vivant à bord de la corvette /'Uranie, pendant l'espace de cinq mois. Cet élégant petit animal étoit très-franc et ne cherchoït point à mordre, quelques tracasseries qu'on lui fit. Fuyant la lumière un peu trop vive et recherchant l'obscurité, il se plaisoit beaucoup dans la niche étroite qu'on lui avoit préparée. Lorsqu'en doublant le cap Horn, on voulut la lui rendre plus chaude, pour le préserver du froid, il arracha et rejeta au-dehors les fourrures qui la tapissoient.
Il n'étoit pas méchant; maïs on ne remarquoit point qu'il fût susceptible d’attachement pour celui qui le nourrissoit et le cares- soit, comme nous avons vu un coati le faire. Chaque fois qu'on le prenoiît, il paroïssoit efrayé et se cramponnoit par-tout à l'aide de ses ongles assez aïgus. L'instant de ses repas étoit une scène toujours curieuse pour nous : ne vivant que de viande crue ou cuite, ïl en saïsissoit les lambeaux avec voracité; et lorsqu'il en tenoit un dans sa gueule, il le faisoit quelquefois sauter en l'air et le rattrapoit avec adresse, apparemment pour lui donner une direction plus convenable. Il s'aidoit aussi avec les pattes de devant; et quand il avoit achevé de manger, il sasseyoit sur son train de derrière, et frottoit long-temps et avec prestesse ses deux pattes l’une contre l'autre, absolument comme nous nous frotterions les mains, les passant sans cesse sur l'extrémité de son museau, toujours très-lisse, tres-humecté et couleur de laque, quelquefois sur les oreilles et la tête, comme pour en enlever les parcelles d’alimens qui auroient pu s’y attacher. Ces soins d’une excessive propreté ne manquoïent jamais d’avoir lieu après qu'il s’étoit repu. +
Ces animaux sont encore assez communs au port Jackson et dans les environs ; mais comme on leur fait la guerre, parce qu'ils sont malfaisans, ils deviendront bientôt aussi rares que le sont les fouines dans quelques-unes de nos contrées.
56 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
GENRE PÉRAMÈLE. — PFRAMELES. Geoff
PÉRAMÈLE BOUGAINVILLE. — PERAMELES BouGAINviLce. N.
PLANCHE 5.
Perameles, corpore suprà rufo, subtus cinereo ; capite elongato, acuto ; auribus ovatis , longis.
IL est probable que le péramèle que nous avons fait figurer, remarquable par sa petite taille et le peu de développement de ses dents canines tant supérieures qu'inférieures, est un jeune individu. Son corps est alongé, plus large en arrière qu'en avant; son nez effilé s'avance au-delà des mächoires ; ses moustaches sont longues et bien fournies, ses yeux assez grands ; ses oreïlles, de forme oblongue, ont un pouce de long, ce qui le distingue du nasuta, avec lequel il a des rapports et qui les a très-courtes.
Son poil, médiocrement dru, plus abondant sur le garrot, mêlé d’un peu de feutre, est cendré à l'origine, et roux ou brun à la pointe. Le pelage, dans toutes les parties supérieures, a une teinte rousse, un peu moins foncée cependant que dans le dessin. Un cendré légère- ment mélangé de roux se remarque au dedans des membres et au- dessous du corps. La queue est d’un roux brun en-dessus etrouxcendré en-dessous. Les ongles sont jaunätres. Quelques poils isolés très-longs se font remarquer sur les membres antérieurs près des articulations.
Sa longueur, mesurée depuis l'extrémité des lèvres jusqu'à la naïs- sance de la queue, est de six pouces : la tête a un pouce neuf lignes; la queue, deux pouces et demi; les membres antérieurs, un pouce quatre lignes, et ceux de derrière, deux pouces et demi.
Les dents canines sont petites, peu fortes, et ne dépassent pas
ZOOLOGIE. e le niveau des premières molaires; tandis que, dans l'espèce à museau pointu , elles ont une longueur au moins double. De plus, l'espace interdentaire qui sépare la dernière incisive de la canine supé- rieure, est plus grand dans l'individu que nous décrivons que dans le rasuta ; d'où il résulte une longueur encore plus considérable du museau. La troisième incisive inférieure est bilobée. Les mo- laires tranchantes sont un peu écartées les unes des autres; la dernière de ces dents est très-petite et comme rudimentaire sur l'une et l’autre mâchoire. Les dents du fond de la bouche ne pa- roïssent offrir aucune trace d'usure ; elles sont à base large et à couronne hérissée de plusieurs petites pointes dont le nombre varie de cinq à huit. Cette disposition, jointe à des pieds fouisseurs et au prolongement du nez, doit faire admettre comme très- probable la supposition de M. Geoffroy, qui pense que cet animal est principalement insectivore. N'ayant eu en notre possession qu'un seul individu dont l'estomac étoit vide, il ne nous a pas été possible de vérifier cette conjecture.
Ce péramele, que nous avons dédié à la mémoire du célèbre navigateur Bougaïinville , provient de la baie des Chiens-Marins ; il a été tué par l’un de nous sous des touffes de mimosas, au bas des dunes de la presqu'ile Péron. Il marchoït en sautillant à la manière des lièvres. N'étant que blessé, il poussa des cris aigus, comme le font les rats en pareïlle circonstance.
Si les trous que nous avons vus sur l'ile Dirck-Hatichs, appar- tiennent, comme nous sommes disposés à le croire, à une grande espèce de péramèle , l'opinion de M. le professeur Geoffroy , que ces animaux doivent fouir, seroit dès-lors pleinement confirmée.
Une grande espèce, récemment découverte, fut donnée à l'un de nous, à Bathurst, au-delà des Montagnes-bleues. Elle pouvoit avoir environ deux pieds, de la tête à l'extrémité de la queue : son pelage étoit roux brun en-dessus et comme fauve en-dessous. Nous
la perdimes au naufrage de /'Uranie. Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 8
58 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
GENRE PHALANGER. — PHALANGISTA. Geoff.
PHALANGER QUOY. — PHaLANGIsTa Quoy. N.
PHALANGER DE LA TERRE DES PAPOUS. Desm. Aammal, pag. $41. RAMBAVE, en langue de Vaigiou. Do, en idiome de Guébé.
PLANCHE 6.
Phalangista, corpore suprà griseo, infrà subalbido ; parte superiore capitis fulvä ; gulä pectoreque albidis ; extremiratibus suprà fuscis ; auriculis minimis, puloses ; caudä prehensil, squamosä.
LES phalangers du grand archipel d'Asie diffèrent beaucoup, par le port et les mœurs, de ceux de la Nouvelle-Hollande. Ils paroïssent redouter davantage la lumière; leur démarche est lourde, craintive, leur regard stupide, comme nous l'avons déjà fait remarquer.
Cette espèce a le museau court et obtus, les oreilles petites et arrondies; tout son pelage est gris brunätre, plus particulièrement sur le milieu du dos, où l'on voit une ligne longitudinale noirâtre plus prononcée en arrière ; des taches de la même couleur occupent le dos et les flancs. Toute la partie supérieure du museau et le dessus de la tête sont d'un fauve vif, la gorge et la poitrine sont blanches; le dessous du ventre et la partie interne des membres ont une teinte grisätre ; les poignets sont traversés par une ban- delette roux foncé , et les doigts recouverts de poils noirätres.
La queue, préhensile, rousse dans sa partie supérieure, n'est poilue que jusque vers son milieu; nue, écailleuse en-dedans, et de couleur rouge dans le reste de son étendue.
Les poiïls de tout le corps sont lanugineux et brillans; quelques- uns, en petit nombre, sont plus longs que les autres. Les mous-
| \ZOOHOGIE, d° e taches sont blanches et l'œil est rougeätre. Sur les pouces posté- rieurs, qui sont larges et dépourvus d’ongle, on voit quelques poils noirs.
DIMENSIONS. Longueur du corps, du bout du museau à lori- gineide laiquenesir: teen 1 pi pS pouces fuEncs, dique EE RS 11e 0. O. du bout du nez à locciput......... o. 2 6 des membres antérieurs..... TO 4. o. des membres postérieurs........ pioe ÿ 6
Le phalanger Quoy habite l'île Vaïgiou, et se trouve proba- blement dans tout l'archipel des Papous. II ne paroït pas difficile à prendre, car les naturels nous en apportoïent assez souvent des individus enfermés dans des cages de bambous.
PHALANGER TACHETÉ. — PHALANGISTA MACULATA. Geoff.
DiDELPHIS ORIENTALIS..Linn. Shaw. Schreb. Séba. PHALANGER MÂLE. Buffon. Hisr, nat, tom. 13, pl. 11. RAMBAVE, en langue de Vaigiou.
Do, en idiome de Guébé.
Couscous, à Amboine.
PLANCHE 7.
Phalangista, corpore subalbido, suprà maculs griseis vel rufuls notato ; rostro robusto ; auriculis minimis, pilosis ; caudä& prehensik S{UaMOSÀ , subrubré.
La position dans laquelle nous représentons ce phalanger tacheté est très-naturelle, et a été parfaitement saisie sur le vivant par M. Taunay. Cet individu, dans l'état adulte, est de la taille d’un assez gros chat. Tels sont ceux du moins que M. Temminck a reçus d'Amboiïne. Le nôtre, provenant de l'île Vaigiou, étoit un
g*
60 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
jeune mâle qui navoit point encore acquis ce développement.
Son pelage, fort doux au toucher, est fauve clair sur la tête et les épaules, gris roussâtre à l'occiput et au-dessus du cou ; il offre, sur tout le dos et les flancs, des taches irrégulières dont la cou- leur varie du gris brun au gris roussätre plus ou moins foncé, sur un fond blanc sale. On voit, à la partie externe des membres et à la queue, des tâches d'un fauve plus ou moins clair. La gorge, la poitrine , l'abdomen, le dessous de la queue et le dedans des membres, sont d'une couleur blanchâtre tirant sur le roux dans quelques points. La queue est écaïlleuse en-dessus, comme ma- melonnée en-dessous, et rougeätre dans toute la partie qui n'est pas velue.
Les oreilles, très-petites, sont garnies de poïls en-dedans et en- dehors. L'œil, le bout du nez et {a peau des pattes sont rougeâtres. La couleur des poïls qui recouvrent les doïgts est d'un brun nuancé de roussâtre.
DIMENSIONS. Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de a queue.. 14 P°%<s derlartète, du bout duwnéz 2 locaput-. 2-2 (LE EU TN ME Ce RE a ns es 12: des membres antérieurs... .........:...... SAIS AS désmembres POStéNEUTS PEER LUS RE 4 —
M. Temminck ayant bien voulu nous prêter les dessins d'un crâne de phalanger adulte d'Amboiïne, île peu éloignée de celle d'où les nôtres proviennent, nous les avons tous représentés sur la planche n° #, afin d'en mieux faire voir la différence. Nous ne sommes pas sûrs cependant que les espèces soient identiques.
La tête de l'individu d'Amboïine (| g. 1, 2,3,4 et j ) a trois pouces sept lignes de longueur, et deux pouces deux lignes de largeur en-dehors des zygomas. Elle est munie de trente-six dents en tout : vingt à la mâchoire supérieure, savoir, de chaque côté,
ZOOLOGIE. 61
quatre arrière-molaires, présentant chacune quatre pointes sur deux rangs ; en avant, une- grosse, conique, comprimée, un peu usée; et entre celle-ci et la canine supérieure, une autre plus petite, conique, pointue, correspondant aux deux tres-petites d'en bas; puis vient la canine, qui est robuste; après elle, trois incisives, dont l'antérieure, plus longue, laisse un petit espace entre elle et celle du côté opposé.
Le maxillaire inférieur n'a que seïze dents, huit de chaque côté : les cinq molaires ressemblent aux cinq dernières d'en haut; entre elles et les incisives, sont deux petites dents rudimentaires. Les deux incisives, larges, fortes, séparées , sont dirigées en avant.
Le développement des surfaces et des saïllies osseuses corres- pond à l'âge et à la grandeur de l'individu.
Le crâne de notre phalanger ( fig. 6 ), bien moins développé, a seulement deux pouces sept lignes de longueur. Le coronal est beaucoup moins bombé. Le maxillaire inférieur décrit une courbe alongée, et ne présente pas vers le bord incisif l'angle qu'il doit former par la suite : il est muni de quatorze dents; on en compte dix-huit en haut, dont trois grosses arrière-molaires de chaque côté, puis une petite antérieure rudimentaire, et une grosse, longue, conique; les canines et les incisives sont comme dans l'adulte.
Le maxillaire inférieur a, de chaque côté, trois grosses molaires très-pointues, très-tranchantes; entre elles et l'incisive, on en voit trois petites comme rudimentaires.
62 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
GENRE POTOROO. Desm. — ÆHYrPsIPRYMNUS. Illig.
POTOROO WHITE, méle. — Hyesiærymnus Ware. N.
KANGUROO-RAT. Phillip, Voy. pag. 247, tab. 47.
Pororoo. White, Voy. pag. 286, pl. 60.
MACROPUS MINOR. Shaw, Gen. Zoo, vol. 1, part. 2, pl. 116. POTOROO-RAT. Desm. Mammal, pag. 271.
KANGUROO DE GAIMARD. Desm. Aammal, pag. 42.
PLANCHE 10.
Hypsiprymnus , corpore suprà griseo rufescente , infra subalbido ; capite triangulari ; rostro acuto ; auriculis latis ; tarsibus longissimis ; caudä longä, gracil, flexibili, et apice penicillatä.
IL est difficile, en voyant la figure que nous donnons de ce potoroo, de ne pas le croire pour le moins aussi grand que le kanguroo laïneux, si l’on néglige au premier instant d'examiner le nombre qui indique le rapport des proportions. Sa forme et sa position peuvent contribuer encore à la méprise, qui seroït en effet bien grande, car le kanguroo laïneux est environ trois fois plus grand que le potoroo.
La couleur générale de cette espèce est d’un gris roux; la gorge, la poitrine, le ventre et l’intérieur des membres, sont d’un blanc sale ; le dessus de la tête, le dos, une partie des flancs et des cuisses, d'un gris brun : ces diverses nuances sont aussi celles de la queue, dont le bout est brun. Les poils sont de deux sortes : les plus pro- fonds, courts, doux, moelleux et un peu floconneux, présentent une teinte gris de souris lorsqu'on les écarte; les extérieurs sont plus longs, roïdes et plus rares. Les tarses sont recouverts de poils
ZOOLOGIE. 6;
longs, rudes et fauves, dirigés d'arrière en avant, et s'étendant Jusqu'à l'extrémité des ongles. Ceux des pattes antérieures, plus doux, ne recouvrent pas entièrement les ongles.
La tête est triangulaire, large et un peu aplatie par derrière, pointue en avant; le mufle et les narines, placés à l'extrémité du museau, sont séparés dans leur milieu par un sillon longitudinal; les moustaches ont une longueur médiocre ; la bouche est petite, et la mâchoire supérieure s'avance un peu plus que l'inférieure. Quelques poils noirs surmontent l'œil; les oreilles sont courtes, très-larges et velues à leur partie postérieure.
La grosseur du cou donne à cette espèce quelque ressemblance avec les rats. Les pattes antérieures sont petites, pourvues d'ongles blanchätres, longs, grêles et arqués; l'ongle du milieu est plus saïllant. Les membres postérieurs sont proportionnellement plus longs et plus déliés que dans les kanguroos.
La queue, presque aussi longue que le corps, est grêle, flexible, et porte à terre; son extrémité est terminée par un bouquet de
poils. DIMENSIONS. Longueur du corps, du bout du museau à l'origine delaqueue. 1 PS © Pons lisnes delatqueue nr A ace Bora God palais eisre co ie o. o. de la tête, du bout du museau à l’occiput...... oO. 3 ©. des membres antérieurs. .....,......... el Ce 3. 6. deshmembres posté TELUS Ie ee eee tele o. 8 10.
Ces petits animaux sont d'un naturel très-doux, et moins timides que les kanguroos. Dans un voyage que nous fimes dans l'intérieur des Montagnes-bleues de la Nouvelle-Hollande, nous eûmes occasion d'en voir un venir enlever familièrement, au milieu de la case en terre qui nous servoit d’abri, des restes d'ali- mens, et s'enfuir par un trou à la manière des rats. Nous croyons que c'est une variété de l'espèce que nous venons de décrire.
64 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Notre individu a vécu quelques jours à bord de / Urame : ïl devint victime de la férocité d'un chien que nous avions pris aux îles des Papous, et qui l'étrangla au moment où il s'avançoit vers lui en cherchant à le caresser”.
Nous avons rapporté de file Dirck-Hatichs plusieurs têtes de potoroos, qui ont à-peu-près les mêmes dimensions que celle de l'éypsiprymnus White, maïs qui en diffèrent par l'étendue plus consi- dérable de la cavité tympanique, par la largeur des arcades zygo- matiques, ce qui les rapproche de celle du kanguroo élégant, et par la briéveté de la voüte palatine. Elles appartiennent à une espèce nouvelle, que nous proposons d'appeler potoroo Lesueur | Aypsiprymnus Lesueur |
Il existe au Muséum de Paris le squelette d'un potoroo dont la tête, longue de deux pouces onze lignes, est plus mince, plus pointue et plus alongée en cône que les précédentes. Les incisives supérieures mitoyennes et les canines ont plus de longueur; la caïsse du tympan est moins développée ; les arcades zygomatiques sont plus étroites et moins convexes. L'extrémité des os du nez dépasse le niveau des dents incisives supérieures. Nous proposons pour cette espèce le nom de potoroo Péron | hypsiprymnus Peron |, du savant et infortuné naturaliste qui l'a transporté le premier en Europe.
# Nous avions d’abord pensé, avec MM. Desmarest et Frédéric Cuvier, que C’étoit une nouvelle espèce de kanguroo, et nous lavions nommé kanguroo à queue grêle | kangurus lepturus | ; maïs depuis lors, ayant retrouvé la tête de cet animal, qui avoit été égarée, nous avons reconnu très-facilement tous les caractères du genre Aypsiprymnus.
| ZOOLOGIE. | 6s
GENRE KANGUROO. — XANGuRuUSs. Geoff.
KANGUROO LAINEUX. — KanGuRus LANIGER. N.
KANGUROO ROUX. Desm.
PLANCHE 9.
Kangurus lanosus ; pilis suprà férrugineo-rubris ; pectore ventreque subalbidis ; auriculs ovalibus , longis , pilosis.
CE kanguroo, dont nous n'avons eu qu'une peau en assez mauvais état, nous fut donné, au Port-Jackson, par M. Fraser, botaniste, directeur du jardin du gouverneur à Sydney, qui l'avoit tué aux environs du port Macquarie. I se distingue par sa grande taille ; mais son caractère essentiel est un pelage doux au toucher, court, serré, lanugineux et comme feutré. Chaque poil, considéré isolé- ment, est frisé et présente la même couleur dans toute son étendue; c'est une véritable laine; tandis que, dans les autres kanguroos, la laine est en-dessous et le poil en-dessus.
La couleur du pelage est d’un roux ferrugineux, semblable à celui de la vigogne, sur la tête, le cou, le dos, les flancs, les épaules, la face externe des cuisses et le dessus de la queue. Cette couleur s'é- claircit par degrés en avançant sous le ventre, au milieu duquel elle finit par être blanchâtre, de même que sous le cou, en-dehors de lavant-bras et de la jambe, et à la partie interne des membres antérieurs et postérieurs.
Lés oreilles, couvertes en-dehors de poils grisatres et en-dedans de poils blancs, paroïssent plus longues que dans les autres grandes espèces. On peut aussi faire la même remarque pour la queue et
les jambes postérieures ; maïs nous ne pouvons donner ces der- Voyage de l'Uranie, — Zoologie. 9
66 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
niers caractères que comme douteux. Le dessin que nous présen- tons na de rigoureusement exact que la couleur; les formes y ont été ajoutées par M. A. Prévost, avec lhabileté qu'on lui connoît ; elles appartiennent à des études faites sur des animaux vivans du même genre.
Voici les dimensions que la peau a pu fournir :
Longueur du corps, du bout du museau à l’origine de Ia queue.. AP Opouses 2
defaiqueue TR NE Re ee IT 3. So de) la tête, du bout du nez à l'occiput 1.742220 GE 0 desiorérlesnit ae ne NEA NRA nat aber Oo. 4. desunembres antérieurs 2ÉRLErERORE CREER I 10 des'Mmembres POStÉTIEUrS: RPC SMTP EUR Àe ©
La dénomination de /zineux convient parfaitement à ce kan- guroo, et nous ne doutons pas qu'on n'en trouve d'autres avec des couleurs différentes, mais dont la fourrure sera de même nature. Déjà l'un de nous, dans un voyage au-delà des Montagnes- bleues, en avoit rapporté une espèce grisatre, dont le poil appro- choït beaucoup de notre kanguroo laineux, qu'on désigne com- munément au Port-Jackson sous le nom de kanguroo rouge. Ce dernier est très-rare dans cette colonie, et il faut aller fort loin au-delà des Montagnes-bleues pour se le procurer. M. John Oxley, dans ses longues et pénibles incursions dans l’intérieur de la Nou- velle-Galles du Sud, n'en a rencontré que sur les bords de la rivière Lachlan, où il a vu aussi une autre espèce remarquable par la petitesse et la forme de sa tête, et dont jusqu'alors il n'avoit été fait aucune mention.
Nous avons assisté à une chasse aux kanguroos dans les envi- rons de Botany-bay. On force ces animaux avec de grands levriers que lon fait venir d'Angleterre. Nous en avons fait une. autre dans les Montagnes-bleues, aux environs de la rivière Cox; et nous avons remarqué que lorsque les kanguroos étoient vivement pour- suivis par les chiens, ils couroïent toujours sur leurs quatre pieds,
ZOOLOGIE. 67
et nexécutoient de grands sauts que quand ïls rencontroïent des obstacles à franchir. Ce n'est que dans un état de tranquillité qu'ils cheminent à l’aide seulement de leurs extrémités postérieures, en se servant de leur queue tendue roïde comme d’un balancier, pour prévenir la chute en avant qui pourroït avoir lieu sans cela. Cette allure étonne ceux qui l'observent pour la première foïs. Aïnsï, sur un terrain uni, il ne seroit pas facile à un kanguroo de se sous- traire aux chiens en faisant des bonds, par la raison que-sa queue, quoique forte et longue, ne pourroiït pas assez rapidement rétablir l'équilibre nécessaire pour en recommencer d'autres. Ce n'est que dans des circonstances locales qu'il tire un grand avantage de ce moyen. Îl ramène donc à chaque pas qu'il fait sa tête près de terre; il semble alors se blottir.
Cette chasse n'est pas sans danger pour les chiens. Les kangu- roos leur opposent deux armes puissantes, la queue et le gros ongle de leurs pieds de derrière; ïls les étourdissent avec la pre- mière, et leur font avec la seconde des blessures profondes et quelquefois mortelles.
Nous avons été à portée d'observer, sur un jeune kanguroo de la petite espèce conservé assez long-temps à bord de /’Uranie, que ces animaux, quoique essentiellement herbivores, comme le prouve l'organisation de leur système digestif, ont une singulière aptitude à manger de tout ce qu'ils rencontrent, du pain, de la viande, même du bœuf salé et du vieux cuir, du sucre, de la confiture, &c. : tout leur est bon : ils boïvent aussi du vin et de l'eau-de-vie.
Nous devons ajouter que la chair des kanguroos est fort bonne à manger, et quelle a un goût analogue à celle du cerf.
68 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE IV.
Appendice relatif aux Phoques et aux Céfacés.
SÉCHION TE
Des Phoques.
N'avaxr vu des phoques qu'aux îles Malouines, et dans un instant où notre position ne nous permettoit pas de les étudier, ce que noüs avons à en dire est si imparfait que nous avons pris le parti d'en faire un appendice que nous plaçons à la fin des mammifères.
C'est M. Orne, capitaine américain , occupé de la pêche de ces animaux, qui nous a fourni les renseignemens que nous donnons. Malheureusement nous ne pouvons y Joindre des détails positifs de caractères qui, pris sur un grand nombre d'individus, servi- roïent à en déterminer les espèces avec précision. Deux dessins avoient été faits; tous deux ont été perdus. I ne reste que la des- cription, faite à la hâte, d'une otarie qu'on étoit très-pressé de dépecer pour la distribuer en rations à l'équipage. De sorte que nous avons moins à parler de l'organisation des phoques, que de quelques- unes de leurs habitudes et de ce qui tient à la pêche qu'on en fait.
Aux Malouines, les Américains appellent on marin la plus grosse espèce de ces amphibies. I paroît évident que c’est la même que le phoque à trompe de Péron. Du moins ïl y a la plus grande ressemblance entre trois que nous avons vus et le dessin qu'a donné ce voyageur.
ZOOLOGIE. 69 Un seul, il est vrai, présentoit le prolongement charnu de la lèvre supérieure, qu'on a nommé #rompe; mais le capitaine Orne nous a dit que cette tuméfaction est passagère et tient aux époques où lon observe ces animaux, probablement celles où ils sont en cha- leur. Les mâles surpassent au moins du double les femelles en grandeur ; quelques-uns ont jusqu'à dix-huit pieds de long. Nous estimâmes à plus de deux mille livres la pesanteur de celuï que la providence sembla nous envoyer le lendemaïn de notre nau- frage : étendu sur les bords d'un petit étang d'eau douce, non loin du rivage de la mer, il paroïssoit s'y être traîné pour y mourir paisiblement. Pendant plusieurs jours il servit à la nourriture de cent vingt personnes.
On rencontre ces amphibies par troupes de cent cinquante à deux cents; et dans ce nombre, il y a infiniment plus de femelles que de mâles. Ils viennent s’accoupler à terre vers le mois d'octobre, et retournent à la mer en mars. Cependant le reste de l’année on en trouve encore quelques-uns qui fréquentent la terre; mais ils y séjournent peu. Les femelles ont coutume de précéder les mâles. Dans l’accouplement, elles se renversent sur le dos. Elles font cha- cune un seul petit qui ne tette que deux ou trois mois. On dit que, dans la saison des amours, les vieux et gros mâles chassent les jeunes, qui reviennent ensuite lorsque Îles premiers se sont retirés.
Le pelage de cette espèce, ordinairement d'un gris sale, est sus- ceptible de changer de couleur selon l’âge et les saïsons. C'est seulement pour sa graïsse qu'on lui fait la guerre; car sa peau, man- quant de ténacité, est peu consistante et se déssèche promptement. Ayant assisté à l'ouverture d'un mâle, nous trouvämes dans son estomac, une poignée de sable, quelques vertèbres de poissons, et une énorme quantité de petits vers lombrics amassés en boule ou répandus dans les duplicatures de ce viscère.
La seconde espèce est connue des pêcheurs sous le nom de phoque à crins. Elle est en général plus petite, quoïque les mâles
70 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
atteignent quelquefois la grosseur des précédens, dont on ne les distingue que par leur crinière, qui est rousse. Ils sont rares, tandis que les femelles sont encore plus nombreuses que dans l'espèce ci- dessus. Ces phoques diffèrent peu, nous disoitie capitaine Orne, de ceux qu'on trouve dans le Nord de f Amérique et dans le golfe de Finlande. Ils viennent s’'accoupler à terre vers le mois de novembre, et c'est alors la meïlleure saïson pour les chasser. Le mâle défend sa femelle avec fureur. Loin de fuir, il est souvent l'agresseur, et il y a quelquefoïs du danger à l’attaquer. On a vu un homme avoir une portion de la jambe enlevée par la morsure d'un de ces animaux.
La couleur générale est un gris sale, comme celle du phoque à trompe; mais les poils sont plus serrés. Dans les arts, on se sert de la peau pour faire des souliers, des selles, &c. Lorsqu'elle est frai- chement enlevée, les matelots s’en font sur-le-champ une sorte de chaussure économique dont le poil est en-dedans.
Leur graisse a fort peu d'épaisseur, et sous ce rapport ils offrent peu d'avantages aux pêcheurs. On trouve toujours de grosses pierres dans leur estomac. Les jeunes tettent toute une année.
La dernière espèce de phoques qui habite ces terres australes, est celle à fourrure, la plus petite et la plus précieuse. Elle diffère beau- coup des autres. Le mâle est encore ici le plus gros. Le museau est plus alongé que dans ceux dont nous venons de parler, les dents beaucoup plus pointues; ïls ont des oreilles extérieures en cornet, d'où leur est venu le nom d'otarie. Leur pelage est d’un brun foncé, quelquefois fauve, mélangé de longs poils dont l’'ex- trémité est blanchâtre. Du reste, leur couleur varie avec l'âge; car elle est noire chez les jeunes, un peu grise et mélangée de blanc dans les vieux. Avant l’âge de six mois, les jeunes ne sont pas revêtus de ce poil sousjacent, court, serré, fin et laineux, qui constitue la fourrure et fait tout le prix de ces animaux. Aussi, quand la pêche est heureuse, on ne tue pas les jeunes qui n'ont point encore toutes les qualités requises.
à ZOOLOGIE. 7
/
Le phoque à fourrure est très-vorace et vit presque exclusive- ment de poisson. Des pêcheurs prétendent que les gros dévorent les petits. Ils s'accouplent en été, et les jeunes tettent trèslong- temps. On ne les voit jamais, dans l'enfoncement des baïes, venir se reposer sur le rivage; c'est sur les rochers d’un accès difficile et battus par la mer qu'il faut aller les surprendre *.
Tout le monde connoît l'instinct et l'intelligence de ces inté- ressans animaux. Ils ressemblent en cela aux chiens, avec lesquels, du reste, ils ont les plus grands rapports dans l'air de la tête. Tout prouve qu'ils en auroïent l'adresse hors de l'eau , si leur organisa- tion extérieure, bien loin de répondre au développement de leurs facultés intellectuelles, ne les ramenoit sans cesse vers cet élément. Lorsqu'ils sont sur la terre, ils ressemblent à une lourde masse de chair informe et tronquée, gisant sans mouvement, ou bien à un quadrupède imparfait, selon la remarque. d’Aristote. Leur tête s'élevant à peine, demeure étendue sur le sol dans la même di-
La
# Voïci la description d’une otarie mâle , que nous nommâmés otarie Guérin | otaria Guerin], du nom de lun-des officiers de notre expédition, qui [a tua. Cet animal, en expirant, rendit par la gueule une grande quantité de matière blanche et écumeuse.
Sa longueur étoit d'environ cinq pieds, son poil ras et de couleur brune, son museau aplati, avec cinq rangs de moustaches, Elle avoit de petites oreilles roulées en cornet et longues de cinq lignes.
La mâchoire supérieure étoit garnie de quatorze dents molaires, simplement coniques, et de six incisives, dont les quatre moyennes à double tranchant, et les externes simples et plus petites. |
Le maxillaire inférieur avoit douze molaïres et quatre incisives fourchues.
Les deux nageoires antérieures ou pattes étoient découpées sur les bords et sans ongles. Les deux postérieures présentoient cinq digitations profondes, avec autant d'ongles saiïllans : les trois du milieu très-marqués , le supérieur et linférieur n’étant que des rudimens d’ongles.
La queue étoit très-courte.
DIMENSIONS.
Longueur du corps, depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité de la queue... 4" ro" fs désémembresianterteursentee teen eee VOIE) o. dés membres postérieurs EE detre l ie eos ieesieties 1e NO o, dela=téte er reeect Per En en ete in elele te lea ele alerter steel etes e elle OO Oe déstorellies Permet: medio) th eleejeel ele cie cslensiele œ oo 5- GCirconierencendelas tete, EPL RL LE PLU dues seen eee Te o. 8 De
72 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
rection que le corps. Lorsqu'on les attaque, ils soulèvent pénible- ment leur partie antérieure, se dressent sur leurs deux moiïgnons, et pour toute défense ouvrent une énorme gueule en poussant des cris rauques. Au premier aspect, cette attitude ést vraiment ef- frayante; mais on ne tarde pas à sapercévoir combien peu est redoutable un animal qui se meut à grand'peine et qu'il est facile d'attaquer de tous côtés.
Nous étions toujours étonnés de la quantité de sang que la moindre blessure leur faisoit répandre. I jaïllissoit rouge et vermeil, de toutes les parties de leur corps, comme d’une outre qu'on auroit percée. À l'inspection dés chaïirs, on voit qu'elles sont abondam- ment imprégnées de sang et qu'une immense quantité de vaisseaux serpentent dans tous les tissus. La graïsse extérieure n'en est point dépourvue comme celle des cochons; et lorsqu'on la divise, on en voit un grand nombre qui lui donnent une teinte grisâtre. Ce développement extraordinaire du système vasculaire dans les phoques, qui paroît ne contenir qu'un sang, pour ainsi dire, tout artériel, doit leur procurer, malgré le milieu dans lequel ïls vivent habituellement, une plus haute température que celle de tous les autres mammifères.
Quand ïls veulent cheminer sur la terre , ils se soutiennent sur leurs pattes de devant, et, avec de pénibles efforts qui ressemblent parfaitement aux ondulations des chenilles, ïls avancent en traïnant la partie postérieure de leur corps *. Dans ce fatigant exercice, nous les avons vus se reposer très-souvent, et tourner la tête de tous côtés en flairant, comme pour chercher les lieux humides et ombragés, que certaines espèces préfèrent aux rochers battus par les flots.
+ Les substances intervertébrales des phoques sont fort larges, particulièrement aux lombes et au cou; elles ont, comme celles des poissons, une cavité centrale remplie d’une pulpe rougeûtre; et, comme le fait observer M. Duvernoy, dans ses Recherches anatomiques sur
les organes du mouvement de ces animaux, la colonne épinière obtient par-là une mobilité Re lante
ZOOLOGIE. 73
Nous terminerons ce que nous avons à dire sur les phoques,
en donnant une légère idée de la manière dont les Anglo-amé- ricains en font la pêche; et, pour cela, nous'ne pouvons mieux faire que de copier le journal de M. Dubaut, officier de lexpédi- tion, qui a vécu plusieurs semaines parmi eux.
»
V Ÿ
V V
ÿ S
VU 2
ÿY ÿ
U Ÿ
« Les navires destinés pour cet armement sont du port de deux’ cents a trois cents tonneaux environ, et solidement construits. Tout y est installé avec la plus grande économie : par cette raison, les fonds du navire sont doublés en bois. L’armement se com- pose, outre le grément très-simple et solide, de barriques pour mettre l'huile, de six yoles armées comme pour la pêche de la baleine, et d'un petit bâtiment de quarante tonneaux, mis en botte à bord et monté aux îles Malouines, lors de l'arrivée.
L'équipage du navire the General-Knox , capitaine Orne, étoit de
vingt-quatre hommes. On estimoït à vingt-cinq mille piastres la mise dehors de son! expédition.
» Ce capitaine, après être allé aux îles de Kerguelen, où ïl ne trouva rien, étoit venu aux Malouines, et avoit choisi l'ile West-
point pour son entrepôt. Dans ce lieu paisible et sûr, son navire
solidement amarré, il avoit fait Ôter ses voiles, amener ses vergues, et enfin mettre à l'abri tout ce qui n'est point utile dans un port. Quoiqu'il eût des fourneaux à bord, attendu qu'il devoit aussi pêcher la baleine , il en établit de nouveaux à terre.
» Pendant ce temps-là, le petit bâtiment, très-fin et très-léger, avec onze hommes d'équipage et deux yoles, alloit le long des côtes à la recherche des phoques. Dès qu'il en apercevoit à terre, il expédioït ses embarcations, et se mettoit à l'abri dans la baïe la plus voisine pour les y attendre. Dans le beau temps, il laissoit des hommes sur les rochers que fréquentent les phoques à four- rure.
» Quand le navire pourvoyeur étoit chargé, c'està-dire, qu'il avoit embarqué la graisse, coupée par gros morceaux, de deux cents
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 10
«
TA VOYAGE AUTOUR DU MONDE. » phoques et plus, ce qui donne de quatre-vingts à cent barils » d'huile *, il revenoit à West-point. La graisse, mise dans les »-yoles et transportée à la grève, étoit placée de suite dans des » barriques installées sur un quai de pierre, entre la mer et les » fourneaux. Retirée des barriques, cette graisse étoit étendue sur » une longue table. Là, après en avoir Ôôté toutes les parties char- » nues, on la divisoit en petits morceaux, qui étoient reçus dans » un baquet placé sous la table, et d'où ils sortoient pour être jetés » dans la chaudière. Une demi-heure suffit ordinairement pour en » extraire l'huile. On enlève lé tissu cellulaire, qui, desséché, vient » flotter à la surface, et il sert à entretenir le feu ; car on n'emploie » point d'autre combustible.
Le capitaine Orne avoit encore deux autres petits navires qui ” faisoient le service alternativement.
L'économie est tout dans ces sortes d’armemens, et les matelots sont à la part ; ce qui ne peut être autrement lorsqu'on veut assurer le succès d’une entreprise fondée sur des travaux aussi pénibles. Deux et quelquefois trois années suflisent à peine pour compléter la cargaison, moitié en huïle, le reste en fourrures.
Pendant les hivers, qui sont très-longs, la pêche est suspendue. Ce nest que lorsque les premiers rayons du soleil du printemps viennent frapper les rochers et fondre les neïges, que les phoques commencent à reparoître : les pêcheurs, qui jusqu'alors ont con- sommé leurs vivres dans linaction, reprennent leurs travaux accou- tumés. Mais à cette époque, ils sont dédommagés de l'espèce d’abs- tinence qu'ils ont été obligés de faire, par la quantité de gibier de toute espèce qui revient sur ces Îles. Des milliers d'œufs d'albatros, d’oïes, de canes, &c. leur fournissent une nourriture aussi saine qu'abondante. Le reste de l'année, le gibier est assez commun pour qu'on ne touche presque pas aux vivres de campagne. Les provisions
* Le baril est composé de trente-un galons et demi [ cent dix-neuf litres environ ], et Îe
galon d'huile vaut une demi-piastre.
ZOOLOGIE. 7.
d'hiver peuvent aussi être recueïllies sur cette terre. Avec de gros chiens dressés à la chasse des bœufs, on s'en procure facilement pour faire des salaïisons. Une petite île adjacente est tellement remplie de cochons sauvages, qu'on nous dit qu'un navire amé- ricain y étoit allé seulement pour faire une cargaison de trois mille peaux de ces animaux. On ne sauroit trop sévèrement blâmer une semblable destruction, qui, ne rapportant d'ailleurs que fort peu de bénéfices, prive les navigateurs d’une ressource qu'ils s'attendent à y rencontrer; ressource précieuse sur-tout pour les baleïniers, qui, revenant du grand Océan austral par le cap Horn, séjournent quelque temps sur ces îles pour s'y rafraîchir sans frais et faire reposer leurs équipages.
L'huile des phoques est consommée aux États-Unis. Les four- rures sexportent en Chine, où on les échange pour du thé, &c.
Ce que nous venons de dire prouve, ce nous semble, que ce genre d'industrie ne peut être exercé, pour en retirer quelque profit, que par des hommes sobres, laborieux et patiens. Les Américaïns font ce que peu de marins sont habitués à faire ; car sans vouloir atténuer le mérite des officiers de notre marine marchande, en trouveroit-on beaucoup qui, possédant autant d'instruction que le capitaine Orne, voulussent comme lui mener la vie la plus dure et la plus pénible! I remplissoit tout-à-la-fois le fonctions de com- “mandant et de premier matelot.
La chasse des phoques ne se fait plus qu'avec de très-grandes dificultés, tant on a détruit de ces animaux, dont le reste épou- vanté a fui vers des terres inconnues, jusque sous les glaces po- laires. Les baleines deviennent rares et sauvages dans l'Océan atlantique. Les Anglais, les Américains, exercés à ces pêches, ont beaucoup de peine, dit-on, à compléter leurs chargemens: espé- rons cependant que les Français, qui furent jadis les premiers à tenter avec succès ces entreprises périlleuses, qui y instruisoient les nations de l'Europe, reprendront bientôt cette supériorité que
Lot
76 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
. de longues années d'inaction leur ont fait perdre. C’est dans le grand Océan et dans les mers de l'archipel d'Asie que l’on va sur-tout chercher les cétacés qui fournissent tout-à-la-fois l'huile et le blanc de baleine. On double le cap Horn, et ce sont ordinairement des , voyages de trois années. Pendant notre séjour aux Malouines, nous vimes un navire anglais qui avoit été assez heureux pour obtenir une cargaison complète dans l'espace de dix-huit mois. I avoit pêché aux environs des iles Gallapagos sous l'équateur de la Mer pacifique.
SECTION IL
Des Cétacés.
CE que laissent encore à desirer nos observations sur les phoques, peut aussi s'appliquer aux cétacés : mais comme on na eu jusqu'à présent que très-peu de données sur ceux qui habitent lhémi- sphère austral, nous pensons que les esquisses que nous offrons, quoique incomplètes, donneront de ces animaux une idée plus exacte que des descriptions qu'il est difficile de bien faire à une certaine distance et sur des objets mobiles.
Le dessin de la*planche n.° 12 représente un cachalot. Il a été fait d'après un grand nombre d'individus semblables, et nous a été: communiqué par M. Benjamin Hammat, commandant le navire l'Océan, de Londres, que nous trouvâmes, sur les côtes de Timor, occupé de la pêche de ce cétacé. Les diverses bosselures qu'on n'a point remarquées jusqu'ici sur les cachalots connus, en font évi- demmentune espèce nouvelle. Nous ne doutons point que le dessin, exécuté avec hardiesse et à grands traits, ne rende bien l'ensemble de l'animal, et ne caractérise ses formes principales, mais nous pensons aussi quil peut y avoir des fautes dans quelques détails ou dans certaines proportions. Nous en prévenons, afin que les
ZOOLOGIE. =7 naturalistes qui auront occasion de voir cette même espèce ou d'en donner une figure, ne prennent notre dessin que pour ce qu'il vaut. Nous ne ferons point la description de ce cétacé; nous le nomme- rons seulement cachalot bosselé 15 physeter polycyphus ol, et nous dirons avec le capitaine Hammat, que, par la disposition de ses yeux placés dans un enfoncement, il ne peut voir, ni en avant de sa fété, ni der- rière lui; ce n'est que de côté et obliquement qu'il peut bien distin- guer les objets. Nous avons laissé subsister le jet d’eau qui sort de son évent, en tant queau, malgré que tout récemment un marin fort distingué ait assuré que ce qu'on prend pour de l'eau dans l'ex- piration de quelques cétacés, n'est que de l'air chargé de mucus, qui, au sortir de l'animal, se trouvant condensé par la tempéra- ture extérieure, se manifeste sous une forme aqueuse, absolu- ment comme il arrive l'hiver lorsqu'on respire à l'air libre. Voilà ce que dit M. Scoresby, pour la baleine franche, dans un ouvrage qu'il vient de publier sur la pêche de cet animal au pôle Nord“. La manière dont le livre de cet habile pécheur est écrit rend son autorité imposante et dispose à croire ce quil avance : ce- pendant nous ne pouvons être de son avis, et nous allons imdi- quer les motifs qui nous portent à nous ranger du côté de l'opi- nion généralement admise.
Entre les tropiques, sous l'équateur et dans les localités les plus chaudes, où nous avons vu des cachalots ou tout autre grand cétacé , ils lançoïent par leurs évens le jet d'eau qui de loin les fait reconnoître. Or, par une température de plus de 30° centi- grades, comme étoit celle que nous supportions devant les îles de l'Amirauté lorsque nous aperçûmes deux cachalots, Fair sorti
: À moiïst vapour, mixed with mucous, is discharged from them, when the animal Preathes; but no water accompagnies it, unless an expiration of the breath be made under the surface, (Tom, I; pag. 456.)
Ce qu'on peut traduire par : Une vapeur humide, mélée de mucus , sort de l’animal lorsqu'il respire; mais aucune eau ne l'accompagne, à moins qu’une expiration ne soit faite au-dessous de la surface,
78 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
de leurs poumons , qui étoit tout au plus au même degré, ne pouvoit pas être condensé par une température extérieure différant si peu de la leur; et cependant le jet aqueux se manifestoit tout aussi bien que dans les deux zones tempérées, où nous avons cent fois observéele même phénomène. À tort objecteroit-on qu'il étoit dù alors à ‘une forte expiration faite sous l'eau, car souvent nous étions assez près pour voir que l'animal avoit au-dessus du fluide la protubérance où est placé son évent. D'ailleurs, une émission d'air respiré, faite au-dessous de la surface de la mer, peut bien, quel- que forte qu'elle soit, y occasionner un bouillonnement, maïs non produire un jet qui fasse retomber l'eau en une pluie fine.
Les cachalots ne rejettent point d’eau à chaque expiration; ce qui paroit tenir à quelques causes que nous ne sommes pas à portée d'apprécier, mais dont la plus probable est que l'animal, dans ces instans-là, exécute l'acte de la déglutition.
Nous lisons dans notre journal, écrit à l'instant même, que, nous étant approchés à vingt pas du baleïnoptère museau pointu qui vint échouer devant nous aux îles Malouines, nous lui vimes lancer de l'eau en petite quantité, mais avec assez de force pour la faire jaillir en pluie dès sa sortie des évens. C'étoit alors la simple expression d'un fait observé, sans vouloir, sans penser même qu'il püt servir à une explication quelconque. Lorsque à la mer, dans le mauvais temps, les flots brisent, et qu'à la distance d’une demi-lieue, d'une lieue et même plus, on aperçoit les jets d'eau des baleïnes, certes on ne peut pas admettre qu'une simple vapeur condensée puisse d'aussi loin frapper la vue. À cet égard, nous avons remarqué que les baleines soufflent davantage , quand la mer est agitée : c'est qu'alors, selon nos conjectures, certaines espèces de mollusques dont elles font leur nourriture, se présentant plus abondamment à la surface, elles rejettent l'eau qu'elles avalent en même temps que ces animaux. Nous avons dit ailleurs que jamais on n'est entouré d'un plus grand nombre d'oiseaux péla-
ZOOLOGIE. 7e giens que par un gros temps, et qu'ils se portent de préférence vers les tourbillonnemens produits par le sillage, qui mettent à découvert les mollusques dont ils font leur pâture.
Tous les cétacés ne rejettent pas habituellement de l'eau par leurs évens. On n'aperçoïit que très-rarement les dauphins produire cet effet ; nous allions dire jamais, parce que nous ne l'avons point vu dans des centaines qui se sont offerts à nos regards : maïs Spallan- zani l'a remarqué, et de très-près, en allant de Lipari à Stromboli : or, quand un observateur tel que l'illustre professeur de Pavie avance un fait, il est interdit de n'y pas croire. Ces animaux nous four- niront la preuve la plus convaincante et la plus irréfragable à op- poser à l'opinion de M. Scoresby : car, sans aucun doute, si le Jet visible étoit composé simplement d'air et de mucus condensés, les marsouins qui, dans nos contrées, viennent souvent respirer à la surface de la mer, émettroïent cette vapeur sous une forme analogue, et proportionnellement à leur grandeur. Mais ïl n’en est rien. Les personnes qui habitent les bords de la mer ou des grands fleuves à leur embouchure, et qui voient très-fréquemment des troupes de ces animaux, peuvent bien, lorsqu'elles en sont assez près, entendre le bruit qu'ils font en respirant { rowfler comme un marsouin est passé en proverbe parmi les matelots); maïs jamais elles n’ont remarqué qu'il séchappât de vapeur apparente de leur évent. Bien plus, en hiver, temps où cette émission doit être naturellement sensible à la vue, nous n'avons pu rien distinguer de semblable.
Et pourquoi, par exemple, si c'étoit à la respiration seule que cet effet dût être attribué, ne l'eussions-nous pas observé chez les dauphins dans les mêmes parages où nous voyions de grands céta- cés le produire. On ne peut pas nous objecter l'éloignement où ces dauphins étoient de nous, car c'est sous la proue du navire que nous nous plaisions à les étudier. Le bruit qu'ils font quand ils viennent respirer à la surface, a du rapport avec celui d’une
Bo VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
fusée qui part. Jamais, dans ces circonstances, nous n'avons vu da moindre apparence de vapeur au-dessus de leur tête, ni le jet d'eau observé une fois par Spallanzani dans la Méditerranée, et par M. de Humboldt, à l'égard des marsouins, dans les eaux douces de l'Orénoque, à plus de trois cents lieues de son embou- chure.
Il faut donc admettre que ces agiles animaux ne sont point organisés pour renvoyer l'eau par les voies de la-respiration aussi souvent que le font d'autres cétacés. Ces jets, ïl faut le dire aussi, sont bien éloignés de l'idée qu'en donnent certaines gravures : ce sont uniquement de petites nuées d'air et d'eau retombant en pluie fine, absolument comme quand on s'est rempli à moitié la bouche de quelque fluide, qu'on y fait arriver de fair, et qu'on chasse le tout avec violence.
Du reste, dans cette digression, de même que dans tous les points d'histoire naturelle sur lesquels nous nous permettrons de discuter , notre seul but sera de contribuer à faire connoître ce qui existe réellement.
Revenant à l'histoire de notre cétacé, nous trouvons dans les notes transmises à M. de Freycinet par le capitaine anglais, que les cachalots vivent de sèches qui se tiennent par quatre-vingts à quatre-vingt-dix brasses *. C’est à cette profondeur que les pêcheurs baleïniers eux-mêmes prennent les mollusques pour s'en nourrir. On ne harponne point, disent-ils, le cachalot sur la masse énorme que forme son museau, RELEN LE quoiqu'il ny ait pas d'os, la peau y est si dure que le fer n'y pénétreroïit pas.
* Ceci nous explique pourquoi, dans ces parages, nous avons rencontré un si grand nombre de coquilles de nautiles vides et roulées, sans avoir pu jamaïs nous procurer animal: c’est qu’il est probable qu’il vit à cette grande profondeur, comme les sèches et autres céphalopodes, avec lesquels il doit avoir beaucoup de rapports. Cette analogie de mœurs nous fut connue trop tard ; maïs notre collègue, M. Lesson, qui va visiter ces contrées, à bord de la corvette la Coquille, et que nous avons prévenu, ne manquera pas une si belle occasion pour rechercher ce mollusque.
ZOOLOGIE. 81
La tête d'un cachalot des Moluques, long de soixante-quatre pieds français, donne vingt-quatre barils de blanc de baleine {nommé aussi, mais improprement, sperma cet); et après qu'on a enlevé le lard par zones perpendiculaires, soixante-dix, quatre-vingts et quel- quefois cent barils d'huile pure‘. Les femelles acquièrent une moins grande dimension que les mâles, et ne donnent pas au-delà de dix- huit ou vingt barils de blanc de baleïne. Sur les côtes de la Nouvelle- Zélande, elles peuvent fournir de vingt-cinq à trente barils; mais les mâles, plus grands aussi en proportion, rendent beaucoup plus des deux substances que ceux du grand archipel d'Asie.
On assure qu'il n'y a maintenant à Londres qu'un prix pour le blanc de baleine et l'huile; on les vend 120 livres sterling les 2,000 pounds; ce qui n'avoit pas lieu, dit-on, il y a cinq ou six ans; la première denrée valoit 12 à r$ livres sterling de plus par ton- neau que la dernière. Jadïs aussi on vendoit les deux productions séparément; les fabricans les mélangeoïent ensuite : à présent on vend le tout ensemble.
L'ambre gris, qui paroît fort rare chez ces animaux, se vend 18 shillings l’'once; il arrive souvent qu'on fait deux ou trois voyages et autant de caïgaisons sans en trouver. Le second capitaine du navire /’Océan eut une fois le bonheur de recueillir cinquante livres de cette substance dans un seul cachalot, près des îles Goula Bessi.
On conserve les os des mächoires pour en faire des cannes et des épissoirs; on les vend aussi aux naturels des îles d'Asie, qui les transforment en crits ou autres armes.
Pendant notre séjour aux Malouines, un baleinoptère de l'espèce museau pointu vint s'échouer sur les rochers de la baie Française. Un chasseur, qui se trouvoit dans cet instant près de là, lui tira plusieurs coups de fusil à balles qui probablement le blessèrent grièvement. Le
* Le baril contient trente-un galons et demi; le galon est de quatre pintes françaises environ: ce qui donne exactement un total de 307$ pintes de blanc de baleine [2859 litres], et 12812 pintes d'huile [ 11913 litres], lorsqu'un de ces cétacés produit cent barils.
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. II
82 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
soir il étoit encore vivant. La marée basse lui avoit laissé une portion du dos et les évens à découvert. De temps en temps il rejetoit de l'eau par ces ouvertures en respirant avec bruit. Un canot fut expédié pour tâcher d'amener ce cétacé plus près de notre camp, afin d’en tirer le meïlleur parti possible. Ce fut en vain qu’on s’efforça deremuer cette lourde masse, qui, d'aïlleurs, encore animée, portoit presque sur tous les points. On se contenta d'envoyer sur son dos un homme, qui, armé d’une hache, y fit un trou dans lequel il fixa un grappin d’em- barcation, auquel tenoït une chaîne, puis une corde attachée à terre pour que la marée montante n'entrafnât pas l'animal. Mais lorsqu'il se sentit soulever par le flux, à l’aide d'une légère secousse il cassa la corde, et par un mouvement plus fort il se retira de dessus les rochers et gagna le large. Ce fut vainement qu'il chercha à s'enfuir; blessé à mort, nous le trouvâmes le lendemain sans vie vers le même endroit. A l'instant où il échoua, quoique ce fût un mâle, plusieurs petits baleinoptères qui étoient dans la rade rodèrent long-temps autour de lui. La nageoïre dorsale de ces jeunes, du double plus grands qu'un dauphin ordinaire, nous parut beaucoup plus consi- dérable et pas autant reculée vers la queue que celle de l'individu adulte que nous avions sous les yeux. Nous acquimes la preuve que ces animaux ne sont point à craindre, par ce qui arriva à un matelot qui, étant allé à la nage examiner de très-près la baleine échouée, en fut tout-à-coup entouré. Saisi d'une frayeur extrême qu'il manifestoit par de grands cris, il se hâta de gagner la terre de toutes ses forces. Plusieurs personnes qui étoïent sur le rivage crai- gnoïent pour sa vie. Nous nous efforçämes de le rassurer en lui criant qu'il n'y avoit rien à redouter, persuadés en effet que cette espèce de cétacé n’a jamais volontairement fait de mal à l’homme. Ce baleinoptère museau pointu étoit placé sur le dos et incliné du côté droit. Le lendemain de sa mort, les mâchoires étoient encore fermées ; le jour d’après, elles étoient entr'ouvertes par l'effort de la vésicule aérienne propre à cet animal, qui faisoit une saillie consi-
ZOOLOGIE. 8;
dérable ; lorsque la putréfaction commença, les gaz qui s'accumu- lèrent distendirent davantage cette vésicule et agrandirent de plus en plus l'ouverture de la gueule; ce qui donna la facilité de couper les fanons à coups de hache.
Les vautours et tous les oïseaux de mer eurent bientôt enlevé son épiderme excessivement mince et déchiqueté sa peau. L’huïle qui découloit de toutes ces blessures, répandue sur le rivage à deux cents pas à la ronde, rendoit les rochers très-glissans. Le capitaine Orne, qui survint dans ces entrefaites, en retira encore quelques barriques.
En général, ces cétacés ne sont pas très-estimés, à cause du peu d'épaisseur de leur lard et de l'extrême vivacité de leurs mouve- mens, qui fait qu'on ne peut pas facilement s'en rendre maître. Voici les seuls détaïls anatomiques que notre fâcheuse position nous ait permis de recueillir sur le nôtre.
Sa longueur, prise de l'extrémité de la mâchoire inférieure au bout de la queue, étoit de cinquante-trois pieds quatre pouces. Les mâchoires avoient, de l'extrémité à la commissure, neuf pieds six pouces; la supérieure, un peu plus avancée que celle d’en bas, por- toit seule des fanons sur chaque côté de ses bords. Dans leur arran- gement, ils forment comme un V tronqué par la pointe : l’animal étant renversé, ils représentoïent assez bien le /er ou berceau sur lequel est posé un vaisseau qu'on va lancer. La largeur et la lon- gueur de ces fanons, vus en-dehors de la gueule, alloïent en décrois- sant à mesure qu'ils se rapprochoïent du gosier; leurs franges étoient en-dedans : les plus longs avoient deux pieds six pouces et neuf pouces de largeur à la base.
- Le dessous du corps, près de la queue, étoit caréné; le balenas, sorti dans toute sa longueur, très-pointu à son extrémité où étoit placé le méat urinaire, avoit cinq pieds neuf pouces de long, et un pied de diamètre à sa base. En le coupant, il en sortit du sang et beaucoup d'air.
L 11*
84 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Les plis longitudinaux du ventre commençoïent au bout de la mâchoire et s'étendoïent jusqu'à trois ou quatre pieds du nombril; le plus grand nombre se prolongeoïent par une ligne continue, pendant que d’autres se bifurquoient ; les bandelettes qu'ils for- moient, peu saïllantes, larges d’un pouce et demi à deux pouces, étoient noirâtres au milieu, avec un petit cordon plus clair sur les bords ; les interstices offroïent une teinte rougeûtre.
La longueur des nageoires pectorales étoit de six pieds trois pouces; la largeur de celle de la queue, de treize pieds. La dorsale, située à l'opposite du balenas, na pu être mesurée; nous nous sommes aperçus quelle se dirigeoït en arrière en formant un peu le croissant.
L'œil, très-peu apparent à l'extérieur, placé à la commissure des mâchoires, étoit à-peu-près de la grosseur d’un boulet de six livres, et pesoit six hectogrammes, ou environ une livre et un cinquième.
Le globe avoit une forme aplatie de la partie antérieure à la postérieure ; de sorte que son grand diamètre étoit à-peu-près dans le sens de la longueur du corps de l'animal : ce diamètre avoit quatre pouces six lignes; le vertical, quatre pouces seulement, et l'axe, deux pouces neuf lignes. La sclérotique formoit extérieure- ment deux saïllies aux extrémités de l’axe longitudinal, à l'endroit d'insertion des muscles droits latéraux.
A la partie postérieure , la sclérotique laissoit apercevoir un enfoncement considérable, ovalaire, dirigé dans le sens du grand diamètre, et où se trouvoit, mais non au milieu, un trou de Îa grosseur d'une forte plume à écrire, pour le passage du nerf optique : de chaque côté, deux ouvertures obliques, du calibre d'une plume de cygne, donnoïent accès à deux grosses artères; et tout autour de l'entrée du nerf optique, vingt-six autres ouver- tures plus ou moins grandes étoient destinées au même usage.
Sur le devant, la cornée transparente présentoit une forme
ZOOLOGIE. 8s ovalaire, dont le grand diamètre, dirigé aussi dans le sens longitu- dinal, avoit un pouce six lignes, et le vertical dix lignes; de sorte que ces diamètres étoïent, avec ceux du globe de l'œil, le premier comme trois est à un, et le second comme un est à cinq. La cornée étoit peu convexe. À son insertion sur la sclérotique, elle offroit un petit cordon blanchâtre , d'environ une ligne de large. Sur sa face interne, une membrane, ou plutôt un enduit noirâtre, assez semblable par la couleur à la choroïde de l’homme, mais plus consistante, formoit un cercle de près d’un pouce de largeur. En raclant cette substance avec la lame d'un scalpel, on l'enlevoit facilement. Par conséquent, le plus grand diamètre de la cornée, susceptible de laïsser passer les rayons lumineux , se réduisoit à six lignes.
L'iris étoit noire sur ses deux faces ; la pupille transversale comme dans les ruminans; la choroïde argentée, et la rétine rougeâtre. Le cristallin avoit une forme arrondie ; ïl pesoit quatre-vingt-deux grains. Son grand diamètre étoit de neuf lignes, et son axe de sept.
La plus grande épaisseur de la sclérotique étoit d’un pouce; elle n'étoit que de onze lignes en haut et en bas; elle diminuoiït telle- ment à la partie antérieure, qu'à sa réunion avec la cornée, elle étoit tout au plus d'une ligne. Aïnsi le volume de l'œil, assez con- sidérable extérieurement, ne produisoit qu'une cavité dont le plus. grand diamètre, le longitudinal, n’avoit que deux pouces dix lignes ; le vertical, deux pouces cinq lignes et demie; et l'axe, un pouce neuf lignes et demie. De sorte que son rapport au plus grand diamètre se trouvoit à-peu-près être comme sept est à onze.
Ces baleines étoïent assez communes vers le cap Horn, à l'é- poque du voyage de Forster; car ce naturaliste en vit plus de trente dans un Jour autour de $on navire, qui, en lançant de l'eau, répandoïent une odeur infecte.
Lors du coup de vent que nous éprouvâmes dans le détroit de Lemaire, nous passämes très-près d'une baleine qui étoit morte
86 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. et que nous reconnümes, aux nombreux plis de son ventre, pour être de la même espèce.
Nous allons passer à d'autres cétacés beaucoup plus petits, les dauphins : ceux de la planche n.° 11, dont nous parlerons d’abord, ont été vus de près et esquissés avec assez d'exactitude pour que ceux qui auront la faculté de se les procurer, puissent reconnoître l'identité des espèces. Bien que, dans notre longue navigation, nous ayons été à portée de voir autour de nous beaucoup de ces ani- maux, qui sembloïent en se jouant vouloir rivaliser de vitesse avec notre machine flottante; cependant, malgré tous nos efforts pour en prendre, nous n'avons pu y parvenir; il est vraï que le plus sou- vent ils soffroïent à nos coups lorsque la mer étoit agitée ou que la marche du vaisseau étoit trop prompte.
Dans le mois d'octobre 1819, en allant des îles Sandwich à la Nouvelle-Galles du Sud, nous vimes, par $° 28° de latitude N,, beaucoup de dauphins ( planche 11, figure 1), exécutant en troupes, autour du vaïsseau, leurs rapides évolutions : tout le monde à bord fut surpris, comme nous, de leur voir sur le front une corne ou nageoire recourbée en arrière, de même que celle du dos. Le volume de l'animal étoit à-peu-près double de celui du marsouin ordinaire, et le dessus de son corps, jusqu'à la dorsale, étoit ta- cheté de noïr et de blanc.
Nous nous attachämes à observer ces dauphins pendant tout le temps qu'ils nous accompagnèrent : mais quoïqu'ils passassent sou- vent à toucher la proue de notre corvette, ayant le haut du corps hors de l'eau, leur tête y étoit tellement enfoncée, que ni M. Arago, ni nous, ne pümes distinguer si leur museau étoit court ou alongé: leur allure même ne put rien nous indiquer à cet égard; car ils ne sélançoient point au-dessus des eaux comme les autres espèces. D'après leur conformation toute particulière, nous les avons nom- més dauphins rhinocéros | delphinus rhinoceros |,
Une autre fois, traversant ce vaste espace qui existe entre la
ZOOLOGIE. 87 Nouvelle-Hollande et le cap Horn, nous observâmes en janvier 1820, par 49° de latitude, d’autres dauphins ayant de chaque côté du corps , dans presque toute sa longueur, deux larges lignes blanches, coupées à angle droit par une noire; ce qui, vu par Îe dos, formoit une croix noire sur un fond blanc. Ils n'avoient qu'une nageoire dorsale assez aiguë. Nous ne fûmes pas non plus assez heu- reux pour nous les procurer. Il en fut de même de l'espèce suivante, que nous renconträmes quelques jours après, et qui se faisoit remar- quer par une bandelette blanche de chaque côté de la tête. Peut- être étoit-ce une variété de l’espèce qui précède; peut-être encore ce caractère ne tenoit-il quà la jeunesse de l'individu : toutefois, pour les distinguer, nous nommäâmes la première crucigère | del- phinus cruciger | ( planche 11, figures 3 et 4), la seconde æ/bigène [ elphinus albigena | (même planche, figure 2 }.
Sans mentionner ici plusieurs individus à couleurs obscures que nous vimes dans divers parages, nous distinguerons le dauphin à museau blanc et long! de/phinus Peroni de Lacépède|, que nous trou- vämes par 2° de latitude, près de la Nouvelle-Guinée ; et un autre moitié blanc, moitié noir, à museau peu ‘alongé, des îles Ma- louines, que M. Bérard tua, et qui coula à l'instant même si profondément, que nous ne pûmes l'avoir.
Toutle monde connoît l'allure de ces animaux, lorsqu'ils chassent à l'embouchure de nos fleuves. Is vont de compagnie en nageant plusieurs de front, ou par couple à la queue les uns des autres. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les longues ondu- lations qu'ils décrivent, semblables à celles d'une mer qui cesse d'être agitée; de sorte que, lorsque la partie supérieure de leur corps paroît à la surface, comme on n'aperçoit qu'une portion de la courbe qu'il décrit, il semble vraïment que l'animal, en s'en- fonçant dans l’eau , tourne sur lui-même comme une roue. H n’en est plus ainsi, lorsque, jouant autour d'un vaisseau qui cingle à pleines voiles, ils veulent le dépasser; alors ils filent droit et font
38 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
même quelquefois des bonds en l'air. Dans ces diverses évolutions, M. Gaudichaud a remarqué que deux dauphins, se tournant de côté, s'accoloïent par le ventre et nageoïent ainsi un court instant. S'accouplent-ils’ ou bien, ce qui seroiït plus probable, sont-ce de simples préludes d'accouplement! c'est ce qu'on ne peut pas dé- terminer. Comme, dans ces violens exercices, ils sont obligés de faire une grande dépense de forces et que leur sang circule avec beau- coup plus de vitesse, ils viennent fréquemment respirer à la surface.
Lorsque, parcourant l'Océan, les dauphins aperçoivent un navire, il est presque certain qu'ils viendront roder autour un instant, et continueront ensuite leur route. Ils disparoîtront très-vîte, si un de leurs compagnons blessé teint la mer de son sang. Maïs il n'est pas vrai, comme on l'a avancé, qu'ils recherchent l'ombre des vais- seaux pour se soustraire à l'action des rayons du soleïl, et que dans ce but ils accompagnent les flottes qui font alors pour eux l'effet d'une forêt. Ce sont des histoires faites à plaisir, et que maïnterant de sévères observations ne permettent plus d'admettre. Huit fois au moins sur dix qu'on rencontrera de ces animaux, le vent sera fort, le ciel couvert de nuages, et l'on remarquera que c’est presque toujours le matin et le soir, souvent même la nuit, qu'ils se plaisent autour des navires.
Soit qu'on ait réellement reconnu qu'ils aïment la musique, soit que les agréables fictions de la Grèce exercent sur l'imagination des navigateurs la même influence dans l'Océan que jadis dans la Méditerranée; toujours est-il vrai que, dès que les matelots aper- çoivent des dauphins, is silent pour les attirer. Très-souvent nous les avons vus employer ce moyen, sans avoir remarqué qu'il pro- duisit quelque effet sur ces animaux.
Is disent encore que, lorsqu'on les voit en troupes suivre une ligne constante, le vent ne tardera pas à souffler de la direction qu'ils prennent, &c. &c.
Les dauphins vivent de poissons. Nous avons pêché des muges
ZOOLOGIE. 89
qui, ayant échappé à leurs dents aiguës, survivoient à de larges blessures avec perte de substance. Ils paroïssent très-friands de sèches; mais ils nen mangent que les tentacules et la tête : c'est du moins ce que nous ont assuré des marins et des pêcheurs de la Gironde. L'un de nous, ayant séjourné assez long-temps à l'em- bouchure de ce fleuve, eut souvent occasion de voir que, dans le mois de maï, le flux apportoït une grande quantité de ces mollusques, auxquels il manquoiït la tête, et qu'on envoyoit prendre sans la moindre difficulté. Leur état de fraîcheur indiquoit que tous avoïent été mutilés à-peu-près à la même époque. Ils fournissoient un mets assez appétissant, quoïqu'un peu dur et indigeste. L'effet des courans réunissoit par bancs ces céphalopodes tronqués ; et assez Souvent des traces d'écume déceloient leur présence : quelques toises plus loin, on n'en trouvoit plus. Ils paroïssoïent manifestement venir de la mer. Ce fait semblé prouver que les sèches sont susceptibles d'aller en troupes, et qu'aïnsi rassemblées, elles deviennent victimes de la voracité des marsouïns; car, quel poisson iroit aïnsi leur en- lever la tête! Il arrive même que, parmi les mortes, il s'en trouve de vivantes qu'il est rare de pouvoir prendre, parce qu'elles plongent à l'approche du panier emmanché qui sert à amasser les premières.
Les seuls fragmens de cétacés herbivores que nous ayons apportés, sont deux mâchoires de dugongs, trouvées dans l'ile Dirck-Hatichs, à la baie des Chiens-Marins, sur la Nouvelle-Hollande, et qui pré- sentent un trou mentonnier plus grand que dans l'espèce connue.
Nous n'avons pas pu nous procurer de ces animaux ; seulement quelques-uns de nos Messieurs en ont vu qui paissoient l'herbe à une très-petite profondeur.
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 2
90 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE V.
Description des Oiseaux.
SSSSISSTISISISISISISSISSESISSISISISSSIISSSIIISSISIISISIISSISSSIISS SISISSIIISISIISS SISSIISILISIT
OISEAUX DE PROIE.
RezanivemenT aux oiseaux de proie de la division des faucons, dont nous avons à traiter, nous ferons remarquer, avec les natu- ralistes, combien ïl est difficile de classer par espèces, des individus dont les caractères distinctifs ne sont parfois qu'apparens, et dus ou au sexe, ou à certaines nuances du plumage, ou à l'âge, ou même aux. saisons de l'année auxquelles on les observe. Aussi a-t-on dit, non sans raison, que c'est uniquement d'après leur histoire suivie et l'observation des changemens qu'ils éprouvent pendant le cours de leur existence, qu'on peut en donner de bonnes descrip- tions. Maïs ce moyen, tout au plus praticable pour nos oïseaux d'Europe, ne sauroït s'appliquer à ceux qui se montrent d'une ma- nière fugitive aux regards du voyageur qui parcourt à la hâte des régions lointaines. Nous nous bornerons donc, dans l’état actuel de nos ressources, à approcher le plus près possible de la vérité, et à tâcher de ne commettre aucune erreur grave.
ZOOLOGIE. 91
Sous-GENRE AUTOUR. — Fazco. Linn.; AsTUR, Bechst.
AUTOUR CU-BLANC. — Fazco LEeucorrHous. N,.
PLANCHE 13.
Falco , corpore fusco-nigricante ; cer pedibusque Jlavis ; uropygio albo ; caudà subtis tribus fasciis albis ornatà.
CET oiseau, que notre séjour au Brésil nous a procuré, a tout le corps d'un brun noirâtre , avec quelques légères teintes de roux sur les plumes qui recouvrent le talon et le haut des tarses. Le dessous des aïles est d’un blanc nuancé de roussâtre. Les pennes alaires sont marquées de traïts blancs en-dessus. Une teinte blanche se remarque au pli des aïles, cette couleur est pure au croupion et aux couvertures inférieures de la queue; d'où le nom de c4-blanc a été imposé à cet oiseau. La queue, rayée en-dessous de trois bandes transversales blanches, offre en-dessus, et dans le même sens, un trait et une bande blanchâtres. Lorsque le jabot est di- laté par les alimens, on voit, à l'endroit qu'il occupe, une tache blanche qui ne paroît pas dans l'état de vacuité de cet organe.
Le bec est noir; la mandibule supérieure pointue, assez for- tement recourbée. La cire et les pieds sont jaunes.
La longueur totale de cet oïseau est de treize pouces; celle de la queue, de cinq; son envergure est d'un pied sept pouces; le bec a un pouce. Les aïles pliées s'étendent jusqu'à deux pouces de lextrémité de la queue.
92 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
SOUS-GENRE BUSE. — F4Azco. Limn.; BuTeo. Bechst.
BUSE POLYOSOME. — Farco PoryosomaA. N.
PLANCHE 14.
Falco, corpore cinereo ; cer& pedibusque flavis; caudä albidä, fusco transverse lineatä, nero ad apicem marginata; als longs.
CETTE buse, remarquable par la longueur de ses aïles, qui arrivent jusqu'à un pouce de l'extrémité de la queue, est plus grande que l'épervier cendré de Caïenne, avec lequel elle a des rapports.
Elle a le bec et les ongles noirs, la mandibule inférieure blanche à la base, les tarses et les doïgts recouverts d'écailles jaunätres, l'iris jaune, et la cire d'un jaune verdâtre. Tout le corps est d'un gris cendré. Les pennes alaires, rayées de gris et de blanchätre en-dessous, sont brunes à leur extrémité. Les couvertures infé- rieures de la queue sont marquées de quelques traïts blancs. La queue offre, sur un fond blanchâtre, des raies transversales brunes, ondulées , plus marquées en-dessus qu'en-dessous; elle est terminée dans ces deux sens par une large bande noiïrätre bordée de gris. Les jambes et le haut des tarses sont couverts de longues plumes de la même couleur que celles du reste du corps.
Sa longueur totale est de dix-sept pouces , sur laquelle la queue en prend six. Le bec a un pouce cinq lignes, et l'envergure deux pieds six pouces.
Elle habite les îles Malouines.
ZOOLOGIE. 93
Sous-GENRE BUSARD. — F41co0. Limn.; CrrGuSs. Bechst.
BUSARD BARIOLÉ, mâle adulte. — FALCO HISTRIONICUS. N.
PLANCHE 15.
Falco, corpore suprà griseo, subtàs albo fascis transversis fuscis cincto ; cerâ pedibusque flavis.
CE busard, considéré comme un mâle adulte, a le cou, le dessus de la tête et du dos gris cendré; les plumes de la couverture des ailes sont de la même couleur et bordées de blanc; l'extrémité des grandes pennes est noirâtre, avec une petite bordure blanche. Le dessous des aïles, blanc dans la moitié supérieure, est noirâtre dans le reste de son étendue. Tout le devant du corps offre des bandes transversales légèrement ondées, alternativement blanches et d’un roux vif. La couleur de ces raïes est moins tranchée à la poitrine qu'au ventre, sur les plumes qui recouvrent le haut des tarses et les couvertures inférieures de la queue. Les grandes pennes caudales, blanches en-dessous avec quelques taches brunes sur le bord, sont cendrées en-dessus et terminées par une large raie irrégulière, brunâtre, bordée de blanc.
Une tache fauve mêlée de brun, qui se voit sur le cou, semble indiquer que cet oiseau n'avoit pas encore entièrement perdu la livrée du jeune âge. Cette opinion paroît encore fortifiée par la bande et les taches brunes de la queue. La cire, l'iris et les pieds sont jaunes; les ongles noirs. Le bec est médiocre, pointu , très- poïlu et blanchätre à sa base, noir à sa pointe dans les deux man- dibules; l'arête de la supérieure est assez saillante.
94 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sa longueur est de quinze pouces; celle de la queue, de six; celle du bec, d'un pouce; et son envergure est de deux pieds.
Ce busard provient des îles Malouines. Plus petit que le faz/co cyaneus , | diffère du œnereus, avec lequel ïl a des rapports, par la longueur relative des plumes alaires. Dans ce dernier, les ailes s'étendent jusquà l'extrémité de la queue, et la troisième rémige excède en longueur toutes les autres; tandis que, dans le nôtre, les ailes ne vont qu'a deux pouces du bout de la queue, et que les troisième et quatrième rémiges sont d'une longueur égale.
BUSARD BARIOLÉ, jeune mâle. — FALCO HISTRIONICUS. N.
PLANCHE 16.
La couleur du plumage de ce busard a fait supposer que c’étoit un jeune mâle de la même espèce que le précédent, dont ïl a la taille : comme lui aussi, il provient des îles Malouines; et parmi les oïseaux de proie qui nous disputoïent les oïes que nous tuyions, s'il n'étoit pas le plus audacieux, ïl se montroït du moins le plus confiant, car on pouvoit lapprocher presque à toucher.
Son vêtement n'offre pas la même élégance que celui du pré- cédent. Toutes les parties supérieures sont d'un brunâtre varié de roux. Les plumes de la tête, du dos, les scapulaires et les couvertures supérieures des aïles, sont bordées d'un roux clair. Les rémiges secondaires, de couleur brune, ont une bordure blanche qui disparoît insensiblement sur les pennes primaires. Un collier de plumes blanchâtres entoure le cou; une ligne de la même couleur se fait remarquer derrière et un peu au-dessus de l'œil. - Le devant du cou, la poitrine et le ventre sont d’un roussätre varié de traits longitudinaux, un peu plus foncés en couleur, et placés dans la direction du tuyau de la plume. Le croupion est d'un blanc pur. La queue , blanchâtre en-dessous, a une large raie
ZOOLOGIE. o transversale brune auprès de l'extrémité, et, à un pouce de distance, une seconde raie moins foncée qui n'occupe que la moitié de sa largeur. En-dessus, les deux pennes moyennes sont rayées trans- versalement de brun et de cendré très-foncé : les latérales offrent aussi des bandes transversales, alternativement noirâtres et roux clair. 1 Le bec est noir, avec une légère raïe blanche à la base de chaque mandibule; la supérieure est plus pointue, plus alongée et moins brusquement courbée que dans l'individu précédent.
Les ailes pliées s'étendent jusqu'à deux pouces et demi de la queue, et leur envergure est un peu moins grande que dans l’autre individu. Les plus grands rapports de cet oïseau sont avec le bu- sard Montagu de New-York.
96 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-cENRE PIE-GRIÈCHE. —. Lanrus. Linn.
PREMIÈRE" DIVISION.
À mâchoire supérieure arquée.
PIE-GRIÈCHE A VENTRE ROUX. — Lanius FERRUGINEUS. Lath.
FERRUGINOUS BELLIED SHRIKE. Lath. Sy». vol. 1, pag. 163. LANIUS FERRUGINEUS. Gmel. Sysr, 1, pag. 306.
PLANCHE 17.
Lanius, corpore suprà rufo; abdomine ferrugineo; capite fusco ; rostro mgro ; caudä apice subalbidé.
CET oïseau, que Latham a décrit, et qu'il soupçonnoit être une variété du fiscal, mais que depuis il a reconnu former une espèce différente, en est en effet une très-distincte. L'individu qu'il a vu venoit du Cap de Bonne:Espérance, où se trouve aussi Z fiscal ; le nôtre provient de l'île de France *. Dans cette colonie, on con- fond cet oiseau avec les merles, malgré la différence de son plu- mage et de ses mœurs. Il ne va point en troupe comme ces derniers, vit seul, isolé, et traverse brusquement les grands bois; c'est dans ceux de moindre élévation qu'il paroït plus particulièrement se
+ Mais ïl est originaire d'Afrique, et on Île reconnoît manifestement dans ce passage de Bernardin de Saint-Pierre : « On a fait venir du Cap, dit-il, un oïseau bien plus utile. Les Hol- » landaïs Pappellent l’ami du jardinier. I est brun et de la grosseur d’un gros moïneau; il vit » de vermisseaux, de chenilles et de petits serpens ; non-seulement il les mange, mais il en fait » d’amples provisions, en les accrochant aux épines des haies. Je n’en aï vu qu’un : quoïque » privé de la liberté, il avoit conservé ses mœurs, et suspendoit la viande qu’on lui donnoit »aux barreaux de sa cage. » ( Voyage à l’ile de France, tom. I, lettre XV.)
ZOOLOGIE. 07
plaire. Cette pie-grièche est assez rare; nous ne vimes que cet indi- vidu, que l'un de nous tua dans une excursion autour de l'île.
Sa longueur est de huit pouces et demi : sa tête est brune, ainsi que la partie postérieure du cou. La gorge, la poitrine et le ventre sont roux; la même couleur se remarque sur les couver- tures supérieure et inférieure de la queue. Le dos est d'un roux moins foncé. Les grandes pennes alaires sont brunes en-dessus, légèrement bordées de blanc sale, et gris de lin en-dessous, vers leur pointe. On voit près du pli de l'aïle une petite bande blanche. Les plumes de la queue sont de la même couleur que celles des ailes en-dessus, avec une tache d’un blanc roussâtre clair à leur extrémité.
Le bec est noir et la mandibule supérieure très-recourbée à sa pointe ; sous la gorge se voit un petit espace blanchâtre. Les pieds sont bruns.
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 13
08 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-GENRE VANGA. — V4nca. Buff.
VANGA RAYÉ, mâle. — VANGA STRIATA. N.
VANGA GRIS. Vieill. JV, Dice, d’hise, nar. 2.° édit, t. 35, p. 200. :
PLANCHE 1:18.
Vanga, capite suprà ngro ; dorso, als , caudäque fasciis nigris et albrs transversè variegatis ; pectore et abdomine, ex griseo cœrulescentibus.
CE vanga a le dos, le croupion, les aïles et la queue rayés transversalement de noir et de blanc. Les raïes noïres ont beau- coup plus de largeur que les blanches. Les plumes qui forment sur la tète une huppe élégante, sont noires. Le dessus du cou, les joues, la gorge, la poitrine et l'abdomen, sont d'un gris bleuâtre, avec une teinte plus claire sous la gorge.
Les aïles, courtes et arrondies, recouvrent à peine l'origine de la queue, qui est longue de cinq pouces et demi et uniforme. Le bec, grand, robuste, comprimé, a un pouce trois lignes de lon- gueur, il est brun, avec une couleur de corne sur les bords, depuis le milieu jusqu'à la pointe. Les pieds sont bruns.
La longueur totale de l'oiseau est de treize pouces; son enver- gure seulement de onze pouces. IH habite le Brésil, d'où nous avons rapporté un autre vanga, jeune mâle, qui commence à perdre son plumage roux.
ZOOLOGIE. È
VANGA RAYÉ, femelle. — VANGA STRIATA. N.
VANGA ROUX. Vieill. Zoco cifato,
PLANCHE 19.
LE vanga femelle se distingue du mâle en ce que les raies trans- versales de la partie supérieure du corps, des aïles et de la queue, au lieu d'être blanches et noïres comme dans le précédent, sont alternativement noires et d'un roux plus ou moiïns foncé. Tout le dessus du corps est d'un gris tirant sur le roux et blanchissant sous la gorge. La huppe est rousse à la base et noire à l'extrémité. Les plumes qui recouvrent le haut des tarses sont rousses. La queue est très-longue. Le bec est noir à la base, et couleur de corne vers la pointe.
Ces oïseaux, très-vifs, sont presque toujours en action. Leur longue queue, droite dans le repos, s'élève lorsqu'ils courent à terre ; leur bec, robuste et fortement courbé à 1a pointe, indique qu'ils doivent ne pas dédaïgner la chair. Cependant ïüls vivent le plus habituellement de vers, comme les tyrans, et c'est pour cela qu'ils habitent les bois qui avoisinent les prairies.
100 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-GENRE CASSICAN. — B4RITA. Cuv.
CASSICAN FLÜTEUR. — BARITA TIBICEN. N.
CORACIAS TIBICEN. Lath. GRACULA TIBICEN. Sh. CRACTICUS TIBICEN. Vieill.
PLANCHE 20.
Barita, fronte, pectore, abdomine et caudä nigris ; occipite, dorso, scapulisque albo-cinereis; uropygio et remigibus in medio albis.
Nous avons déjà fait observer combien ces oiseaux varient dans leur plumage. L'espèce que nous représentons en est un exemple remarquable; car, quoique les limites de ses couleurs paroïssent être celles du cassican flüteur, elles ne sont pas les mêmes pour la teinte. Dans les Montagnes-bleues de la Nouvelle-Hollande, nous avons beaucoup vu de ces oïseaux vivant en petites troupes; nous en avons tué plusieurs, et nous avons remarqué que tous diffèrent plus ou moins entre eux. La détermination précise des espèces, la distinction des mäles d'avec les femelles, les changemens dans le plumage selon l’âge, demanderoïent donc une étude particulière que peut seul faciliter un long séjour dans les lieux qu'ils habitent.
Aïnsi, nous ne pouvons décider si cet individu est mäle ou femelle. Il appartenoïit à M. de Freycinet, qui l'a donné au Muséum, où il vit encore. Il est très-doux et se laisse facilement caresser. Son aptitude à imiter le chant des autres oiseaux nous a plus d'une fois servi de distraction à bord de /’Uramie. I contrefaisoit le jeune coq à sy méprendre, il gloussoit et caquetoit comme la poule. On lui avoit enseïgné, au Port-Jackson, à siffler plusieurs
ZOOLOGIE. 101 s, qu'avec nous il avoit un peu désappris; mais il sufhisoit de le mettre sur la voie pour qu'il fit chorus.
Ceux qui vivent dans les bois aux alentours des habitations, sont devenus défrans comme nos pies. Aïlleurs, on les approche beau- coup plus facilement.
La dénomination de ffäteur qu'on a donnée à cet oiseau est peu convenable comme spécifique, puisqu'elle est, pour ainsi dire, applicable à tous les individus que l'on connoît. Cependant nous nous sommes bien gardés de la changer, pour ne pas grossir la liste de la synonymie. Celuï qui a été décrit par Latham « avoit la nuque, » les couvertures des aïles, la base de plusieurs pennes primaires, » le croupion, les couvertures inférieures de la queue et les pennes, » à l'exception de leur extrémité, d’un beau blanc, le reste du » plumage noir, le bec de cette couleur à la base, et ensuite bleu; » ce qui, d'après Fobservation de M. Vieïllot, lui donne de grands rapports avec le cassican noir et blanc. Il seroït possible encore que l'un fût le mâle et l’autre la femelle.
Le cassican dont nous donnons la figure, a treize pouces de longueur. Le devant de la tête, la poitrine et le ventre sont d'un noir foncé à reflets verdätres ; la queue et les pennes alaires sont également noires. On remarque quelques plumes blanches vers le milieu de l'aile.
Le derrière de la tête est couvert d'une calotte nettement marquée, d'un assez beau blanc, dont les plumes sont noirâtres à leur base.
La partie postérieure du cou, le manteau, les couvertures des ailes et le dos sont d'un blanc grisâtre; tandis que le croupion, et les plumes qui recouvrent la queue en-dessus et en-dessous, ont une couleur blanc pur. L'œil est rougeâtre. Le bec, long de vingt- une lignes, est blanc, bleuâtre à la base et noir à la pointe; les narines sont presque linéaires; les pattes sont noires; les ongles trés-forts, crochus; les tarses ont deux pouces de longueur ; la queue
102 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. est carrée, les aïles vont presque jusqu'à son extrémité ; leur enver-
gure est de deux pieds quatre pouces. Leshabitans des îles des Papous nomment les cassicans #74n7kahok
et #angahouk:; les insulaires de Guébé, dans les Moluques, les
désignent sous le nom d'oskouakou.
ZOOLOGIE. 102
Sous-GENRE CHOUCARI. — GRAUGALUS. Cuv.
CHOUCARI VERT. — GRAUCALUS viripis. N.
SPHECOTERA VIRIDIS. Vieill. An. d'ornith.
PLANCHE 21.
L] Graucalus, capite et collo suprà migris; pectore ventreque flavo-viri- dibus; dorso et scapuls virid-mgricantibus ; oculorum ambitu nudo et rubro; rostro nigro.
Nous avons trouvé cet oiseau à Timor, d'où l'expédition du capitaine Baudin l'avoit déjà rapporté. I habite les arbres les plus touffus des environs de Coupang, et les naturels de l'ile lui donnent, nous croyons, le nom de kakraya.
Sa longueur est de neuf pouces quatre lignes, sur laquelle la queue prend trois pouces et demi. Le bec a dix lignes ; il est noir: la mandibule supérieure est aïguë et fortement recourbée à la pointe.
La tête et le dessus du cou sont noirs; la membrane charnue qui entoure l'œil est ovalaire et rouge; le contour des paupières est d'une couleur rosée. La gorge, la poitrine , le milieu du ventre, sont d'un vert mélangé de jaune; le jaune est tacheté de blanc à la partie postérieure du ventre et sur les couvertures inférieures de la queue. Le manteau, le dos et les scapulaires sont verdûtres, avec de légères lignes noirâtres au milieu de chaque plume.
Les grandes pennes sont d'un brun tirant sur le noir; cette couleur est aussi celle des moyennes, dans leur milieu , qui ont de plus un petit liséré verdâtre. La queue est longue, carrée, noirâtre en-dessus, avec des reflets verdâtres ; elle est gris de lin en-dessous, de même que faile dans cette partie.
Les pattes sont brunes; les ongles presque noirs, crochus; le doigt postérieur est muni d'une assez large membrane sur sa longueur.
104 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-GENRE GRIVE. — 7urpus. Linn.
GRIVE DES MALOUINES. — TurDpus FALCKLANDI. NN.
Turdus , pectore ventreque rufescentibus ; gulä punctis nigris notatä.
Nous laïssons à cet oiseau le nom qui lui a été donné au Muséum, bien cependant qu'il ne fasse que se montrer aux îles Malouines pen- dant un certain temps de l'année, attiré par les baïes succulentes d'empetrum. Sa vraie patrie paroît être l'extrémité de l Amérique méridionale.
Cette grive est de la grosseur de notre drenne; elle a beaucoup de rapports avec le griverou du Brésil, qu'a décrit et figuré M. Le- vaillant | Orseaux d'Afrique, tome IT, planche 98). Comme ce dernier oiseau , elle a la poitrine et le ventre d'un roux assez vif, et des lignes noirâtres sous la gorge; maïs ces taches linéaires sont plus nettement tranchées dans la grive des Malouines. Le dessous de la queue est d'un brun clair.
Ces oiseaux vont en troupes de trois ou quatre, et sont peu fuyards.
ZOOLOGIE. 1oS
GENRE LORIOT. — ORrrozus. Linn.
LORIOT PRINCE-RÉGENT. — OrioLus REGENS. N.
PLANCHE 22.
Oriolus, capite, collo suprà, alarum dimidiä parte, luters ; pectore, ventre caudäque nigris ; rostro flavo.
CE bel oïseau appartient à la Nouvelle-Hollande. Il est fort rare au Port-Jackson, où on le nomme pruce-régent, dénomination que nous lui avons conservée ; il habite les bords de la rivière Patterson, et fréquente les broussailles épaisses. Nous en possédions un indi- vidu que l’on nous dit avoir été tué à environ trente milles de la ville de Newcastle, et que M. de Freycinet avoit acheté une guinée; nous lavons perdu au naufrage, ainsi que notre collection d'oiseaux de la Nouvelle-Hollande, parmi lesquels nous comptions, au pre- mier aperçu, huit ou dix espèces nouvelles : de sorte que la figure que nous en donnons a été prise sur un dessin assez bon de M. Lewin, gravé à Sydney même, sans indication de genre ni d'espèce. Nous avons ouï dire que cet auteur, dans les figures qu'il a publiées des oiseaux du Port-Jackson, appelle celui-ci melli- phaga chrysocephala ; maïs nous nous sommes assurés que cest un vrai loriot, ainsi qu'on peut le voir à la forme du bec.
Sa taille est d'un peu plus de huit pouces.
Les plumes du dessus de la tête, courtes, très-serrées, formant velours, sont d’un très-beau jaune, de même que celles du cou et des épaules; ce qui fait paroître ces parties comme couvertes d'un camail. Les moyennes pennes alaires sont également jaunes : un
petit cercle de la même couleur entoure l'œil, qui est rougeätre, avec Voyage de l'Uranie. — Zoologie. I 4
106 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. des paupières noires : le bec est d’un jaune plus clair. Tout le reste du corps est d'un noiïr pur : cette couleur prend à la mandibule inférieure , et forme comme une espèce de cercle irrégulier autour de l'œil.
Les pattes sont noires et les ongles forts et crochus. L’individu que nous avions acquis, et un autre qui étoit chez le gouverneur, sont les seuls que nous ayons vus pendant notre séjour dans la
colonie.
ZOOLOGIE. 107
GENRE MÉRION. — Mazurus. Vieiïllot.
MÉRION NATTÉ. — Mazurus TExTILIS. N.
PLANCHE 23, fig. 1.
Malurus, corpore toto rufulo, longitrorsum bruneo punctato ; rostro migro, robusto ; caudà longä.
CE genre a été formé par M. Vieiïllot aux dépens des fauvettes, avec lesquelles les individus qui le composent ont divers rapports.
Nous avons tué cet oïseau à la baïe des Chiens-Marins, dans la Nouvelle-Hollande. Déjà les naturalistes de l'expédition du capi- taine Baudin f'avoient fait connoître; mais il n’étoit point figuré. I est remarquable par l'habitude qu'il a de se tenir presque toujours sous les buissons, et de passer de l’un à l'autre en courant avec vitesse. On le prendroiït pour une souris, méprise qu'augmentent encore sa couleur rousse et le petit sifflement aigu qu'il fait alors entendre.
Sa longueur totale est de six pouces et demi; celle de la queue, de trois pouces deux lignes.
Sa couleur générale est roussâtre : cette teïnte est plus claire et devient même grise au devant du cou et à la poitrine, dégradation qui y est produite par de petites taches de roux et de blanchätre dont chaque plume est uniformément nuancée. La même disposi- tion existe sur la tête, qui est un peu plus brunâtre, et sur le dos, où chaque plume a une ligne d'un blanc sale au milieu.
La queue est rousse dans toute son étendue; l'oiseau la tient toujours tres-relevée : le bec est noir, court et robuste; les pattes sont noirâtres.
14
108 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Dans un des mérions de cette espèce, qu'on voit aux galeries du Muséum, la mandibule supérieure est très-aiguë et recourbée à sa pointe. Chez un autre individu , la couleur du plumage est un peu plus foncée.
MÉRION LEUCOPTÈRE. — Marurus LEucoPTERUSs. N. PLANCHE 23, fig. 2.
Malurus, capite, collo, pectore dorsoque cæruleo-mgricantibus ; alis
albis ; caudä subcæruleä.
CET oïiseau vient du même lieu que le précédent. Nous ne l'avons rencontré que sur l'île Dirk-Hatichs, vivant parmi des traquets, dont il nous a paru avoir les mœurs.
Il est représenté de grandeur naturelle, d'après un dessin qu'en fit alors M. Arago. I a toute la tête, le cou, le ventre et le dessus du dos d'un bleu tellement foncé, qu'il en paroît noir ; les aïles sont blanches dans leur moitié antérieure et brunâtres à leur extrémité : peut-être que cette dernière teinte dépend de l'âge, et nest pas celle qui doit toujours subsister. La queue est également bleu foncé, maïs moins que le corps. Le bec est noir et les pattes sont brunes.
Longueur totale, trois pouces quatre lignes environ.
ZOOLOGIE. 109
GENRE BRUANT. — ÆEmgERrizA. Linn.
BRUANT A GORGE NOIRE. -- EMBERIZA MELANODERA. N.
Ermberiza , corpore luteo-vrrescente ; capite et collo suprà fuscrs ; gulà
7 Igrä ;
CETTE nouvelle espèce habite les iles Malouines. Dès le mois de février, elle commence à se réunir en petites troupes qui parcourent les dunes sablonneuses où croît un empetrum dont les baïes servent a leur nourriture.
Cet oiseau a le dessus de la tête et du cou ardoïsé, de même que les joues; le dessus du dos et le ventre sont d'un jaune mélangé de verdätre, et cette dernière partie est marquée latéralement de quelques taches brunes. Une plaque très-noire occupe la gorge, de chaque côté de laquelle se voit une ligne blanche.
Les grandes pennes alaires sont d'un assez beau jaune sur leur bord extérieur, et tachées de noir à leur extrémité. La queue, lége- rement fourchue, a ses pennes extérieures jaunes et les moyennes d'un noir verdâtre.
La femelle est de la même grosseur que le mâle. Ses couleurs sont moins bien tranchées. Dans deux individus femelles que nous avons rapportés, et qui sont au Muséum, on remarque sur le-dos un mélange de roux dans lun et de verdâtre dans F'autre : une teinte grivelée remplace sous la gorge le plastron noir du mâle.
La longueur totale de ces oïseaux est de cinq pouces et demi.
110 VOYAGZ£ AUTOUR DU MONDE.
Sous-GENRE CAROUGE. — X4nraorNus. Cuv.
CAROUGE GASQUET. — XanNTHoORNUS GASsQUET. N.
PLANCHE 24.
Xanthornus, corpore et als fuscis; ventre, alarum flexurä uropygioque flavis.
M. Cuvier a formé, dans son grand genre cassique, le sous- genre carouge, qui correspond aux troupiales de M. Vieiïllot; et les carouges de cet auteur sont les troupiales de M. Cuvier.
Nous dédions l'oiseau qui nous occupe à la mémoire d'un brave général, le baron Gasquet, oncle de lun de nous. I a beaucoup de rapports avec le troupiale bicolor décrit par M. Vieïllot ; maïs ce n'est pas le même oïseau, et il en diffère principalement par une large bande jaune qu'il porte sur le croupion.
Sa tête est d'un brun tirant sur le noïrâtre, tandis que le cou, la poitrine, le dos, les aïles et la queue sont d’un brun plus clair; les pennes alaires sont grises en dessous : un jaune élégant colore le dessous du pli de l'aïle, le ventre, et, comme nous venons de le dire, tranche sur le croupion, par une large bande, avec la couleur brune. | s
Les pieds sont rougeätres; le bec est noir, robuste, formant un angle aigu entre les plumes du front. Il a treize lignes de longueur : la queue a trois pouces six lignes; l'envergure est de dix pouces et demi, et, lorsque les aïles sont pliées, elles s'étendent jusqu'à deux pouces de l'extrémité de la queue. Enfin, la longueur totale de l'oiseau est de huit pouces neuf lignes.
Ce carouge habite les rives de Rio de la Plata ; il fréquente les
ZOOLOGIE. Tilt prairies, de même que les troupiales; mais il ne paroît pas vivre en grandes troupes comme eux; nous ne l'avons jamais rencontré que par petits groupes.
Nous avons rapporté des individus de la même espèce, dont le plumage incomplet ne présentoit de jaune que sur le ventre; chez d’autres, cette couleur commençoit à se manifester au pli de l'aile. Nous avons vu, dans les manuscrits de Commerson, de mauvais dessins de ces oïseaux parvenus à cet état, qui semble- roient avoir été faits par Sonnerat.
112 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
4
GENRE MARTIN-CHASSEUR. — Dacezo. Leach.
MARTIN-CHASSEUR GAUDICHAUD.—DaAcELo GaupicHaup. N.
MANKINETROUS et MANGROGRONE, dans la langue des Papous. SALBA, en idiome de Guébé.
PLANCHE 15.
Dacelo, capite, scapuhs parteque superiore dorsi nigris; gulà albä; collo ex albido rufescente ; uropygio ex cyaneo colore ; pectore abdomineque rufis.
CE genre, très-naturel, pris dans celui des martins-pêcheurs, in- diqué d'abord par M. Levaillant, et formé par M. Leach, a pour caractère un bec échancré et courbé à la pointe. Maïs c'est sur-tout par les mœurs que ces oïseaux diffèrent des précédens : en effet, ils vivent de vers et d'insectes, se tiennent dans les bois ou dans les lieux secs et arides, et ne pêchent point, comme l'indique leur plumage, qui, au lieu d'être lisse, a beaucoup de douceur et de sou- plesse. Du reste, ïls ont les mêmes caractères que les martins- pécheurs.
L'espèce à laquelle nous donnons le nom de notre collègue et de notre ami, chargé de la partie Botanique du voyage, habite les bois des îles des Papous : les naturels l'appellent rangrogrone et manhanetrous ; les habitans de Guébé la nomment s4/44, dénomi- nations également employées par ces insulaires pour les martins- pécheurs. Elle n’est point farouche et se laïsse facilement approcher. Les individus que nous avons tués avoient encore le bec couvert de la terre qu'ils venoïent de fouiller pour y chercher leur nourriture.
Ce martin-chasseur, remarquable par l'élégance de son plumage, a la tête, les scapulaires et le haut du dos d'un noir foncé; un
ZOOLOGIE. ES
plastron blanc couvre la gorge, s'étend sur les côtés du cou, en diminuant de largeur, pour former postérieurement un collier nuancé de roussâtre, dont les plumes sont noires à leur base. Un trait blanc se voit derrière l'œïl et à la racine du bec. Le bas du dos et le croupion reflètent un superbe bleu d'aigue-marine, de même que les couvertures supérieures des ailes; maïs cette couleur, dans cette dernière partie, est plus foncée; ce qui tient à ce que chaque plume, noire dans une partie de sa longueur, n'est bleue : que vers le bout. Les grandes pennes alaires et caudales sont d'un beau bleu foncé en-dessus, noires à la pointe et noirâtres en-dessous.
La poitrine et le ventre jusqu'à la couverture inférieure de la queue, ont une couleur rousse agréable quoique foncée ; le pli de l'aile en-dessous et les côtés du corps sont fauves: on y remarque une tache noire qui ne devient visible que lorsque f'aile est élevée.
La partie supérieure des tarses est emplumée. Les pieds sont courts et de couleur brune; l'ongle du doigt du milieu est dilaté sur son bord interne. Le bec, gros, tétragone, pyramiïdal, long de deux pouces quatre lignes, est verdâtre sur ses faces et couleur de corne sur ses arêtes. Les mandibules sont aiguës à leur pointe; la supé- rieure dépasse linférieure. L'œiïl est rougeâtre.
La longueur totale de l'oiseau est de onze pouces et demi. Deux autres individus, provenant des mêmes lieux, présentent quelques légères différences : la queue de lun n'a point de noir à l'extrémité, et celle de l'autre est rousse en-dessus ; nuance qui, chez le dernier, est probablement due à l’âge; car quelques taches bleues semblent indiquer qu'avec le temps cette partie du sp irÉee doit prendre entièrement la même couleur.
Voyage de l’Uranie, — Zoologie. 15
114 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-cENRE COUCOU. — Cucuzus. Linn.
COUCOU GUIRA CANTARA. — Cucurus GuirA. Lath.
GUIRA ACANGATARA. Maro. Hist, nat. Bras, pag. 95. — Ray, Sy. av. pag. 45, n° $.— Will. Orn. pag. 140. tome 22.
CUCULUS CRISTATUS BRASILIENSIS. Briss. 4, pag. 144, n.° 130.
GUIRA CANTARA. Buff. Ois, tome 6, pag. 407.
CucuLus GUIRA. Gmel. pag. 414, n.° 32,
PIRIRIGUA. Azara, tome IV, page 24.
ANI GUIRA CANTARA. CROTOPHAGA PIRIRIGUA. Vieill. M. Dhicr. d'hist, nat. ï
PLANCHE 26.
Cuculus cristatus, ex flavicante albus, caudà alisque fusceis ; capite in medio fusco, ad latera flavicante ; collo in medio flavicante, ad latera fusco. Gmel.
QUOIQUE cet oiseau soit très-connu, il n'en existe cependant pas encore de bonnes figures; car celles que Marcgrave et Wil- lughby ont fait graver sur boïs sont tout-à-fait dénuées de ressem- blance : c'est ce qui nous a décidé à en donner une nouvelle.
La longueur totale de notre individu est de quatorze pouces, sur lesquels la queue en prend environ huit.
Les parties latérales de la tête et la poitrine ont une teinte blonde qui devient un peu plus claire sous le ventre. Les plumes de l’occiput, lâches, très-eflilées et rousses, avec une ligne brune dans le milieu, forment une huppe dirigée en arrière; celles du devant et des côtés du cou et de la poitrine sont efflées aussi, et ont leur tige presque noire, ce qui présente ces parties comme inégalement rayées en long.
ZOOLOGIE. 115
Les couvertures supérieures des aïles sont noirâtres, bordées de blanchätre; les plumes du manteau présentent aussi cette teinte, avec la différence que la’ ligne blanche est au centre de chacune d'elles : les barbules sont très-écartées à leur insertion.
Les grandes pennes alaires sont d'un roux clair, et les moyennes de la queue, en-dessus, blondes depuis leur origine jusqu'à leur moitié et noires dans le reste de leur étendue ; les latérales sont traversées par une large bande noire et tachées de blanc salé à leur extrémité. La queue offre en- dessous, vers le milieu, une bande noire.
Le bec est robuste, arqué, lisse et jaunâtre; cette couleur est aussi celle des pieds. Les tarses sont bruns.
Dans trois guiras qui sont aux galeries du Muséum, les cou- leurs varient un peu, de même que la taille; ainsi, l'un est plus blanc , et un autre plus roux : la couleur du nôtre tient le milieu entre les deux.
Cet oiseau a quelques rapports de forme et de mœurs avec le coucou piaye. Comme lui, on le voit voltiger en ondulant entre les bois peu élevés où le soleil pénètre. H est infiniment plus rare au Brésil que ce dernier, qu'on trouve presque par-tout, après qu'on a laïssé les alentours de la rade. Il vit seul, et jamais nous ne l'avons vu aller en troupe comme les anis, parmi lesquels un ornithologiste la placé. Ses plumes, très-lâches, le font paroître plus gros qu'il n'est réellement, et il en perd beaucoup lorsqu'on le tire.
1)
116 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
SOUs-GENRE PERRUCHE. — PsiTTA cus. Linn.
PERRUCHE ÉRYTHROPTERE.— Psrrracus ERYTHROPTERUS. Lath.
PSITTACUS MELANOTUS. Shaw. pl. 653. PERRUCHE JONQUILLE, Vieill. AVouv, Dicr, d'hist. nat.
PLANCHE 27.
Psittacus viridis ; capite, colo, flavo-viridibus ; dorsi inferiore parte
cyaneà; tectricibus alarum rubris.
CETTE jolie perruche, remarquable par l'éclat et la variété de ses couleurs, provient de l'île de Timor : on la trouve aussi, dit-on, à la Nouvelle-Hollande; c'est ce que nous n'aflirmons pas, et encore moins qu'elle appartienne à d’autres localités d'où on la fait venir.
Une personne de notre équipage, pendant notre séjour à Cou- pang, en acheta une qui paroiïssoit vivre en domesticité depuis assez long-temps : malgré cela, elle étoit très-méchante et lançoit des coups de bec à ceux qui lapprochoïent. Nous la gardâmes plusieurs mois sans que son naturel s'adoucit, malgré les moyens qu'on prenoit à cet effet. La position qu'on lui a donnée est à- peu-près celle que le desir de nuire lui faisoit très-souvent prendre. Elle mourut à bord, en arrivant aux Mariannes.
La perruche à aïles rouges a quatorze pouces et demi de lon- gueur totale; sa queue a un peu plus de six pouces. Son bec, court, fortement courbé, est rouge à la base et blanchâtre ‘vers la pointe.
La tête et le cou sont d'un beau vert nué de jaune, tandis que la poitrine, le ventre et les couvertures supérieures et inférieures de la queue et des aïles sont d'un jaune nué de vert clair. Les plumes du manteau se font remarquer par une couleur verte un
ZOOLOGIE. I 17
/
peu foncée. La partie inférieure du dos jusque près du croupion laisse voir un magnifique bleu d'outre-mer. Les grandes pennes alaires sont d'un beau vert dans leur recouvrement, et noires avec un liséré jaune à leur partie interne ; ce qu'on ne peut voir quen les écartant un peu. Une longue bande rouge occupe l'aïle depuis son pli jusque vers le milieu , d'où est venu le nom d'éythroptère que Latham a donné à cet oiseau. Le dessous de l'aile est presque noir , excepté vers la jointure, où lon remarque une plaque d’un jaune verdâtre, et dans ce même endroit , à l'extérieur , quelques taches d'outre-mer.
La queue est longue, à pennes réunies, d'un vert velouté en- dessus, avec des reflets jaunätres sur les bords. Chaque plume a sa tige noire et son extrémité jaune jonquille; d'où M. Vieïllot a tiré le nom qu'il a donné à cette perruche. En-dessous, elles sont noires, avec du jaune sale sur les bords; celles du milieu, plus longues, donnent à la queue une forme arrondie lorsqu'elle est étalée.
Les pieds sont courts et noirâtres.
En comparant notre figure avec celle de Shaw, on aura de la peine à croire que ce soit le même oiseau qu'on ait voulu figurer.
118 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Sous-GENRE COLOMBE. — Corumg4. Linn.
COLOMBE PINON. — Corumsa PinoN. N.
AMPAHÈNE, dans Ja langue des Papous. BIOUTINE, en idiome de Guébé.
PLANCHE 28.
Columba, capite, collo, pectore et dorsi magnä parte cinerco-fuscis; als
caudäque ardostatis ; caudä fascià albà transversè notatä ; pedibus rubris.
CETTE grande et belle colombe provient de Rawak, une des îles des Papous; nous l'avons dédiée à M."° Louis de Freycinet, née Pinon.
La tête, le cou, la poitrine , et une grande partie du dos de cet oiseau, sont d'un gris-brun avec de légers reflets rougeüitres. Le dessus et le dessous des aïles, ainsi que les grandes pennes et la queue, sont d'un bel ardoiïsé : une large raïe blanche traverse cette dernière plus près de son extrémité que de son origine.
Le ventre est d'un roux ferrugineux, de même que les couver- tures inférieures de la queue. Les plumes de cette couleur qui garnissent les tarses, sont mélangées avec d’autres d'un blanc sale et qui sont rousses à la pointe.
Le bec est noir dans sa plus grande étendue, blanc de corne à la pointe; il est solide, un peu aplati, avec une arête au milieu de la mandibule supérieure , de chaque côté de laquelle sont deux sillons ; les narines sont petites. L'œiïl est rougeûtre, environné de quelques plumes blanchätres courtes, qu'on retrouve aussi à la base
du bec.
ZOOLOGIE. 119
Les pieds sont rouges, robustes, garnis d'assez larges membranes, et munis dongles aigus un peu recourbés. La queue est carrée.
Longueur totale, dix-sept pouces trois lignes ; sur laquelle la queue prend environ cinq pouces et demi. Les aïles, dans le repos, ont dix pouces et demi; le bec, quatorze lignes.
COLOMBE MUSCADIVORE, mâle. — CozumBA ÆNEA. Lath.
PALUMBUS MOLUCCENSIS. Briss. vol. 1, p. 148; pl. 13, fig. 2. PIGEON CUIVRÉ MANGEUR DE MUSCADES. Sonnerat, Voy. fig. 102. PIGEON RAMIER DES MOLUQUES. Buff, Ois, t.2, p. 58, fig. 164. CoLuMBA ÆNEA. Lath, Znd. orn. v. 2, p. 602.
NUTMEG PIGEON, {bid, part. 2, pag. 636, sp. 30.
CoLuMBA ÆNEA. Gmel. p. 780, n.° 22.
COLUMBA PACIFICA. Gmel. p. 777, n.° 44. °
COLOMBE MUSCADIVORE. Temiminck, Æist, des col, pag. 7, fig. MANROUA , en langue des Papous.
PLANCHE 29.
Columba, supernè viridi-aurea in cupri puri colorem mutans, imferne cinereo-alba ad vinaceum inclinans ; tectricibus caudæ inferioris castaneo-
purpureis, rectricibus subtus cinereis; pedibus plumosis. Briss.
M. Temminck est le seul qui ait donné une bonne figure co- loriée de cette colombe, dans son magnifique ouvrage sur les pigeons. Celles qu'on trouve dans les planches enluminées de Buffon et dans l'ouvrage de Brisson sont défectueuses. On con- sidère comme une variété de cette espèce, le pigeon ramier man- geur de muscades , dont parle Sonnerat , et qu'il a représenté en noir. Maïs nous pensons, avec M. Temminck, que les méthodistes doivent rayer la columba pacifica de la liste des espèces et la rap- porter à la columba æœnea.
120 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Ainsi, nous neussions pas cherché à reproduire un oïseau qu'on s'est attaché à si bien faire connoître, si, parmi ceux que nous avons rapportés, il ne s’étoit trouvé un mâle dans tout son développe- ment, et dont la partie supérieure du bec est surmontée, à sa naissance, d'une grosse excroissance charnue , qu'on suppose, avec raison, devenir plus sailiante au temps des amours. Sous l'équateur, cette époque seroit alors dans les mois de janvier et de février.
Ces colombes habitent les mêmes lieux que la précédente. Elles se perchent à